mercredi 6 mai 2015

Les grands dangers qui nous guettent ! 3ème danger : la Grèce et l’euro



Cette chronique sur les dangers qui nous menacent s’est voulue partir de sujets nationaux sur lesquels nous avons directement prise, comme l’école et l’enseignement, pour aller vers des sujets pour lesquels nous avons de moins de moins de poids national. L’immigration fait déjà partie d’un problème européen même si nous pouvons y agir directement. Il fait malheureusement aussi partie d’un sujet mondial puisque l’afflux actuel trouve son origine dans le chaos des guerres que nous suscitons, encourageons et menons en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. L’actualité me force à parler d’un sujet soi-disant national, celui du vote de la loi sur le renseignement qui vient d’avoir lieu hier, 5 mai 2015, à l’Assemblée Nationale. A mon grand regret elle est passée avec une très large majorité de tous les députés faisant partie du système, celui que manipulent les grands lobbys depuis des dizaines d’années. 

 Si le terrorisme nécessite une loi sur le renseignement pour un sujet qui intéresse l’Europe, c’est alors un sujet qui doit avoir la plus grande coordination sur l’ensemble de l’UE pour le moins. A quoi servira-elle si les autres pays ne prennent pas des mesures identiques ? Le renforcement du renseignement doit être fait en commun plus que partout ailleurs dans les sujets européens. Ce n’est pas le cas. Dès lors il ne s’agit plus que d’une prise de pouvoir de l’Etat sur ses citoyens, une restriction autoritaire de ses libertés. Pendant le même temps, Bruxelles concocte une loi sur le secret des affaires qui étend la notion de secret bien au-delà de la concurrence déloyale et prive les salariés, les organismes publics et la presse, de toute information les concernant. Le domaine d’application étend la notion volontairement imprécise à tout ce qui pourrait nuire à l’entreprise. Il s’agit d’un coup d’Etat des lobbys qui se prépare. Loi restrictive des libertés à Paris, loi de renforcement du secret à Bruxelles.

Puisque nous sommes sortis du cadre national, il nous faut parler de notre monnaie commune et de la Grèce. En quoi la Grèce nous menace-t-elle ? Parce qu’elle veut faire plier la zone euro et que celle-ci, enfin l’Allemagne, ne le veut pas et que la France se cache derrière son petit doigt. La perspective d’un accord gagnant-gagnant le 11 mai s’éloigne. La Grèce vient de régler un premier remboursement au FMI de plus de 200 millions, mais un autre de plus de 700 millions est à suivre en mai, hors les caisses sont vides. Une dernière tentative est faite auprès de la BCE pour qu’elle avance de l’argent sur les droits de tirage spéciaux. Au sein de la BCE, l’Allemagne est fortement présente et rien ne permet de croire que c’est de ce côté que l’on reculera. On dépouillera la Grèce… Nu comme un plat d’argent, nu comme un mur d’église, disait Musset.

En quoi cela nous concerne-t-il ? Par esprit de solidarité, me direz-vous. Oui la pauvreté imposée à la Grèce fait honte au plus dur d’entre nous. Le nombre de chômeurs explose, le système de santé est au bord de l’apoplexie. Mais, très égoïstement, cette mise à mort nous intéresse de près. Le peuple grec croit encore à la solidarité européenne matérialisée par l’euro. Son gouvernement ne peut sortir de l’euro que si la zone euro met la Grèce dehors, ce qui le dédouane d’une action non souhaitée par ses citoyens. En parallèle des négociations avec la troïka (BCE, FMI, UE), la Grèce s’est rapprochée de la Russie et de la Chine. Cette dernière rachète une partie de son patrimoine, comme le port du Pirée, et les deux compères sont prêts à débloquer des prêts. La Russie est très intéressée par l’implantation d’un passage de son gaz par la Turquie et la Grèce pour éviter l’Ukraine. Une avance substantielle sur les travaux à la charge de la Grèce amènerait le bol d’air dont l’économie et les finances grecques ont besoin. 

Le problème grec est donc un point très chaud de la guerre désormais ré-ouverte entre les USA et la Russie. La Grèce fait partie de l’OTAN mais va laisser les navires de guerre russes s’approvisionner dans un port grec. La Grèce ne pourra pas s’en sortir avec la zone euro et sa stratégie non avouée est de jouer le plus longtemps possible les négociations avec l’UE en lâchant le moins possible et en mettant son peuple devant le fait que l’UE veut toujours la mort de la Grèce. L’opinion met un certain temps pour s’en convaincre mais le plan de sortie de l’euro est prêt et inévitable. Il ne pourra pas se faire à l’amiable vraisemblablement et l’Allemagne, fera ce qu’elle envisage ouvertement, l’expulsion de la Grèce. Le « Grexit » poussera la Grèce vers l’Est d’où l’aide viendra au prix d’un renversement de sa participation à l’OTAN à terme.

La sortie de la Grèce est un évènement de grande portée pour l’Europe mais il fait partie de la stratégie hégémonique américaine. L’intérêt de l’euro pour les pays comme l’Italie, en grande difficulté, mais pour bien d’autres comme Chypre, le Portugal (où gronde la révolte des épargnants), la Hongrie, voire l’Espagne, va être remis en question par les peuples qui souffrent. Dans un pays comme la France, le Système sera ébranlé par les tenants d’une sortie qui mettra en lumière que la solidarité européenne est un leurre et que l’Allemagne est la seule réelle bénéficiaire jusqu’à présent. Mais le danger vient beaucoup plus de l’attitude des USA qui ne peuvent accepter que la Grèce s’éloigne de leur sphère d’influence et que la construction européenne soit remise en question. Elle ne peut le supporter au moment où elle tisse en catimini le traité transatlantique de libre-échange avec l’UE pour parfaire sa prise en main de l’économie européenne, de ses forces vives, de l’implantation croissante de ses forces aux frontières de l’Europe et accessoirement de son potentiel militaire. 

Les USA jouent la montre devant la montée de la puissance du bloc des BRICS où l’épine dorsale Russie-Chine se renforce rapidement sur l’alliance monétaire, économique, stratégique et militaire, ainsi que la mise en commun de moyens bancaires puissants. La Grèce est un brûlot exsangue qui peut être le détonateur que cherche le complexe militaro-industriel des USA qu’Eisenhower avait dénoncé en quittant le pouvoir. Elle est désormais une terre d’affrontement de la bataille du siècle, le monde unipolaire états-uniens et le monde multipolaire qui s’arme pour l’affronter. Le premier manie une stratégie offensive et provocatrice, le second une stratégie défensive, qui tout en souhaitant la paix se prépare activement à la guerre. Celui qui veut la guerre évalue le prix à payer et c’est ainsi que les USA mènent une guerre perpétuelle sur la planète. Le complexe militaro-américain croit qu’il a encore la suprématie militaire et qu’il est urgent de s’en servir pour éliminer le contestataire le plus dangereux avant qu’il ne soit trop tard. La Russie n’a jamais perdu une guerre défensive. J’ai bien peur que nous soyons, vassaux empressés, désormais dans le mauvais camp ! 

La Grèce n’est qu’un petit pays mais les grands conflits 

Ont eu des déclencheurs apparemment insignifiants.

La construction européenne peut en vaciller 

Mais malheureusement la guerre

N’en serait que plus possible ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon