mardi 12 mai 2015

L’Europe sous perfusion et assistance respiratoire



François Hollande se pavane à Cuba comme représentant d’un pays fondateur de l’Europe, accompagné de dizaines de chefs d’entreprise. Pour faire passer la motivation première d’une visite à but économique pour essayer de rafler quelques marchés avant que les américains ne ramassent la mise, il se répond en discours sur les liens culturels et universitaires qui vont lier nos deux pays. Il en rajoute en se rendant indispensable, selon lui, pour une levée de l’embargo. La ficelle est tellement grosse et son pouvoir si faible par rapport à celui d’Obama que l’on ne pourrait qu’en rire s’il n’y avait pas l’affront récent fait à la Russie pour l’anniversaire de la Victoire. Ce voyage à Cuba se résume à un pied de nez à la Russie et à une demande, acceptée par Washington, d’un pays servile qui demande de prendre une petite part du gâteau avant que l’ogre rafle tout. Cette realpolitik, valable en soi, ne cadre pourtant pas avec notre appétence affichée pour les droits de l’Homme dans un pays qui a arrêté 6.000 opposants au régime en 2014 !

Mais passons du pays fondateur de l’Europe à l’Europe elle-même car elle en voit de toutes les couleurs ces temps-ci. Le flux migratoire ne va plus lui laisser de répit. Le Pearl Harbour des embarcations des passeurs ne stoppera pas ceux qui sont prêts à risquer leur vie. La dissension fait déjà rage dans l’Europe et le partage nord-sud a déjà créé une Europe désunie en acceptant des cas particuliers comme celui du Royaume-Uni qui n’a pas pris la monnaie unique, n’a pas signé la Convention de l’espace Schengen ni le pacte européen d’immigration et d’asile d’octobre 2008. Elle ne se soumettra donc à aucun quota d’immigration décidé par Bruxelles. D’autre pays ne sont pas engagés par le Pacte comme l’Irlande, le Danemark, d’autres encore, comme la Hongrie, n’ont pas envie de perdre ce pouvoir régalien. La France a de son côté des accords bilatéraux avec l’Algérie par exemple. L’Europe va retrouver le clivage nord-sud et les nationalismes vont s’exacerber pour accoucher de décisions sans grande portée, difficiles et longues à entrer en application réelle. L’Italie, L’Espagne, Malte et la Grèce vont trouver une bonne occasion pour se dire frustrés de la solidarité européenne. 

Les réunions sur la Grèce se succèdent sans trouver un accord et celle-ci vient de verser les 750 millions au FMI en piquant sur la caisse des dépenses exceptionnelles… de retraite, sachant que ce qui est exceptionnel c’est de pouvoir payer les retraites dues. En fait l’Allemagne est prête à mettre la Grèce à genoux, le peuple grec pensant toujours que la solidarité européenne finira par jouer et que l’euro les protège. Le matraquage politique et médiatique fait dans tous les pays d’Europe laisse des traces difficiles à effacer. Tsipras, sans le soutien de son peuple, n’a pas de porte de sortie. L’Allemagne en joue. Son seul secours peut venir de la Russie et de la Chine, virage que les Etats-Unis ne supporteront pas mais à propos duquel l’Europe a une autre occasion de se déchirer.

L’Europe, pour ceux qui ne s’en sont pas aperçus, est désormais en état de mort clinique. Entre la plausible faillite grecque et le triomphe de Cameron en Grande-Bretagne, sans compter les prochaines disputes sur l’immigration ou la guerre civile en Macédoine, le fantasme d’une Union politique prospère et pacifique a définitivement sombré. La guerre civile qui voit l’action américaine aider les islamistes est destinée à faire chuter le projet de pipeline passant par la Turquie et la Grèce pour alimenter le sud de l’Europe. La Grèce va devoir choisir son camp, elle n’aura pas d’autre choix.  

Par un splendide pied de nez aux sondeurs, Cameron a fait un triomphe et promis un référendum. Les Britanniques ne lui feront pas cadeau de cette promesse comme en France pour les référendums promis dont on attend toujours la couleur. Le Royaume-Uni a toujours voulu une Europe à sa mesure, simple zone de libre-échange. D’ici à fin 2017, la Grande-Bretagne pourra définitivement torpiller un édifice qu’elle déteste depuis si longtemps… La politique de déversement de liquidités a redonné un souffle d’espoir à l’édifice européen, un souffle seulement au prix d’un endettement de l’ensemble. N’oublions pas que les pays européens sont financièrement solidaires de la BCE. Depuis l’euro remonte par rapport au dollar, les taux d’emprunt croissent rapidement et le pétrole a augmenté de plus de 20%. Un effet boomerang est désormais à craindre sur les pays exposés comme la France. 

L'UE n'est pas l'Europe et elle a perdu son unité des pays fondateurs dans un patchwork de pactes, accords, traités divers où les nouveaux arrrivants ont pioché au gré de leurs propres exigences. Entre afflux déstabilisant de migrants, krach obligataire, Grexit, Brexit, etc. l’UE est désormais en soins intensifs avec une équipe médicale qui n’est ni d’accord sur le traitement à opérer, ni sur les pays qui doivent l’être. Bientôt la question de la mort clinique et de la nécessité de continuer l’acharnement thérapeutique va se poser créant un nouveau sujet de discorde. Boulimique de pays à englober… la grenouille se fit si grosse qu’elle en creva. 

La vie ne sourit qu’aux corps bien nés mais

L’Europe est née par le siège aux forceps américains. 

Ils nous enserrent toujours tant que nous ne leur rendront pas…

La monnaie de la pièce… l’euro avant que le dollar ne rende l’âme. 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon