jeudi 14 mai 2015

L’Europe : prime pour l’Ukraine, sanctions pour la Grèce



Pendant que Hollande fait le tour des Caraïbes, salue les Droits de l’Homme en allant visiter Fidel Castro, et engrange une croissance de 0,6% au premier trimestre, l’Union européenne ne se porte pas encore bien et la zone euro reste sous perfusion des liquidités versées par la BCE. Si le chiffre de croissance de la France la place devant l’Allemagne qui ne fait que 0,3% et devant la zone euro à 0,4%, il serait plus qu’imprudent de pronostiquer une poursuite de cette croissance due principalement à des éléments extérieurs en cours de rétropédalage. En effet avec +0,1% les Etats-Unis sont au bord de la récession, et l’Allemagne voit ses importations augmenter par suite de l’augmentation du pouvoir d’achat. Pour cette dernière c’est la diminution de son excédent du commerce extérieur qui plombe son PIB. Mis à part le Royaume-Uni, l’UE est loin d’atteindre les 1,5% pour stabiliser le chômage et le déficit public. Si l’Allemagne et les Etats-Unis faiblissent dans leur rôle de locomotives, on voit mal comment le tandem France de ces locomotives pourra continuer à leur passer devant. En avril on sait déjà que le nombre de créations d’entreprises est en diminution sur mars et par rapport au même mois de 2014. Nos exportations diminuent alors que nos importations augmentent avec un accroissement de la consommation.

Mais restons dans le domaine économique pour nous pencher sur la partie très serrée qui se joue avec la Grèce et qui impacte même la Bourse d’aujourd’hui. L’Allemagne ne lâche rien, forte de l’affection du peuple grec pour l’euro et de son espoir en la solidarité européenne. Mais il n’acceptera pas non plus que l’on retombe dans le niveau d’austérité antérieur. Alors que la Grèce avait un déficit public primaire en équilibre, hors remboursement de la dette, le nouveau gouvernement a raté l’occasion de sortir de l’euro et de faire défaut sur la dette. Sa dette se serait automatiquement réduite aux 35% de la dette actuelle, détenue par les investisseurs grecs. Désormais une autre partie se joue où, si l’Allemagne bloque toute idée de réduction partielle de la dette ou de report dans le temps du remboursement, la Grèce ne pourra éviter de se mettre en défaut de paiement. 

La Grèce se voit proposer un plan B… mais pas par l’UE, par la Russie. Ce plan B est d’une grande importance géostratégique qui dépasse nettement le cadre du sauvetage de la Grèce. Il s’agit du projet russe d’acheminement de son gaz par la voie sud passant par la Turquie et la Grèce. Ceci lui permettrait de ne pas être sous la menace du passage bloqué en Ukraine par la voie nord. En conséquence la Russie fait les yeux doux à la Grèce en lui proposant de devenir membre de la Banque d’Investissement des BRICS, créée par le couple russo-chinois et concurrente de la Banque mondiale et du FMI. Ceci entraîne la contre-offensive américaine sur la Macédoine et l’Albanie par collusion avec les islamistes spécialistes du chaos. La Grèce est devenue un casus belli et le choix de son camp va devenir obligatoire avec toutes les conséquences que cela implique.

L’UE se montre inflexible jusqu’à présent avec la Grèce mais fait les yeux doux à l’Ukraine agrémentés d’une aide de 11 milliards. Hollande reçoit un ministre ukrainien à l’Elysée alors que ce pays passe progressivement aux mains nazies des oligarques. La différence de traitement entre Grèce et Ukraine ne se justifie que par l’intérêt économique et stratégique de cette dernière. On comprend donc pourquoi il n’y a plus d’argent pour la Grèce. Elle a signé tant pis pour elle, l’Ukraine pas encore. Le document rendu public par la Commission européenne intitulé: « Paquet de soutien pour l’Ukraine » est un document des plus intéressant et troublant à la fois dont voici les détails:


  • € 3 milliards du budget de l’UE dans les années à venir, € 1,6 milliards en prêts d’aide macro financière (MFA) et un programme d’aide de subventions de € 1,4 milliards ;
  • Jusqu’à € 8 milliards provenant de la Banque européenne d’investissement et la Banque européenne pour la Reconstruction et le développement ;
  • € 3,5 milliards potentiels à effet levier obtenus par le biais de la Facilité d’Investissement de Voisinage ;
  • Mise en place d’une plate-forme de coordination des donateurs ;
  • Application à titre provisoire de la Zone de Libre-échange Complète et Approfondie à la signature de l’accord d’Association et, si besoin, par le pré-approvisionnement autonome des mesures commerciales ;
  • Organisation d’un Forum/groupe d’investissement de haut niveau ;
  • Modernisation du système de Transit du gaz en Ukraine et travail sur les flux inverses, notamment par le biais de la Slovaquie ;
  • Accélération du Plan d’Action de libéralisation des Visas dans le cadre établi ;
  • Offre d’un partenariat pour la mobilité ;
  • Assistance technique sur un certain nombre de domaines, des réformes constitutionnelles aux réformes judiciaires et les préparations d’élections.

Donc ce que nous avons maintenant, c’est une guerre menée par le gouvernement ukrainien contre son propre peuple, financée par l’UE. Pendant ce temps les occidentaux réarment ce pays et la trêve ne tient qu’à un fil. Ce fil c’est la patience du peuple russe qui pousse Poutine à intervenir et qui a retenu ses troupes et son peuple jusqu’à présent. C’est dire combien nous entrons dans une zone dangereuse surtout lorsque l’on constate la ferveur et la fierté retrouvée lors du soixante-dixième anniversaire de la victoire à Moscou malgré ou à cause des sanctions que nous leur infligeons. 

Beaucoup de nuages s’amoncellent sur nos têtes

Pendant que des centaines de milliers d’êtres 

Se précipitent vers un eldorado relatif.

L’Europe ne sait plus où elle va 

 Les Etats-Unis si ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon