vendredi 29 mai 2015

Dix ans après la forfaiture !



Le 29 mai 2005 la France, contre toute attente de la bien-pensance relayée par les médias, votait NON au projet de la Constitution européenne. Mais avec le consentement des principaux partis français de gauche et de droite, le Traité de Lisbonne a été signé le 13 décembre 2007 à Lisbonne entre les vingt-sept États membres de l'Union européenne. Le refus du peuple français de voir sa souveraineté affaiblie était bafoué par un nouveau pas vers le fédéralisme avec la nomination entre autres d’un Président de la Commission européenne, d’un Ministre des Affaires Etrangères de l’Union et un renforcement de la Politique de sécurité et de Défense. Il s’est agi d’un acte anti-démocratique qui a cassé le lien entre les politiques et le peuple pour longtemps car ce traité a institué un régime de « souveraineté limitée » pour les Etats de l’UE. Depuis l’emprise de l’UE sur la politique des Etats n’a cessé de se renforcer en particulier sur les contraintes budgétaires imposées aux Etats.

Face à la crise, de nombreux États n’ont pas réussi à respecter les règles fixées par le Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC), renforcé en 2011 par le "six-Pack", qui augmente la procédure de surveillance et introduit un mécanisme de sanctions plus ferme. C’est ce PSC, renforcé en 2005, qui introduit que les États membres doivent toujours maintenir leur déficit et leur dette publique en dessous des seuils fixés respectivement à 3 % et à 60 % du PIB. L’Union européenne a décidé d’aller plus loin avec la signature du TSCG, qui prévoit l’introduction par les États membres dans leur droit national de procédures garantissant le respect d’une "règle d'or", définie comme une règle d’équilibre budgétaire structurel.  Le solde annuel des administrations publiques exclut ainsi les « variations conjoncturelles » et les « mesures ponctuelles et temporaires ». Le TSCG a été signé en  mars 2012 par les chefs d'État de l'Union européenne, à l’exception du Royaume-Uni et de la République tchèque. C’est un accord intergouvernemental régi par le droit international qui contient une série d’engagements pris par les États contractants afin « de renforcer le pilier économique de l'Union économique et monétaire en adoptant un ensemble de règles destinées à favoriser la discipline budgétaire (…), à renforcer la coordination de leurs politiques économiques et à améliorer la gouvernance de la zone euro (…) ». 

Il est clair que peu de pays européens respectent les seuils fixés par le PSC mais le TSCG est un traité de gouvernance des finances publiques. Lorsqu’un pays n’est plus maître de sa monnaie et de son budget, il a quasiment abandonné sa souveraineté. La France a largement dépassé les 90% de la dette publique par rapport au PIB, et les 3% de déficit public sont toujours repoussés devant nous même si nous nous en rapprochons. Il faut noter que ces seuils sont paradoxalement à respecter pour entrer dans l’UE. Il semble bien que ceci est sujet à tous les arrangements devant la boulimie d’Etats nouveaux que manifeste l’UE comme ce fut le cas pour la Lettonie. Loin de nous avoir aidé à retrouver une baisse du chômage et une hausse du PIB/habitant, le constat est une augmentation du chômage et nous n’avons toujours pas retrouvé le PIB/habitant d’avant la crise de 2007-2008. Hors l’Allemagne et récemment le Royaume-Uni, l’UE est à la recherche de la croissance, ce qui a conduit la BCE a lancé un QE (liquidités déversées sur les banques) de 1100 milliards de dollars à raison de 60 milliards par mois. On sait par les expériences faites aux Etats-Unis que cela nourrit beaucoup plus la spéculation que l’économie productive.

En ce qui concerne la politique de défense, à contrario de l’aspect budgétaire et monétaire, les pays comme le Royaume-Uni, décident seuls les interventions militaires dictées par les USA. Récemment l’Allemagne est entrée dans le jeu, en particulier pour l’Ukraine, dont elle convoite les richesses et la main-d’œuvre. L’Allemagne reprend la main et c’est le signe qu’elle a définitivement assuré sa prédominance économique. Mais l’UE, en même temps qu’elle étend ses prérogatives par ses règles, ses contraintes et ses normes ainsi que par son grossissement vers l’Est poussé par l’Allemagne, a créé des disparités telles entre les Etats que des mouvements contestataires se font de plus en plus jour. La Grèce est au bord de la faillite et sa sortie provisoire ou permanente de la zone euro est sérieusement envisagée. Le Royaume-Uni vient de conforter son Premier Ministre Cameron, alors qu’il a promis un référendum sur l’appartenance à l’UE. Ce dernier va exiger des conditions nouvelles sur l’indépendance de son pays, particulières pour la City et l’immigration par exemple. En Espagne la victoire des « indignés » déstabilise le gouvernement espagnol qui doit se montrer beaucoup plus réticent sur l’application de la politique d’austérité imposée par l’Allemagne. L’Italie est en mauvaise posture et va en parler d’ici peu. 

Le constat pour notre pays est que nous continuons à ne pas vouloir prendre en compte le fait que notre perte de souveraineté n’amène aucune amélioration de la situation économique de notre pays, du chômage et du pouvoir d’achat. Un mouvement général s’amorce, constitué de groupes et d’individus ayant des intérêts divergents mais conscients que l’UE est mal bâtie et que la démocratie n’est plus qu’une « démocratie surveillée » tant au niveau européen qu’au niveau national. Un sentiment contestataire, voire révolutionnaire, se fait jour dans le peuple et au sein même des partis. Le sentiment de reconquête de la souveraineté progresse. Il n’attend que le moment où des leaders politiques ou de la société civile mettront leurs différences sous un éteignoir provisoire pour s’unir vers « le changement c’est maintenant ». La République démocratique et souveraine est à reconstruire. 

Dix ans de forfaiture n’ont pas gommé les défauts structurels 

D’une Europe mal née, devenue un instrument

De la Cabale hégémonique états-unienne. 

La France est en train d’y dissoudre

Sa République une et indivisible. 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon