vendredi 3 juin 2016

La guerre, le sceptre du pouvoir


« Il y a partout la même structure pyramidale, le même culte d’un chef semi-divin, le même système économique existant par et pour une guerre continuelle. […] Elle dévore le surplus des produits de consommation et elle aide à préserver l’atmosphère mentale spéciale dont a besoin une société hiérarchisée. […] La conscience d’être en guerre, et par conséquent en danger, fait que la possession de tout le pouvoir par une petite caste semble être la condition naturelle et inévitable de survie. […] Peu importe que la guerre soit réellement déclarée et, puisque aucune victoire décisive n’est possible, peu importe qu’elle soit victorieuse ou non. Tout ce qui est nécessaire, c’est que l’état de guerre existe. » George ORWELL, 1984

C’est exactement le scénario que nous vivons en France et aux États-Unis. Dans ce pays Donald Trump le dénonce clairement en promettant de cesser de faire la guerre partout dans le monde et de rétablir des relations normales avec la Russie et la Chine. Les médias français qui n’ont cessé de vilipender ce candidat susurrent qu’il ne tiendra pas ses promesses, en se référant sans doute à Obama et à Hollande. C’est possible, il reste qu’il est le seul candidat qui met le doigt sur cette volonté de s’imposer au monde comme un gendarme dépouilleur des richesses des autres. Aucun autre candidat, aux États-Unis et même en France, ne dénonce ce système de guerre perpétuelle qui maintient les peuples dans une fausse situation de dépendance. Mais cette attitude initiée par les États-Unis, qui a généré plus d’un siècle de guerres ininterrompues, frise avec le risque d’un conflit mondial.
 
La bataille de communication à laquelle se livrent les pays occidentaux pour diaboliser la Russie et la Chine entraîne une montée des tensions et l’arrivée d’armes classiques et nucléaires ainsi que de troupes et d’engins terrestres, aériens et maritimes au plus proche des frontières terrestres et maritimes de la Russie et de la Chine. A tel point que beaucoup de patriotes américains respectés, tels que Paul Craig Roberts, Stephen Cohen, Philip Giraldi, Ray McGovern et beaucoup d’autres ont émis des avertissements de menace d’une troisième guerre mondiale. Les allégations des États-Unis sur l’économie russe comme étant en ruine et l’armée russe comme faible, sont diffusées sans apporter aucune preuve. C’est une mise en condition psychologique des peuples pour les préparer à une guerre éventuelle. L’approche des frontières russes, la présence des États-Unis dans les Etats Baltes, met Saint-Pétersbourg à portée d’artillerie. Les manœuvres qui s’y déroulent comme en Roumanie créent un réflexe de défense russe. 

La Russie a beaucoup souffert aux mains des envahisseurs étrangers, perdant 22 millions de personnes lors de la Seconde Guerre mondiale. La plupart des morts étaient des civils, parce que le pays a été envahi, et les Russes ont juré de ne jamais laisser une telle catastrophe se reproduire. Les capacités opérationnelles de la nouvelle armée russe ont été démontrées de manière éclatante lors de l’action récente contre ISIS, al-Nosra et les autres groupes terroristes financés par l’étranger et opérant en Syrie. Alors que la Russie demande la coopération avec les Etats-Unis sur le terrain syrien pour lutter contre Daech, une confrontation est en cours pour savoir qui arrivera le premier dans Raqqa, le fief syrien de Daech. Le leadership américain a tout fait pour pousser la situation au bord de la catastrophe en aidant les « rebelles modérés » et en créant Daech pour éliminer Bachar el-Assad lié à la Russie et à l’Iran. Il montre qu’il est prêt à soutenir tout individu, ou mouvement ou gouvernement, qui serait anti-russe, que ce soit des oligarques russes pratiquant l’évasion fiscale, des criminels de guerre ukrainiens condamnés, des terroristes en Tchétchénie soutenus par les wahhabites saoudiens ou des punks profanant les cathédrales à Moscou.

C’est l’intimidation à l’extérieur par les armes et les sanctions, et la création du désordre à l’intérieur selon la politique du chaos. Mais l’intensification de ces guerres par des acteurs interposés, permettant de limiter au maximum l’engagement visible de soldats américains, hors forces spéciales, est aussi un aveu de faiblesse, un aveu d’un déclin amorcé. Le rejet de la Russie, demandé à l’UE, a provoqué le resserrement des liens russo-chinois. L’exclusion de la Russie du G8 ne fait que renforcer la volonté de ce couple, axe principal des BRICS, de chercher à étendre son influence sur l’Asie, et de se donner des moyens financiers indépendants de la Banque mondiale et du FMI avec une banque asiatique d’investissement. L’économie russe a souffert d’un faible prix de l’énergie mais un retour à la croissance est attendu dès l’année prochaine. De plus la Russie est le plus grand producteur de pétrole du monde et le deuxième plus grand exportateur de pétrole, mais elle est aussi le plus grand exportateur mondial de céréales et de technologie de l’énergie nucléaire. Ceci fait comprendre, sans l’excuser, l’hystérie qui s’empare des États-Unis qui s’enferrent dans le refus obstiné d’accepter la Russie comme un partenaire égal. Washington veut désespérément être le leader mondial et la nation indispensable.

Il n’y a aucune raison objective à ce que les États-Unis et la Russie se considèrent mutuellement comme adversaires. La faute en incombe essentiellement à l’attitude américaine et à ses alliés, c’est-à-dire à l’Occident et à son credo du Nouvel Ordre Mondial. D’autant plus que la Russie n’est pas du tout intéressée à recréer l’URSS, et qu’il n’y a pas de menace russe ou d’agression russe. Une grande partie de la réussite économique récente de la Russie a beaucoup à voir avec la séparation d’avec ses anciennes dépendances soviétiques, lui permettant de poursuivre une politique de Russie d’abord. C’est quand même très largement l’état de crise régnant aux États-Unis qui les pousse à la confrontation entre la Russie et l’Occident . Crise morale, crise politique, mais aussi crise économique, sans oublier les préoccupations quant à la position du dollar. Dans cette situation, je pense qu’il y a des forces à Washington qui pensent que la dérive vers des tensions internationales peuvent en quelque sorte mobiliser les sociétés et éviter qu’on pose des questions sur les faiblesses du système actuel, faiblesses qui sont en fait évidentes.

C’est la même logique qui a lieu en France avec un pouvoir complètement décrédibilisé. C’est sur le plan international et dans la guerre que celui-ci peut encore faire croire à son utilité. Les attentats, qui sont le fruit de nos actions extérieures d’ingérence en pays musulman, servent le pouvoir qui déclare le pays « en guerre ». Il peut ainsi diminuer l’importance des autres sujets et promulguer des lois liberticides qui renforcent son pouvoir. Si les dates des 7 janvier 2015, 13 novembre 2015, 22 mars 2016, restent dans toutes nos mémoires, les opérations militaires menées au nom de la lutte anti-terroriste font chaque jour bien plus de victimes dans le monde entier : en Irak, en Syrie, en Libye, au Yémen, en Afghanistan, au Pakistan, etc. Le chef de l’État ne s’est d’ailleurs pas privé, à la suite de la retraite des rebelles musulmans au Mali, de parader à Bamako et de déclarer qu’il s’agissait du plus beau jour de sa carrière politique. C’est hautement symbolique du constat général de l’attitude de l’Occident : la guerre est devenue le sceptre du pouvoir. Avec ses morts, ses gueules cassées, ses réfugiés elle est seulement l’instrument de sa volonté de puissance. 

La guerre est hautement détestable pour tous ceux qui en ont souffert

Mais dans les bureaux feutrés des banques et de ceux du pouvoir 

C’est un jeu diabolique qui tue et appauvrit les peuples

Mais enrichit les marchands et les politiques 

Au sommet de l’argent et du pouvoir ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon