vendredi 4 septembre 2015

Souveraineté et démocratie contre tyrannie et barbarie



Je ne peux que me réjouir de voir de nombreux articles sur la souveraineté ainsi que des prises de position  de politiques allant jusqu’à l’utilisation du mot comme dans le cas du Front National. D’ailleurs la guerre cornélienne qui y fait rage laisse présager un changement de nom du parti… pourquoi pas Front souverainiste ! Ce n’est qu’une supposition qui poserait bien des problèmes aux souverainistes de la première heure, mais sait-on jamais. La souveraineté n’est pas l’apanage de la Révolution Française. La France de la Royauté a défendu la notion de souveraineté et le roi était le souverain du royaume. Cette souveraineté s’exerçait sur un territoire dont les frontières étaient portées sur une carte. Petit à petit, après des avancées et des reculs de superficie, la France s’est constituée vraiment avec Philippe Auguste qui a stoppé l’expansion anglaise. Il est important de voir qu’il n’y a pas de souveraineté sans territoire, donc sans frontières, et que c’est la conquête ou la défense de son territoire qui est le moteur d’une nation et qui en fait un État souverain. C’est ce qu’ont bien compris les salafistes intégristes avec la création d’un État islamique qui peut imposer ses lois sur le territoire conquis.

La notion de souveraineté est donc aussi vieille que la France et on peut parler du principe de souveraineté nationale avec un souverain et des sujets mais on ne peut pas parler de démocratie à cette époque. Seul un nombre restreint d’individus parlaient au nom de tous les autres sans que ceux-ci puissent le contester sans avoir affaire à la justice. Il peut cependant y avoir une démocratie sur un territoire souverain comme nous l’ont montré les Grecs. Ils ont servi d’exemple aux principes gagnés par la Révolution français à savoir un État d’un peuple souverain géré « par le peuple, pour le peuple ». Il s’agit donc bien d’une souveraineté populaire qui défend une souveraineté nationale et l’un est indissociable de l’autre. Cet État ne peut admettre d’ingérence étrangère car le peuple n’y est plus souverain par définition. La souveraineté permet de se défendre aussi bien de l’extérieur, contre l’ingérence comme contre l’Espagne au moment des guerres de religions, contre l’envahisseur prussien ou allemand, que contre ceux qui s’opposent entre eux à l’intérieur. La Nation souveraine ainsi constituée protège de la « guerre de tous contre tous » pour reprendre la formule de Thomas Hobbes qui pensait que « l’homme peut être un loup pour un autre homme ». 

Reprendre la parole au peuple ou refuser de la lui donner est crime contre les fondements de la République et contre la démocratie. Il peut y avoir de la souveraineté sans démocratie mais l’inverse n’est pas possible. Mais dans notre République les deux sont indissociables sur un territoire dont les frontières bordent notre Nation et lui confèrent son identité. Or le peuple constate actuellement que la maîtrise de son destin lui échappe et qu’on le fait entrer dans un monde de tyrannie et de barbarie. La tyrannie c’est les décisions, de moins en moins démocratiques prises par Bruxelles, comme les ressentent nos agriculteurs et comme nous l’avons vu se dérouler en Grèce. Ce peuple grec est condamné à une austérité plus sévère qu’il a démocratiquement refusée et ses banques ont été volontairement détruites. Ce n’est plus  82 ou 86 milliards qu’il faut mais déjà près de 100 milliards selon le FMI et aujourd’hui sans doute 20 de plus tant les créances douteuses s’accumulent.

Mais c’est aussi la barbarie qui s’installe avec des ingérences militaires dans des pays totalement ou partiellement détruits comme la Libye et la Syrie, ingérences diplomatiques et de services secrets pour fomenter des guerres civiles comme en Ukraine sous prétexte de défense de la démocratie. La liberté d’agir était dix fois plus grande en Libye que dans tous les États de la péninsule arabique. La liberté de s’instruire, de pratiquer sa religion, de commercer, de se réunir y était aussi bien plus grande en Syrie. Seule la maîtrise des communications des forces alliées par les Russes a fait reculer Obama et évité que nous soyons officiellement engagés même si officieusement nous y participons. La guerre est soutenue par la Turquie, le Royaume-Uni et les États-Unis qui jouent des double et triple jeux. Nous sommes devenus des barbares sans foi ni loi qui se permettent de régir le monde selon leurs propres critères, dont la démocratie qui a bon dos. D’ailleurs qui dit que ce régime est adapté au développement de tous les pays. Etions-nous prêts à la démocratie sous Louis XIV alors que la France était au faîte de son prestige ? 

Comme l’apprenti sorcier nous découvrons avec horreur que des enfants meurent et on nous dit qu’il a fallu une photo pour que nous nous en apercevions. Non il a fallu une photo pour que l’effondrement de la solidarité européenne se produise, une photo pour que le nuage de poudre aux yeux se dissipe. Cette photo ne nous apprend rien sur l’horreur de la guerre mais elle met en évidence l’horreur de notre comportement où nos actions sont toutes guidées par nos intérêts propres ou le suivisme des Etats-Unis et non pour les nobles raisons de démocratie, de défense de nos ressortissants. Elles ont détruit un Etat libyen en pleine progression économique, le vide de ses habitants et en fait une plaie béante d’où s’écoule le sang de toute une partie de l’Afrique où nous intervenons. La même transhumance affecte la Syrie, l’Irak et nous récoltons un ennemi de l’intérieur qui n’est pas la cause de notre intervention mais le résultat de notre barbarie guerrière.

Que derrière tout cela se cache une géostratégie américaine de destruction des identités des nations et de construction du fédéralisme européen, ne nous dédouane pas de notre culpabilité. Ce n’est pas dans les salons de Bruxelles mais dans ses geôles que nos dirigeants devraient être jetés. On demande désormais aux peuples de faire preuve de charité, de solidarité alors qu’ils sont les auteurs de cette fuite de réfugiés. Nous n’aurions pas d’attentats fomentés par Daesh si nous n’étions pas en train de le bombarder. Nous n’aurions pas autant de candidat au djihadisme si la perspective d’une guerre religieuse n’était une motivation pour ceux qui nous voient combattre en territoire musulman. N’oublions pas que l’État islamique mène d’abord une guerre intra-musulmane de prédominance d’un califat, ce qui n’est pas notre affaire. Nous les combattons, ils nous combattent. N’inversons pas l’ordre des choses. 

En même temps que notre État s’affaiblit, que le peuple tombe dans un malaise identitaire et désespère de ne pas pouvoir encore agir sur son destin, la tyrannie européenne, germanique, étasunienne, et la barbarie occidentale et celle du fanatisme religieux s’installent. C’est la rançon de notre perte de souveraineté et de notre recul démocratique associé qu’on le veuille ou non. Accueillir les réfugiés est un acte humanitaire mais non seulement il ne résout pas le problème migratoire mais il l’aggrave en augmentant notre pouvoir d’attraction. Les passeurs qui jettent les migrants à la mer au large des côtes libyennes, migrants sauvés désormais plus facilement par les bateaux européens, récupèrent leurs embarcations, et reprennent d’autres migrants à jeter à la mer en leur disant qu’ils seront récupérés. Nous alimentons le trafic. Il en est de même en mer Égée. La résolution à moyen terme ne se trouve que dans l’arrêt par les États-Unis de leur stratégie de pourrissement identitaire de l’Europe, et l’arrêt de notre suivisme suicidaire ! 

La seule véritable défense contre la tyrannie et la barbarie 

Est dans l’affirmation de notre souveraineté

Et de notre démocratie ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon