dimanche 12 juin 2016

Les jeux du cirque pour masquer le gouffre


Les incidents à Marseille mal prévus et mal maîtrisés ne sont qu’une facette du désordre général de notre pays que nous projetons à la face du monde par les médias télévisés. Les grèves, les blocages, les revendications se multiplient jusqu’à ce que les vacances y mettent une trêve en attendant la rentrée. J’ai toujours été opposé à la grève, parce que c’est l’expression de la faillite des négociations qui sont la richesse du monde du travail par l’expression d’une justice et d’une équité du partage. Le manque de communication, le dialogue de sourds, le refus de rentrer dans le monde de l’autre, ne peuvent que conduire à des blocages des négociations. Je me souviens de discussions en Comité d’Entreprise où devant un refus de solution proposée par le patronat, la question de celui-ci avait été « Bon alors que proposez-vous ? » La réponse du syndicat avait été immédiate : « Ce n’est pas notre problème, c’est le vôtre ».
 
Voilà comment un pays finit par sombrer dans la grève, les blocages, le désordre. Personne ne veut se mettre à la place de l’autre, essayer de le comprendre et faire une place équitable aux droits et aux devoirs de chacun. La loi Travail n’y échappe pas. Lorsque l’on touche aux possibilités de défense des salariés, ce qui est le cas avec les accords entreprises hors accords de branches, on attaque un droit fondamental du monde du travail. Sur cette ligne rouge, le pis-aller de la grève est justifié, car s’il coûte aux patrons, il coûte aussi aux salariés. La grève c’est comme la guerre, quand la diplomatie a échoué. Rogner le pouvoir syndical au niveau des branches, c’est non seulement enclencher leur impuissance et leur disparition à terme, mais c’est diviser pour régner. C’est comme si, on supprimait tout intermédiaire entre la commune et l’Etat. Quel poids aurait une commune sur l’État ? Pour la loi Travail, la fermeté du monde des salariés s’applique non pas à une loi française mais à une directive européenne qui n’a pas cure des droits des salariés, comme elle le montre pour la Grèce. La grève est alors à la hauteur du danger pour lequel on n’a pas d’interlocuteur. 

Mais nous sommes dans une situation encore plus grave, situation que l’on nous cache avec des propos de Hollande et de Obama que l’on peut résumer ainsi : « Tout va bien, on s’occupe de tout, dormez bonnes gens ». Les « ça va mieux, l’Euro 2016 apporte du bonheur et du vivre ensemble » sont dans ce droit fil de l’endormissement. On y ajoute la crainte, qui valorise ensuite le discours du « toutes les précautions sont prises pour votre sécurité. Un attentat est toujours possible mais vous avez toutes les chances d’y échapper ». Je dis à ce sujet que, pour la même raison qui a permis les attentats du 13 novembre dernier, l’attentat n’aura pas lieu pour l’Euro 2016, pas plus qu’il n’a eu lieu pour la COP21 en décembre. Dans le même esprit on a essayé en vain de monter un faux, avec le membre d’extrême droite arrêté à la frontière ukrainienne, pour maintenir la pression de la crainte, valoriser l’action sécuritaire du gouvernement et en même temps discréditer l’extrême droite. Chou blanc.

Cela c’est le monde artificiel dans lequel on veut nous maintenir. Les indicateurs sont pourtant au rouge, en particulier aux Etats-Unis comme vient de le confirmer l’enquête sur l’emploi qui vient d’être publiée. Lorsque vous ajoutez le nombre d’américains déclarés “officiellement au chômage” (7,436 millions), au nombre d’américains âgés de 16 et plus, sans emploi et qui sont déplacés comptablement dans la catégorie “en dehors de la population active” (94,708 millions, ce qui représente un record historique), vous obtenez un total effarant de 102,144 millions d’Américains se trouvant sans emploi actuellement soit plus de 30% de la population. Les créations d’emplois ne couvrent pas les disparitions et l’augmentation de la population. Selon Challenger, Gray & Christmas, les entreprises américaines ont annoncé 65.141 suppressions d’emplois au cours du mois d’Avril, ce qui représente une augmentation de 35 % par rapport au mois précédent. Depuis que Barack Obama est arrivé à la Maison Blanche,14.179.000 d’Américains ont quitté “le marché du travail” et donc la population active, selon le département du travail américain (the Bureau of Labor Statistics). C’est le 18èmemois consécutif de baisse des commandes à l’industrie.

La vérité est que cette nouvelle est un événement majeur. Cela confirme clairement que l’économie américaine est entrée en récession. Philippe Bechade écrit : « Ce qui compte pour le système, ce n’est pas Wall Street, mais Main Street et surtout en période électorale. Les vrais indicateurs de l’économie ce sont ceux qui touchent au concret, pas aux abstractions des professeurs et des fonctionnaires, ce sont les difficultés des étudiants à honorer leurs dettes, la croissance des impayés dans le crédit auto, la progression continue de la soupe populaire (les food stamps) ; l’envolée des coûts de la santé, la chute de la propriété immobilière des ménages, le plongeon du revenu médian… et la résultante synthétique de tout cela: la présence de Trump dans la course à la Présidence. »

Voilà la réalité et ne me dites pas, « oui mais c’est aux États-Unis ». Ce pays et la Chine sont les poumons d’une économie mondialisée. L’UE ne peut bien se porter si ces deux-là ne vont pas bien. D’ailleurs on vient d’apprendre que le QE (planche à billet) de la BCE, qui achetait des obligations souveraines, achète désormais des obligations privées. Mario Draghi sort complètement des statuts de la BCE dont le rôle est de maintenir la croissance à 2% et non de maintenir des taux d’emprunt négatifs jusqu’à 10 ans qui signent la mort des fonds de pension, des retraites, des assurances-vie, etc. Si l’on ajoute à cela la montée en puissance de l’option guerre aux Etats-Unis, on peut en effet tout oublier en regardant l’Euro 2016 comme on continuait à jouer de la musique sur le Titanic. 

Continuer à presser le monde du travail est une faute

Quand on a généré une dette de 100% du PIB 

Donnant 45 milliards de dépenses en 2015.

On ne mérite que la grève et l’opprobre 

Dans un monde où le gouffre

Est devant nous ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon