dimanche 27 septembre 2015

Le chômage est-il évitable sans croissance ?



Visiblement le chômage suit une trajectoire montante avec une croissance bloquée depuis 2012 à des valeurs qui sont en-dessous du 1,5% (2,0% en 2010, 2,1% en 2011, 0,2% en 2012, 0,7% en 2013, 0,2% en 2014, 1,2% ramené à 1,0% en 2015). Cette valeur est considérée comme celle au-dessus de laquelle on peut espérer une baisse du chômage vers des valeurs considérées comme le plein emploi, soit vers 4%. Il n’est donc pas étonnant que le nombre de demandeurs d’emplois augmente, nombre d’ailleurs très inférieur au nombre de personnes en âge de travailler et sans emploi, puisque la croissance est inférieure à 1% sur l’ensemble des deux années 2013-2014. C’est nettement insuffisant. Remarquons d’ailleurs que la cassure de croissance du PIB s’est produite dès le troisième trimestre 2011 donc sous le gouvernement Fillon-Sarkozy.

En 2013-2014 on assiste à une légère augmentation de la consommation par rapport à 2012 mais à une augmentation des stocks, une diminution des investissements et à une contribution plus faible du commerce extérieur. Si l’augmentation des stocks est momentanément un élément positif de croissance du PIB, ce n’est pas un indicateur de santé économique. Sans lui, la croissance serait ramenée à 0,5% en 2013 et 0% en 2014. Le plus préoccupant est la diminution des investissements qui handicape l’avenir même si ceci est motivé par une politique d’austérité. Tout bon manageur sait que ce n’est que lorsque l’on a épuisé toutes les économies possibles sur les dépenses de fonctionnement que l’on diminue les investissements. Pourquoi la croissance est-elle faible, loin des 2% de 2010-2011 alors que nous bénéficions d’une baisse significative de l’euro par rapport au dollar de l’ordre de 1,35-1,40€/$ en 2011, 1,25€/$ en 2014 et à 1,12% aujourd’hui soit une baisse de plus de 10% en 2014 et de plus de 20% aujourd’hui par rapport à 2011 ? Pourquoi ne bénéficie-t-on pas de la baisse spectaculaire du pétrole de plus de 40% ? 

En ce qui concerne la parité de l’euro avec le dollar, l’impact de la baisse de l’euro n’influence qu’environ 1/3 de nos exportations qui se font hors zone euro ou monnaies liées à l’euro. On voit donc que c’est notre lien à l’euro qui paralyse notre économie alors que des pays comme l’Espagne, le Portugal et l’Italie font plus ou moins une dévaluation interne (baisse des charges et des salaires). Pour ce qui est de la baisse des hydrocarbures ceci a moins d’impact en France qu’en Allemagne et dans la plupart des pays européens. Par ailleurs le poids des taxes, de l’ordre de 70% sur le gas-oil, rend peu sensible la baisse des prix à la pompe. Enfin les sanctions contre la Russie et les mesures prises par celle-ci en rétorsion ont affaibli nos exportations en particulier dans le secteur agricole.

Le résultat se traduit dans le chômage mais d’une façon corrélée par le nombre de défaillances d’entreprises. Selon une étude d’ALTARES, le nombre de défaillances d’entreprises a augmenté de 7,6% entre le premier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015. Ce sont particulièrement les très petites entreprises de 1 à 2 salariés qui sont touchées avec une augmentation de près de 50% sur un an. Hors les entreprises de 200 salariés et plus, et 50 à 99, toutes les catégories d’entreprises sont touchées par cette aggravation (26,4% dans les PME de 20 à 49 salariés). Assez logiquement les défaillances sont plus nombreuses dans les entreprises anciennes que dans les plus récentes de moins de 3 ans. En effet les créations d’entreprises se font de préférence dans les secteurs porteurs d’activité. 

Dans une économie mondiale qui bat de l’aile, en particulier dans les pays émergents comme le Brésil ou comme la Chine qui se relance en pratiquant la dévaluation et l’investissement, il y a peu d’espoir que la loi « Micron ! » fasse des merveilles. Ce ne sont pas les autocars qui vont suffire à relancer la croissance en France. La réécriture du Code du Travail doit être laborieuse, synthétique tout en étant complète. Ce travail d’Hercule n’est pas prêt d’aboutir alors que les syndicats feront tout pour savonner la planche. De plus son impact sur l’activité et l’embauche des entreprises ne sera pas immédiat et n’empêchera pas que les marchés doivent être porteurs. Or ils se rétrécissent plutôt et la concurrence sera d’autant plus rude en faveur des pays qui auront la souplesse de leur monnaie pour s’ajuster. Quand le bâtiment va tout va, dit-on. Grâce en partie à Cécile Duflot on ne construira que 340.000 logements au lieu des 500.000 prévus.

L’agence de notation Moody’s dans sa dernière note sur la France estime que « les contraintes institutionnelles et politiques » empêchent toute réforme importante. La dette souveraine de la France a donc été dégradée d’un cran par Moody’s. C’est la troisième fois que l’événement se produit depuis 2012. Il s’agit bien d’une sanction contre les choix économiques pris par le gouvernement français depuis trois ans. Ceci n’empêche pas de nous dire que l’investissement va connaître un vrai rebond. Croyez-vous qu’un entrepreneur prend le risque d’investir si le marché n’est pas porteur même si on l’y pousse par des largesses de l’État ? On prévoit néanmoins 1,5% de croissance pour 2016 mais Michel Sapin cherche toujours des économies, en lorgnant vers les collectivités territoriales, pour boucler le budget prévisionnel. Visiblement, les recettes ne sont pas bonnes car il va falloir savoir nourrir le pays sans une croissance artificiellement boostée mais par l’innovation et la recherche, c’est-à-dire avec une croissance beaucoup plus faible en attendant un grand saut des technologies qui lui redonne du souffle comme celui des grandes inventions des deux siècles passés. 

Si la France est parée de tels espoirs de réussite, pourquoi les immigrés se dirigent-ils vers l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suède alors que nous offrons les meilleures conditions d’accueil dans l’attente d’un emploi ? Parce que quand les voies d’eau envahissent le navire, les rats cherchent à le quitter. Dommage pour les immigrés que le Royaume-Uni veuille les « recalais » ! 

Pas de plein emploi sans une croissance suffisante 

Dans une économie boostée par la dette.

Confondre le plein emploi du crédit 

Avec celui des travailleurs

Conduit à notre perte ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon