jeudi 2 juin 2016

Changer de cap mais comment ? (3ème partie)



Il est inutile de vouloir relancer notre pays sans libérer la monnaie. Sortir au moins de l’euro est un préalable pour une politique économique dynamique. La rigueur budgétaire, ne signifie pas austérité sur les salaires principalement, mais au contraire une politique d’investissement dans les infra structures pouvant aider nos entreprises, le tourisme, l’accès commercial de nos ports, le développement de nos aéroports, l’amélioration des réseaux routier et ferré, de nos canaux, et d’une façon plus générale tout ce qui va dans le sens du soutien à l’activité économique. C’est ce en quoi L’État peut dynamiser le pays, beaucoup plus que par les différents avantages distribués pour créer de l’emploi. Celui-ci va souvent ailleurs pour les grandes entreprises soit dans des investissements privés à l’étranger suivi de délocalisations soit dans la spéculation.

La rigueur budgétaire doit être globale en incluant les collectivités territoriales dont l’appétit croit à chaque strate ajoutée. C’est d’abord un état d’esprit qui doit se ressentir dans les émoluments distribués dans les plus rouages de l’État, gouvernement et Parlement. Ces derniers sont les seuls qui peuvent s’autofinancer sans contrainte par simple vote consensuel. Cela doit cesser à cause du coût mais beaucoup plus pour le symbole. Les différents artifices mis en place pour aider les entreprises sont complexes, donc peu efficaces pour les petites et les moyennes entreprises. C’est dans l’allégement des charges aux entreprises que se trouve la solution simple et efficace sans circuits administratifs lourds qui rendent les entreprises tributaires du bon vouloir de l’État. La diminution des charges sur les salaires et de l’impôt sur les sociétés redonne de la compétitivité. Leur financement est à trouver dans la rigueur budgétaire dont une bonne partie se trouve dans la limitation du nombre de fonctionnaires. Celui-ci est pléthorique par rapport à la très grande majorité des pays européens. Rien ne justifie un tel écart. 

C’est du côté du millefeuille administratif et de la complexité des circuits administratifs que doit porter l’effort de simplification. Il y a beaucoup à gagner de ce côté-là tout en redonnant des moyens humains et matériels aux secteurs de la santé, de la justice et de la recherche. Pour l’enseignement ce n’est pas l’augmentation du nombre d’enseignants qui est le plus important, l’Allemagne a plus d’enfants par enseignant, mais l’augmentation de la qualité de ceux-ci qui doit être la cible. Cela passe par une augmentation très importante des salaires qui peut s’accompagner alors d’exigences supplémentaires sur les heures travaillées. Les aumônes ne servent à rien. Cette profession est boudée par les jeunes et entraîne des difficultés de recrutement qui ouvrent la porte à une baisse des niveaux requis. La dispersion des enseignants dans des tâches annexes d’éducation est nuisible à la tâche d’enseignement. La réforme tendant à faire du principal un gestionnaire pur, coupe les enseignants de la compréhension nécessaire à leur support envers les enfants et les parents. Tout ceci est à revoir. Un temps de stabilisation des horaires et des programmes est nécessaire sur un quinquennat pour permettre un enseignement de qualité.

Dans le secteur bancaire, il faut aller jusqu’à une véritable séparation des banques spéculatives de celles du crédit. La création de filiales ne suffit pas. L’aide européenne aux banques nourrit beaucoup plus le secteur spéculatif que celui du crédit à l’investissement, ce qui n’aide pas le secteur économique. Le retour à la monnaie nationale doit remettre la création de la monnaie à la Banque de France qui doit prêter directement à l’État à taux voisin de zéro. Il est insupportable de voir l’Etat se servir dans des banques privées à taux plus important sous prétexte que c’est un moyen de limiter son appétit de dépenses. Il suffit pour cela qu’il soit mis dans la loi que le déficit primaire de l’État doit être nul.
 
 Il faut revoir le fonctionnement du système des retraites. Premièrement l’État doit provisionner les retraites de ses fonctionnaires, comme le font les entreprises pour leurs salariés. L’État laisse cette dette aux générations suivantes. Par ailleurs laisser aux syndicats représentant le patronat et les salariés le soin de gérer les caisses de retraite n’est pas souhaitable dans la mesure où c’est l’Etat qui doit prendre en charge le déficit qu’il entasse hors budget et qui ne cesse de grossir. On n’a pas moins de 35 régimes de retraite dont 13 régimes spéciaux particulièrement avantageux. Une grande concentration est à faire et l’alignement des régimes spéciaux est à mettre en œuvre progressivement chez les nouveaux arrivants. Il est malheureusement toujours plus facile de penser à augmenter les cotisations ou de diminuer les retraites que de faire ce travail de restructuration de l’ensemble des régimes sur un arbre commun. L’allongement de la date de retraite est une simple façon de repousser le problème, mais est globalement improductive, lorsque l’on est dans une période à chômage élevé, et devient même un facteur aggravant. 

L’État parle souvent de simplification mais la situation globale de l’ensemble des problèmes gérés devient chaque jour plus complexe. La loi Travail a oublié la simplification du Code du Travail qui serait sans aucun doute d’une grande efficacité dans la dynamique des entreprises et dans l’allègement des tâches de contrôle de l’État. Cette complexité dans le Code du Travail et dans le Code des impôts est un boulet au dynamisme des entreprises et un creuset à fabriquer des fonctionnaires. On peut y ajouter la simplification administrative dans le millefeuille entre la commune et l’État. Il faut clarifier le rôle et les domaines d’action des métropoles et des communautés de communes. Ces dernières finissent par s’approprier non seulement les tâches des communes mais à créer de nouvelles activités qui entraînent de nouveaux fonctionnaires souvent recrutés dans les familles des élus communaux. Les élus communaux participent à cette boulimie parce qu’ils y arrondissent leurs indemnités (revenus) en participant aux deux, commune et communauté. On a une confusion de rôles entre les métropoles, les communautés de communes, les contrats de pays, les conseils généraux qui alourdit les dépenses et diminue l’efficacité. 

De toute évidence la création des régions va se traduire non seulement par un surcoût de mise en place mais par un alourdissement des dépenses globales pour les régions regroupées. Mais il s’agit d’un sujet en soi dans nous reparlerons car il s’y cache des intentions nuisibles pour la Nation. 

Lorsque la complexité est engraissée pour être un écran de fumée 

Alors pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué. 

D’où il y a moins d’actions dont on puisse mesurer l’impact 

C’est une méthode de gouvernement qui perdure ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon