dimanche 26 juin 2016

Après le Brexit, l’Espagne dans la tourmente de l’UE, et nous ?



L’Espagne vote aujourd’hui pour désigner les représentants du peuple. Le chef du gouvernement Mariano Rajoy est sur la sellette car le peuple vote pour décider s'il garde la droite au pouvoir après six mois de blocage politique du pays marqués par l'ascension du parti anti-austérité Podemos. En décembre, les Espagnols s'étaient prononcés pour un changement, en punissant les deux grands partis qui rythmaient la vie démocratique du pays depuis plus de 30 ans. Le Parti populaire du chef du gouvernement conservateur sortant Mariano Rajoy, a ainsi perdu sa majorité absolue, obtenant 28,9% des suffrages, même s'il est arrivé en tête. Il est encore favori pour ce scrutin, mais rien ne dit qu’il puisse encore accéder à ce poste. 

Donc en ce 26 juin 2016, six mois après les dernières élections, 36 millions d'Espagnols doivent renouveler les Cortes après l'échec des négociations de formation d'un gouvernement suite au scrutin du 20 décembre. Podemos pourrait passer en deuxième position. C’est dire la situation instable de ce pays qui a renoué provisoirement avec la croissance, stabilisé le chômage à 21%, augmenté les inégalités avec une politique d’austérité drivée par l’UE, la BCE et le FMI. Nul doute que le Brexit aura une influence sur le vote des Espagnols. Le sentiment de pouvoir braver la puissance financière et son entreprise de démolition ne peut que favoriser les mouvements qui s’opposent au statu quo. Le parti PP de Mariano Rajoy est en tête dans les sondages, comme le « in » anglais ! Il n’est donc plus improbable que Podemos puisse devenir le premier parti espagnol et être incontournable. L’Espagne est actuellement ingouvernable. En l'absence d'entente entre les grands partis, un troisième scrutin pourrait être organisé fin 2016. 

Après le Brexit, c’est un deuxième coup au « Système » de l’UE qui peut sortir des urnes. Si l’Espagne est sans gouvernement élu depuis le 2 mai, date à laquelle le Congrès a été dissout, il se peut qu’une nouvelle progression de Podemos soit dans le résultat de ce soir. La grande nouveauté de ce scrutin est l'alliance passée entre la Gauche Unie (Izquierda Unida) formée des Communistes et des Ecologistes, qui a obtenu 4 % en décembre, et de Podemos. Le Parti Populaire de Mariano Rajoy était passé de 45% à 28,9% des voix alors que Podemos avait obtenu 20,9% des voix. Une baisse de quelques % et une hausse de Podemos lui permettrait de dépasser le PP. N’oublions pas que personne n'a voulu investir un nouveau gouvernement de Mariano Rajoy, dont la formation est mise en cause dans de multiples affaires de corruption. Du coup, Unidos Podemos pourrait dépasser aussi en voix et en siège le parti de gauche PSOE qui s'est montré, dans les dernières enquêtes d'opinion, assez affaibli. Ce « sorpasso », comme l'appelle les commentateurs espagnols, serait une première depuis les élections de 1933 lors de la seconde république. Podemos pourrait alors créer une alliance, jusqu’alors refusée avec le PSOE, et remporter le pouvoir. Or non seulement Podemos rejette la politique d’austérité de l’UE mais il appuie la demande d’autonomie de la Catalogne.

Certes ce dimanche soir, il faudra observer de près le score d'Unidos Podemos et les majorités possibles. Mais rien ne sera décidé ce 26 juin. Ce scrutin ne sera que l'ouverture de longues et difficiles négociations pour construire de nouvelles alliances dans un système politique espagnol en crise ouverte. On voit néanmoins que les soubresauts dans l’UE ne sont qu’à leur commencement, alors que des demandes, par référendum ou non, pour la sortie de l’UE, l’abolition du traité de Maastricht, de celui de Schengen, ou autres contraintes de l’UE, vont fleurir. Les Pays-Bas, le Danemark, l’Autriche et la Hongrie sont sur les rangs et l’ « UEphobie » progresse dans de nombreux pays, en particulier en Italie. Désormais toute élection nationale ou régionale sera marquée par cette question « être ou ne pas être », soit « out » ou « in ». Les anglais ont redonné aux européens le goût de la démocratie et de la souveraineté. 

En France le matraquage politique et médiatique sur les « En dehors de l’UE, point de salut » « Sortir de l’euro serait catastrophique » marque toujours les esprits. Néanmoins aucun des partis de la pensée unique, qui ont voté Maastricht et Lisbonne, ne se hasardera à demander un référendum. Ils parlent de revoir les traités à la marge, ils parlent des normes contraignantes qui ne sont évidemment pas le premier problème de la plupart de nos concitoyens. Le « Messieurs les anglais tirez les premiers » a marqué nos livres d’histoire. Bis repetitat, ils viennent de récidiver et montrer qu’ils étaient bien les inventeurs et les gardiens de la démocratie. Si nous sommes ceux de la liberté, nous ferions bien de comprendre qu’il ne peut y avoir de liberté sans démocratie. Le pouvoir actuel tombe dans un autoritarisme au goût de fascisme qui montre qu’il est à bout de souffle. Je suis sûr que la cote réelle du couple Hollande et Valls est bien au-dessous des 10% et que les sondages sont truqués comme le dernier sondage pour le « in » outre-Manche. La balle est dans notre camp, c’est à nous maintenant d’agir.

La situation de la France dans l’UE s’est aggravée avec la sortie probable, mais non officielle, du Royaume-Uni. Le couple franco-allemand n’est pas un couple équilibré. L’Allemagne nous dépasse de cent coudées et elle est désormais le fer de lance des États-Unis sur le continent européen. Si nous pouvions, en particulier sur le plan de la Défense, représenter un certain poids avec le Royaume-Uni, nous allons devoir nous aligner bon gré mal gré sur la position allemande et l’ « amicale sollicitation » des États-Unis de le faire. L’Ostpolitik de notre voisine va rayonner de plus belle et marginaliser les pays du club Méditerranée. L’euromark continuera à renforcer l’économie allemande. La voix de l’UE sera allemande. C’est autour de ce pays que la disparition des nations se fera et que se construira un fédéralisme allemand. Il est temps que les français en prennent conscience. 

Un clivage nord-sud de l’Europe est inévitable.

L’Union Européenne entre en mutation,

Le mur de Bruxelles vient de tomber,

Celui de Berlin est aux portes 

De l’ « ennemi » russe ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon