dimanche 6 septembre 2015

Flux migratoires et schizophrénie européenne



L’Europe est soudain prise d’une schizophrénie migratoire qui met en lumière l’imprévision de ses élites politiques et la montée d’un nationalisme égocentrique qui défient l’idée d’une Union Européenne solidaire et responsable dès qu’un problème grave se produit. Cela fait suite à l’état de faillite de la Grèce où ce pays s’est retrouvé sous le joug des « institutions », nouveau mot pour éviter de garder celui de « troïka » qui avait été l’objet de la colère grecque. Le peuple grec a pu constater que son expression démocratique était ignorée comme une fin de non-recevoir comme le vote des français pour la Constitution Européenne. Les peuples de l’UE peuvent ainsi mesurer que l’Europe fédérale, que préparent banquiers et lobbies sous l’impulsion américaine, ne peut être que technocratique, anti-démocratique et sous le joug allemand. L’immigration de masse, qui prend une ampleur soudaine, fait suite à la chute de Palmyre en Syrie. Cet évènement majeur aurait dû éveiller des réactions politiques qui dépassent le regret de la destruction de trésors archéologiques. Devant les décapitations médiatisées à dessein le peuple syrien a été pris d’une peur panique en comprenant que toutes les bonnes paroles d’Obama n’étaient que du vent. C’est pourtant bien pire, ce sont des mensonges éhontés de déstabilisation voulue de toute une région du Moyen-Orient.

Aujourd’hui, comme pour la Grèce, l’Allemagne est au premier rang dans l’action sur la gestion du flux migratoire. Elle se garde bien de proposer son aide militaire au Moyen-Orient et laisse ce rôle à la France qui va obtempérer en allant faire des frappes aériennes en Syrie, frappes qui ne changeront rien comme en Irak, mais qui donneront encore plus de force au recrutement des djihadistes dans notre pays et à l’opprobre jetée sur notre pays dans tout le monde musulman. Mais l’Allemagne reste pratique et Angela sait que son pays est le siège d’une crise démographique grave qui assombrit son avenir. Il va manquer 1,8 millions de travailleurs en 2020 et 4 millions en 2040 selon les études démographiques si rien ne change. Elle a pris une décision politique, courageuse devant une opinion publique réservée mais une décision pragmatique, celle d’accueillir 800.000 migrants, réfugiés, clandestins. J’emploie ces trois appellations pour montrer toute la différence d’approche entre la France et l’Allemagne. La première, la France, se perd en péroraisons sur le bon terme à employer et en appels à l’humanité de ses citoyens, l’autre, l’Allemagne, met en place le recensement des qualifications des nouveaux arrivants et de toutes les conditions nécessaires à leur intégration rapide et leur accès à l’emploi, dont des centres d’apprentissage.

Nous sommes dans l’émotion, l’Allemagne dans l’action. Angela Merkel sait que l’image, pour moi indécente, de l’enfant mort à Bodrum, émeut les populations, dont le peuple allemand, mais que c’est son action de leader européen qui fera bouger les responsables politiques des autres pays. D’ailleurs Hollande, qui était opposé aux quotas, s’y rallie finalement comme toujours. Cette politique des quotas est en soi un désaveu de la construction européenne, puisqu’il montre l’incapacité des chefs d’État à trouver un accord où chacun apporterait ses possibilités d’accueil pour finalement arriver au nombre nécessaire. Il n’a pas échappé à Angela Merkel que les émigrés syriens, irakiens et libanais étaient issus pour la plupart des classes moyennes et aisées donc qualifiées et pouvant rapidement remplir un emploi. Elle va s’employer à les capter ou à les faire accepter dans des pays européens de sa zone d’influence. Nous risquons de ne récupérer que des libyens, des maliens, des ivoiriens, etc. dont l’intégration sera beaucoup plus difficile.


Cette méthode des quotas ne tient d’ailleurs pas compte des desiderata des réfugiés dont on sait qu’ils veulent aller pour la plupart en Allemagne ou au Royaume-Uni. On peut constater ceci à Calais où les propositions d’asile en France sont presque toujours refusées par ceux qui tentent le passage de la Manche alors qu’ils vivent dans des conditions humainement très dures. Par ailleurs l’imposition de quotas par l’UE est encore un dépouillement de plus de la souveraineté des états. Le constat est que l’unanimité des États sera difficile à obtenir et on peut le comprendre. La Hongrie est prête à laisser partir ses réfugiés mais encore faut-il que l’Autriche les accueille, laquelle le fait si l’Allemagne les prend. On est en plein délitement de l’idée européenne et on se rapproche à grands pas d’un éclatement de l’UE.  

Le rappel de la réalité des frontières que l’on a voulu supprimer est remis en lumière et le dernier sondage sur la sortie de l’UE par le Royaume-Uni vient de recueillir la majorité des opinions britanniques. L’opinion française a clairement compris que l’immigration espagnole, portugaise, italienne, polonaise d’autrefois et même bulgare, roumaine et ukrainienne d’aujourd’hui, n’avait pas le même impact que celle des musulmans du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Elle a mesuré le risque d’un choc de civilisation dans notre pays puisque l’assimilation de celle-ci s’avère refusée en grand nombre par ses jeunes qui se radicalisent de plus en plus. Le problème religieux ne peut être ignoré et il est volontairement occulté par les deux partis de gouvernement actuels. Elle a compris que la guerre au Moyen-Orient était d’abord un problème intra-religieux de prédominance de califat avant tout, problème que nous envenimons en y faisant la guerre et qui alimente notre djihadisme intérieur. Ceci explique aussi pourquoi les pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite et le Qatar ne veulent pas participer à l’accueil des réfugiés alors qu’ils ont la richesse nécessaire pour mener non seulement la guerre en Irak, au Yémen mais aussi pour financer des révolutions dans de nombreux pays ou l’implantation de l’islam sunnite en France. Observez le silence des « autorités » musulmanes françaises sur l’émigration syrienne. 

L’UE va se déchirer pour un problème qui n’était pas le sien. 

Elle récolte son incapacité  à avoir une politique extérieure 

Capable de prendre en charge les intérêts européens 

Dès qu’ils sont différents des intérêts américains. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon