dimanche 10 mai 2015

Areva, un fleuron industriel défloré écologiquement

Historiquement Areva (alors Cogema) avait trois branches d’activité, la branche des mines, d’uranium principalement, celle de l’enrichissement de l’uranium et la fabrication des éléments combustibles pour les réacteurs, et celle du retraitement de ces combustibles. Mise à part la production d’électricité par EDF, Areva contrôlait ce que l’on nomme le cycle du combustible. Ses mines sont réparties dans le monde entier, en propre ou en parts importantes d’actions dans les sociétés minières mondiales. Cette grande dispersion, englobant aussi bien le Niger, que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Namibie ou  le Kazakhstan, permet à la France d’assurer une sécurité d’approvisionnement en uranium et une solide indépendance. 

Une lutte d’influence s’est pourtant engagée entre l’EDF et Areva conduisant à des guerres de chef instrumentalisées par les gouvernements. L’activité de vente des réacteurs a été le champ clos de ces affrontements. Fort de sa mainmise sur la fabrication métallurgique des principaux composants que sont la cuve et le générateur de vapeur des réacteurs, Areva s’est opposé à EDF comme maître-d’ œuvre dans la vente des réacteurs, l’un et l’autre revendiquant être les mieux placés pour remporter les marchés. De partenaires dans les ventes, les deux sociétés sont devenues concurrentes. 

C’est le début de dysfonctionnements qui ont diminué notre efficacité sur la conquête des marchés et la réussite des chantiers des réacteurs. Le plus bel exemple est Flamanville où EDF exploitant fait face à Areva engagé dans le chantier de construction. Ajoutons à cela que les autorités de sûreté sont devenues impitoyables sur la sécurité depuis Fukushima. Les retards s’accumulent sans que l’on puisse déterminer précisément ni le coût total ni la date de mise en exploitation, les deux étant en perpétuelle évolution. Pourtant un réacteur EPR de même type construit en Chine avec Areva et commencé un an plus tard est en voie d’achèvement. 


Il s’agit là de facteurs dommageables internes à l’entreprise. Il faut y ajouter les facteurs externes nationaux dont la pression gouvernementale exercée sur Areva pour que celle-ci prenne sa part dans la recherche industrielle et la fabrication de panneaux solaires et d’éoliennes. Or cette activité représente désormais près de 500 millions d’euros dans le déficit de plus de 4 milliards en 2014 d’Areva. De toute évidence, nous n’arrivons pas à concurrencer les autres industries allemandes, danoises et chinoises dans un marché qui est ouvert à la concurrence sans préférence nationale. Ce créneau d’activité rajouté n’est pas de plus dans la vocation de base de cette industrie. Mais il faut aussi comprendre que la pression écologique, faite contre le nucléaire et les annonces du Président Hollande sur la réduction du pourcentage de nucléaire en France au profit des énergies renouvelables, est particulièrement handicapante lorsque l’on veut vendre cette énergie à l’étranger. Il n’y a pas de meilleure annonce pour casser un marché. C’est comme si on veut vendre des Rafales à l’étranger dans une politique de Défense affichant aux yeux du monde que les Rafales vont être progressivement remplacés par des drones beaucoup plus efficaces. 


En plus de tous ces facteurs internes à la France, Areva a dû faire face à l’accident de Fukushima. Cet accident grave est venu conforter la pression écologique sur le gouvernement et il a eu un effet retardateur sur les projets de construction dans le monde, chacun voulant tirer les leçons de cet accident pour parer aux mêmes causes et aux mêmes effets. Ce retard est désormais derrière nous, mais le manque de ventes a durement touché l’industrie nucléaire. Elle a touché particulièrement Areva parce qu’une très grande partie de son industrie de retraitement des combustibles avait le Japon comme client. Les réacteurs japonais étant arrêtés, cette activité est devenue déficitaire alors qu’elle était la plus lucrative. 


Le gouvernement sous pression politique écologique n’a pas aidé Areva en l’orientant sur les énergies renouvelables et en appuyant sur le danger du nucléaire pourtant non polluant en CO2. En effet seul le principe de précaution peut justifier l’arrêt du nucléaire français. Il reste, après l’énergie hydraulique, l’énergie la moins chère. La France est historiquement liée à la Science nucléaire, avec des noms prestigieux, comme Becquerel qui a découvert la radioactivité, Pierre et Marie Curie entre autres. Elle est internationalement considérée comme le pays du monde ayant le mieux réussi dans ce domaine avec le plus grand pourcentage d’énergie nucléaire par habitant, recyclant la presque totalité des combustibles usés et n’ayant été le siège d’aucun accident grave, noté comme tel au niveau 4 sur l’échelle d’évaluation internationale qui en comprend 7. Sur tous ces points nous avons devancé tous les pays du monde dont les Etats-Unis qui ont néanmoins deux fois plus de réacteurs que nous, ce qui est normal vue la différence de population.


Je voudrais terminer en accusant de nouveau le gouvernement qui a stoppé le plus avancé des réacteurs à savoir Superphénix, ce premier de série arrêté par la pression écologique après des incidents dans la partie non nucléaire du réacteur. Cet arrêt a été décidé sans concertation avec ni le Parlement, ni la société exploitante ni ses partenaires étrangers ni les collectivités locales. Avec le démantèlement du réacteur, cela coûte une quarantaine de milliards de francs en pure perte. Nous devancions alors les russes de plusieurs années. Désormais ils sont devant nous avec ce type de réacteur de quatrième génération et vont rafler le marché. Ce type de réacteur multiplie d’un facteur 60 la quantité de combustible utilisable par son effet régénérateur. Youpi ! Nous avons tout gâché alors que le marché repart. Le nombre de projets n'a jamais été aussi important. Areva est l’image même de notre furie dans la décomposition de notre patrimoine industriel. Pourtant c’est le choix courageux du nucléaire par De Gaulle et Pompidou qui fait que nous pouvons dire que nous sommes les champions en matière de CO2, même s’il s’agit à mon avis de la plus grosse arnaque du siècle.


Il n’est pas de grand pays qui n’ait pas à cœur de valoriser ses progrès technologiques. 

Il n’est pas de grand pays qui sombre dans la repentance et dans la peur. 

C’est ce que nous faisons en salissant notre passé et nos fleurons. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon