mardi 1 septembre 2015

Pourquoi Calais pose-t-il un problème migratoire ?



Le flux d’émigrés qui s’agglutinent à Calais est redevenu un problème depuis Sangatte, non pas que ce problème ait disparu pour réapparaître mais parce que le gouvernement s’en est désintéressé laissant la tâche aux municipalités concernées. L’errance de ces populations, la précarité de leur vie, la dangerosité du passage vers le Royaume-Uni étaient avant tout un problème de sécurité pour les autorités et de solidarité pour les personnes et associations qui les aidaient. Comme toujours les gouvernements nagent dans l’imprévision et ne réagissent que lorsque les difficultés ne peuvent plus être politiquement ignorées car elles font le buzz des médias. Mais quel politique se pose la question du pourquoi de Calais et de son goulot d’étranglement d’un flux migratoire qui s’enfle ?

Évidemment il y a la position géographique de cette ville qui est le point d’entrée idéal pour traverser le Channel par le tunnel. Mais pourquoi veulent-ils tous aller au Royaume-Uni, et refusent-ils pour la plupart de faire une demande d’asile en France ? C’est cela la véritable question qui devrait préoccuper nos politiques. Ceux-ci n’ont d’ailleurs qu’un minimum d’informations sur les entrées et sorties de notre territoire pour des périodes d’au moins un an contrairement au Royaume-Uni qui a un suivi mensuel où la distinction est faite entre l’immigration pour raison de travail, pour raison économique, pour raison de santé, pour regroupement familial, ou pour raison politique. Comme de plus nous ne pouvons avoir que des estimations sur l’immigration clandestine par définition, nos responsables politiques peuvent raconter n’importe quoi et ne rien maîtriser en réalité malgré les chiffres officiels sur les naturalisations par exemple. Nous nous moquons des grecs qui n’ont pas de cadastre mais nous n’avons pas en France des statistiques sérieuses et détaillées sur l’immigration. Nous sommes même le seul pays de l’UE à ne pas fournir ces informations à Eurostat, l’organisme européen de statistiques. 

Mais revenons à Calais, de toute évidence, on arrive à Calais parce que c’est au Royaume-Uni qu’est la réponse aux besoins de cette population d’émigrés. Le premier constat est que cette population est essentiellement composée d’européens de l’est, type roumains, bulgares. Le deuxième constat, que révèle les statistiques du Royaume-Uni, c’est que 46% d’entre eux émigrent pour des raisons économiques et que parmi eux 61% ont déjà un contrat de travail. Ce chiffre passe même à 80% pour des pays hors UE. Voilà qui éclaire l’engouement pour le RU alors qu’en France on nous parle de 9% d’immigration pour cette raison. Il est clair qu’il y a plus de possibilités de travail au RU qu’en France.

Le troisième constat c’est que du coup le niveau de qualification de ceux-ci est globalement plus élevé que celui des émigrés qui restent en France dont une très grande partie provient du Maghreb et l’Afrique subsaharienne. En France près de la moitié des émigrés arrivent au nom du regroupement familial et le constat est que dans les lieux de concentration des primo-arrivants le niveau de qualification est faible. On peut constater déjà que le problème migratoire ne se présente pas de la même façon au Royaume-Uni et en France. Par ailleurs l’insularité du RU rend difficile l’immigration clandestine, ce qui n’est pas le cas en France où les frontières sont très perméables par l’Italie et l’Espagne en particulier. 

Mais il y a d’autres raisons à l’attractivité du RU et certaines ne sont pas à notre honneur. L’anglais est un langage international qui est enseigné en Europe et connu en particulier dans le Moyen-Orient. La formation au français est en chute libre en Europe, comme j’ai pu le vérifier en Allemagne, alors que c’est la deuxième langue officielle de l’UE. On peut regretter que la défense du français ne soit plus à l’ordre du jour alors que cette langue ne cesse de progresser en Afrique, ce qui favorise l’émigration africaine vers notre pays. Une autre raison de l’attrait du RU est la qualité des universités anglaises qui attirent un flot d’étudiants. La cote de la France dans ce domaine est en baisse, en particulier par le manque d’investissements dans nos universités. On voit qu’il y a des leçons à tirer qui dépassent le problème migratoire. 

En conclusion le solde migratoire dans le Royaume-Uni est plus important qu’en France mais la nature des immigrés rend globalement plus facile leur intégration dans le monde du travail. On peut faire le même constat pour l’Allemagne. L’immigration française ne nourrit pas l’économie française comme celle du  Royaume-Uni. Le poids d’un regroupement familial d’individus globalement peu qualifiés fait de la France un pays d’accueil où l’on peut survivre sans travailler, ce qui ne veut pas dire que nos immigrés n’en cherchent jamais. Mais la faible croissance, la législation lourde du Code du Travail, et l’importance du nombre de personnes non qualifiées laissent peu d’espoir de ne pas voir cette jeunesse tomber dans la délinquance et le trafic de drogues, d’armes et autres. On ne peut avoir une politique migratoire commune pour l’ensemble des pays européens. Une fois encore on constate que le carcan de l’UE empêche de trouver des solutions rapides et adaptées à chaque pays. 

Calais n’est pas Vintimille et la France n’est pas le Royaume-Uni.

Les flux migratoires sont divers et plus ou moins supportables. 

Chaque pays regarde désormais ses frontières

Et la solidarité européenne devient 

Du nombrilisme ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon