samedi 16 mai 2015

Dix ans de perdus pour l’emploi et pour la France depuis 2005



Les cocoricos de mai sur le retour de la croissance du premier trimestre de 2015, nous ramènent à regarder ce que la France a fait depuis dix ans. La régression du chômage, but ultime affiché par les gouvernants, est sans doute celui qui nous affecte le plus avec le pouvoir d’achat et la sécurité. Le chômage est passé de 8,9% à 10,3% entre 2005 et 2014 soit 16% d’augmentation et il n’arrête pas de se dégrader en 2015. Pour l’Allemagne il est passé de 11,2% à 5,0% ! Pour les deux pays la crise de 2008 est passée par là mais ses effets n’ont pas joué dans le même sens. Notre voisin du Royaume-Uni est passé de 4,8% à 6,1% mais après être passé par 11,2% en 2011. Il faut reconnaître que la dévaluation de la livre et la politique d’austérité sur les dépenses publiques sans augmenter la pression fiscale y est pour quelque chose. Un dernier constat sur la zone euro montre que celle-ci a moins bien protégé les salariés que les pays UE hors de la zone. En effet dans la zone euro le chômage est passé de 9,1% à 11,6% alors que pour l’ensemble de l’UE il est allé de 9,0% à 10,2% entre 2005 et 2014. Ceci veut dire que le chômage a baissé fortement dans les pays hors zone euro pendant qu’il stagnait globalement dans la zone euro, à l’image de la Suède où il passait de 7,7% à 7,9%.

La même image nous est renvoyée par le taux d’emploi qui est encore plus représentatif de la quantité d’emplois, à plein temps ou non, proposés. Pour la France on passe de 72,3% à 69,3%, soit -3,0%, durant la même période. Pour l’Allemagne c’est de 69,6% à 78,1%, soit +8,5% ! Les deux évolutions sont en sens inverse. Là encore la zone euro montre qu’elle ne subit pas globalement de dégradation avec 70,1% et 70,2%, soit +0,1%. Mais les pays de l’UE hors zone euro font mieux que les pays de la zone euro puisque pour l’ensemble UE on passe de 69,5% à 71,1%, soit +1,6%. 

L’indicateur PIB/habitant nous renseigne sur notre pouvoir d’achat moyen. Eurostat nous fournit des statistiques sur le PIB/habitant par rapport à celui de l’UE noté 100. De 2004 à 2013, dernière statistique connue, le PIB/habitant français est passé de 110 à 107, soit -2,7%, pendant que l’Allemagne passait de 116 à 122 soit +5,2%. Ceci montre bien que nous n’avons pas retrouvé le niveau de pouvoir d’achat d’il y a dix ans, c’est bien dix ans de perdus. Mais c’est plus grave dans la mesure où le taux de chômage et le taux d’emploi se sont dégradés, on peut ajouter que le transfert de richesse s’est fait du bas vers le haut.

Le deuxième point est la croissance dont on dit qu’elle est indispensable à la réduction du chômage. De 2005 à 2014 nous sommes passés de 1,6% de croissance à 0,4%, l’Allemagne de 0,7% à 1,6%, le Royaume- Uni de 2,8% à 2,8%. On voit toute la différence entre les trois pays et la maigre performance française. La zone euro est passée de 1,7% à 0,9%. Même sur les exportations la France accuse son retard. Alors que la zone euro passe de 36,2% à 44,4% par rapport au PIB, la France ne passe que de 26,4% à 28,4%. L’Allemagne passe de  37,8% à 45,7% et le Royaume-Uni de 25,8% à 28,3%. De même le bilan du commerce extérieur français passe de +0,4% du PIB à -1,5%, l’Allemagne de +5,1% à +6,6%, le Royaume-Uni de -2,6% à -1,9%. Seule la France détériore son bilan et passe du positif au négatif même si le Royaume-Uni est encore plus déficitaire que nous. 

Ce rapide parcours des statistiques Eurostat même s’il peut paraître un peu fastidieux, montre que, dans tous les domaines examinés de l’économie et de l’emploi, la France a pris du retard par rapport à l’Allemagne et au Royaume-Uni même si ce pays a encore une dette supérieure à la nôtre. La dynamique de la France est brisée. L’embellie du premier trimestre sur la croissance ne peut s’abstraire de conditions extérieures très favorables mais très circonstancielles et très fragiles. L’euro vient de passer de 1,05 dollar à 1,13, le taux d’emprunt souverain de 0,25% à 0,83%, le prix du baril de 50 à 60$. Le commerce extérieur peut se retrouver avec un nouvel handicap de change, le déficit public se creuser plus que prévu à cause des taux et la consommation intérieure faiblir par un retour du pétrole cher. Par contre aucune mesure économique, aucune réforme structurelle n’est vraiment à la hauteur du retard pris par la France.

Nous avons bien perdu au moins dix ans et nous le payons par le chômage et la baisse du pouvoir d’achat alors que le poids de la fiscalité s’est accru sur les particuliers et les entreprises et que le pays s’est désindustrialisé. La démocratie recule, la délinquance augmente, le coût de la santé pour le citoyen se reporte sur les mutuelles, l’enseignement balbutie entre élitisme et égalité des chances, la formation reste une dépense globalement improductive et l’Etat s’engage de plus en plus dans des conflits extérieurs dont on a du mal à saisir la cohérence et dont les effets ne font qu’au mieux enliser les problèmes et au pire augmenter le chaos. 

L’Etat ment pour nous redonner la confiance en l’avenir soi-disant,

Mais le pays verra au fil des jours que sa confiance est mal placée.

Les riches seront toujours plus riches et les pauvres plus pauvres

Mais devant nous tous notre pays s’appauvrit et se délite ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon