samedi 19 septembre 2015

Libye : le centre des trafics Eurafrique !



Dans un précédent article la Libye est apparue comme le point de départ d’une stratégie américaine dont l’aboutissement final visait la continuation du chaos au Moyen-Orient, pays du Golfe exclus, pour la mainmise sur ses ressources pétrolières, en connivence comme pour l’Arabie Saoudite et le Qatar, ou par la force pour la Syrie et l’Iran qui était sous le coup d’un embargo. Ce dernier pays chiite est indirectement attaqué pour son lien avec la Syrie. Mais l’utilisation des guerres religieuses intra-musulmanes sert l’extension d’un chaos que l’on dirige vers l’Europe par les destructions des habitations, le harcèlement des camps de réfugiés et par une aide financière. Tout a commencé par l’invasion de l’Irak bien sûr mais la guerre n’a pas cessé depuis avec l’Afghanistan, le Soudan, etc.

La Libye reste néanmoins le point de concentration des flux migratoires de toute l’Afrique en direction de l’Europe. Le destin de celle-ci était alors scellé pour le parachèvement d’un protectorat américain, protectorat sur l’Europe dont l’identité devait être cassée pour la rendre plus malléable. La présence militaire renforcée, sous prétexte de l’agression russe à prévoir sur le flanc Est, le traité de libre-échange, soi-disant dans l’intérêt de tous en cours de discussion, et les vagues migratoires ne sont que les trois aspects de la mainmise des USA sur l’Europe. Les vagues migratoires font appel aux sentiments d’humanité dont la France se glorifie plus que d’autres et aux besoins d’une Allemagne dont la politique familiale aboutit à une démographie en recul alors que son économie réclame de la main-d’œuvre.

La Libye est devenue une plaque tournante des trafics en tous genres et il n’est pas question que les occidentaux y mettent bon ordre, ce qui serait maintenant bien plus simple que de vaincre Kadhafi qui était militairement très bien équipé. Curieux non ? Aussi curieux que cette coalition de 24 pays occidentaux, dont le pays le plus puissant, qui n’arrive pas à venir à bout de L’État islamique. Les chiffres qui ressortent d’un rapport accablant rédigé sur le site Global initiatives against transnational organized crimes, en sont l’illustration. 

Sur la carte ci-jointe on visualise les trafics d’armes légères en rouge, humains en brun, en tous genres en bleu foncé, en noir pointillé les acheminements d’armes par air. Les motivations soient politiques, religieuses ou purement crapuleuses, les convergences d’intérêts entre les groupes armés de la moitié nord de l’Afrique et du Moyen-Orient sont au cœur du problème migratoire. Les territoires sous contrôle des djihadistes sont en grisé. Faisant feu de tous les trafics ; cigarettes, armes, drogues et surtout migrants, les criminels répartissent et élargissent leurs zones d’action. Ce rapport tisse également les liens entre le trafic migratoire et le terrorisme qu’il finance, anéantissant par-là même les considérations humanitaires de ceux qui veulent nous imposer toujours plus de clandestins, alors que survivent, seulement en France 150 000 SDF et plus de 8 millions de précaires.

Depuis plus de mille ans, le Sahara est une région de  contrebande et de trafic de nombreux types de produits. La Libye, dont les liens avec l’Europe datent de l’Empire romain, a toujours été une destination et une voie de transit importante pour nombre de ces activités illicites. Depuis la chute de Kadhafi, la contrebande et le trafic impliquant à la fois des groupes armés et des réseaux du crime organisé a augmenté de façon spectaculaire en Libye. La chute du régime avait permis à la traditionnelle répartition tribale du commerce Trans Sahara, dans les drogues, les produits de contrefaçon, les migrants et les armes, de croître pour atteindre environ 43-80M$ au maximum, revenus répartis entre un grand nombre de trafiquants, clans et  groupes. 

Ce rapport nous informe que : « l’augmentation des flux d’argent et de marchandises illégales a des répercussions à travers l’Afrique du Nord et le Sahel. Cet argent et les armes en provenance de Libye ont contribué à faciliter la rébellion au Mali en 2010, et continuent à alimenter les conflits aujourd’hui. Plus important encore, le nombre élevé de migrants le long de la côte en Afrique du Nord a permis le développement d’un commerce de « passage » beaucoup plus lucratif, désormais évalué entre 255 et  323 millions de dollar par an, pour la seule Libye. La valeur de ce commerce surpasse de loin toutes les entreprises de traite et de trafic dans la région, et a renforcé des groupes terroristes, y compris l’État islamique. » Le but de cette synthèse est de fournir une mise à jour des informations pertinentes sur les facteurs de conflits potentiels dans la grande région du Sahara, à destination des décideurs politiques, des intervenants et des chercheurs. Ce document a été établi en collaboration entre le Centre norvégien pour l’analyse globale (Rhipto) et l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée.

« Les valeurs de ces principaux trafics dans la région sont estimées à :
•  Trafic de drogue colombienne via Guinée-Bissau : valeur « de rue » 1,25 milliard de dollar en Europe et 150 millions en Afrique de l’Ouest, générant des revenus locaux de 10 à plus de 20 millions de dollars pour les opérateurs dans le Sahel, l’Algérie et la Libye.
• La chute du régime libyen a permis à des groupes criminels de profiter largement de tous les trafics : contrefaçon et contrebande de marchandises, y compris les cigarettes, les produits pharmaceutiques, agricoles, de construction et de transport. Le montant de ce commerce est difficile à quantifier.
• La valeur totale du commerce libyen des armes dans l’ère post-Kadhafi est probablement de l’ordre de 15 à 30 millions de dollars par an. Ces armes sont plus destinées à des groupes militants en Libye et au Sahel (dont le Mali, le Niger, et le Tchad) qu’au commerce. Ceci étant, des livraisons d’armes ont été détectées vers des pays du Golfe et ailleurs en Afrique, et les conséquences négatives du commerce des armes sont évidemment beaucoup plus élevées que sa seule valeur monétaire.
• Le traditionnel trafic de migrants à travers le Sahara était auparavant évalué de 8 à 20million$, mais avec l’augmentation récente des migrants en transit, la valeur actuelle du commerce le long de la côte (en contournant les traditionnels voies tribales) – est estimée entre 255 – 323 millions par an. » 

En 2011, l’armée libyenne était estimée à 76000 membres actifs et 40000 agents de réserve, avec un arsenal de 250 à 700000 armes à feu, dont trois quarts de fusils d’assaut. A la chute de Kadhafi et la désintégration de l’État libyen, ces armes sont tombées aux mains de groupes armés et de trafiquants.  Les conflits en Libye sont toujours alimentés par les soldats et les armes qui formaient jusqu’alors la colonne vertébrale de la puissance de l’État. Le prix d’un AK-47 en Libye varie généralement de 150 à 1000 dollars, parfois plus, sachant que la moyenne sur le reste du continent avoisine les 500 dollars. On estime qu’entre 10 et 20000 armes à feu libyennes ont rejoint le Mali, le Niger, le Tchad et le Soudan.  Certaines estimations donnent des chiffres bien plus importants, parfois quadruplés, suite à la chute de l’armée libyenne et des institutions de l’État.

Il y a désormais un très grand nombre de trafiquants de migrants et réfugiés venant de Syrie via le Liban et l’Égypte. Les Syriens comptent en effet pour la plus grande part des migrants exploités via la Libye, même si un nombre rapidement croissant de migrants sub-sahariens arrive aussi par ces voies. Le trafic migratoire a augmenté de façon spectaculaire à partir de la Libye et de la Tunisie. Grâce à des moyens variés, dont des accord avec l’Italie, le régime de Kadhafi avait drastiquement limité les flux migratoires et les trafics d’individus entre les deux pays : seuls 4500 réfugiés avaient été décomptés en 2010. En 2014, ce chiffre a explosé pour atteindre au moins 170 000 et représentait environ 60% des arrivées clandestines en Europe dont principalement venant de Syrie, d’Érythrée et de l’Afrique sub-saharienne. Depuis la chute de Kadhafi, les milices harcèlent les migrants et leur famille pour leur extorquer des fonds ou vont jusqu’à vendre des migrants aux trafiquants lesquels leur extorquent des droits de traversée exorbitants et les abandonnent en mer en leur disant qu’ils vont être récupérés. 

De toutes ces activités criminelles, la plus urgente à traiter est celle du trafic de migrants à travers la Méditerranée car l’augmentation des flux finance en retour les groupes radicaux impliqués dans les trafics au Sinaï et en Egypte, liés à la Lybie, la Syrie, l’Irak, y compris Daesh. La fermeture des frontières n’est qu’un pis-aller de gestion à très court terme. Les interventions au large des côtes libyennes ont peu de chance de faire réduire les flux de migrants compte tenu de l’étendue de la zone de repêchage. Au contraire, elles peuvent augmenter les départs, étant donné le peu d’attention que les trafiquants portent au sort des migrants qu’ils mettent sur les bateaux une fois les plages libyennes quittées.

C’est au plus près des pays d’origine qu’il faut agir par le renseignement sur les routes, les points de passage et les organisations structurées du trafic migratoire. Il faut aussi faire cesser les conflits armés en particulier ceux qui sont alimentés sciemment contre la Syrie. Il faut agir sur le Liban et la Jordanie où il existe un risque majeur de déstabilisation et sur la Libye où une action de pacification doit être décidée par l’ONU. Elle est l’objectif de l’EI et concentre tous les trafics permettant de se financer et de s’armer. Il faut surtout demander aux États-Unis d’arrêter sa complicité dans l’afflux migratoire en Europe. 

Après la guerre de Bush en Irak, tout est parti de celle en Libye.

Ce pays concentre désormais tout ce qui nous menace 

Et alimente un État dont le but est le califat

Et l’extension mondiale de la charia.
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon