mercredi 21 janvier 2015

L’Ukraine martyre américain au cœur de l’Europe


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L’Ukraine est toujours à feu et à sang. Kiev fait appel à 50.000 soldats pris dans la société civile pour remplacer les 40.000 précédents et ce pour trois mois. On se bat toujours autour de l’aéroport international de Donetsk qui n’est plus qu’un champ de ruines. On n’arrête pas de compter les milliers de morts qui dépassent 4.800. Les populations fuient pour quitter les zones de combat dont des centaines de milliers vers la Russie. Les propositions d’une Ukraine fédérale par Poutine ne sont toujours pas prises en compte. La réunion du 15 janvier à Astana entre Poutine, Merkel et Porochenko a été annulée dans une relative discrétion des médias, ce qui n’est pas un signe encourageant. Le 19 janvier des tirs de roquettes ont atteint le centre-ville de Donetsk faisant six blessés dont un médecin. Alors que les troupes régulières russes s’éloignent de la frontière, des volontaires, russes mais pas seulement, seraient entrés en Ukraine. L’actualité, qui se focalise sur l’Irak et le terrorisme, nous fait oublier que la guerre fait rage au cœur de l’Europe sans vraiment engendrer une solidarité européenne pour les souffrances de ce pays au moins égale à celle que nous avons pour les chrétiens irakiens et les Yézidis.

Si l’on interroge les immigrés ukrainiens en France, au Royaume-Uni, ils vous disent : « Le martyre de l’Ukraine est un des crimes les plus monstrueux de l’histoire. Tant que l’Ukraine sera asservie, la paix ne sera qu’un leurre. » L’Ukraine, berceau de la Russie actuelle fondée à Kiev en 862, est devenue depuis les évènements de la place Maïdan, le martyre de la stratégie américaine de paralysie de la Russie après l’aide que ce pays a apporté à la Syrie de Bachar el-Assad. Les plans de l’OTAN ayant été contrecarrés en Syrie et Bachar el-Assad ayant été démocratiquement réélu, il fallait nuire à la Russie et lui donner un autre terrain d’inquiétude selon une tactique militaire bien connue. Le conflit en Ukraine a été créé de toutes pièces et les Etats-Unis ne s’en cachent même pas.


Ils disposent d’organismes liés à la CIA pour ce genre d’affaires. Un bureau de Washington intitulé "Bureau de la diplomatie publique", "Office of public diplomacy", est piloté par la Maison Blache. Il a été fondé en 1982 sur demande de Reagan, par William Casey, Directeur de la CIA et Walter Raymond, Directeur de la communication de la CIA (c’est-à-dire de la propagande) pour légitimer la stratégie des EUA dans le monde, initialement pour justifier la guerre du Vietnam aux yeux des opinions publiques, et d’abord de l’américaine. Il a tout simplement pour but de diriger une diplomatie d’influence en manipulant l’information pour défendre des thèses qui pourraient paraître injustifiables. En décembre dernier, un des experts stratégiques américains les plus affutés, George Friedman, proche du pouvoir à Washington, membre d’organismes travaillant avec lui comme Stratfor (Strategic Forecast) qu’il dirige, s‘est exprimé sur le changement de pouvoir à Kiev les 21-22 février en révélant que c’est un “coup” organisé et exécuté par les cohortes diverses au service des Etats-Unis avec leurs divers sous-traitants ukrainiens : « Sans aucun doute, ce fut le “coup” le moins dissimulé dans l’histoire. » « Indeed, it was the most overt coup in history. » 

L’Ukraine est tout simplement prise en otage de la stratégie américaine avec la complicité européenne en particulier de l’Allemagne toujours intéressée par l’ouverture de main-d’œuvre et de marchés à l’Est de l’UE. En massant des troupes en Pologne, dans les pays Baltes et au Royaume-Uni, les Etats-Unis ont provoqué l’envoi de troupes russes à la frontière ukrainienne suscitant ainsi l’occasion de dénoncer une politique russe visant à annexer l’Ukraine. Poutine s’en est toujours défendu et la Crimée lui a été donnée en cadeau par cette population qui s’était vue exclue de l’URSS sans son avis par Kroutchev en 1954. Ceci n’est pas de la même nature que la pression occidentale pour inclure l’Ukraine toute entière dans l’UE et d’y implanter l’OTAN.

Ce drame ukrainien, d’autant plus atroce qu’il s’agit d’une guerre civile, amène des hommes à se cacher pour ne pas être enrôlés dans l’armée ukrainienne pour aller tuer de leurs concitoyens. L’Ukraine est devenue un fantôme. Cela doit nous interpeller sur la politique étrangère de notre pays. L’UE sans défense propre ne peut réellement exister sur la scène internationale. S’en remettre à l’OTAN pour sa défense implique que nos intérêts coïncident toujours avec ceux des USA, ce qui ne peut être le cas. L’OTAN avait une raison d’être lorsque la menace soviétique pesait sur l’Europe, cette menace a disparu. On a beau noircir l’image de Poutine avec son passage au KGB entre autres, alors qu’il n’a été qu’un simple agent de renseignement à Dresde avant de prendre la tête du FSB par la volonté d’Eltsine, la Russie a montré qu’elle était prête à tendre la main vers l’UE qui l’a exclue de ses réunions de son propre chef. 

Il serait temps d’en revenir à des réalités géostratégiques comme a semblé vouloir le faire François Hollande dans ses dernières déclarations. L’intérêt de l’Europe et en particulier de la France dans une vision à long terme est plus de se tourner vers l’Asie que vers les USA. Les énormes ressources minières de la Russie, la montée inexorable de la Chine, la dynamique économique des pays du sud-est asiatique, l’arrivée de l’Inde, sont autant de raisons de rééquilibrer nos relations économiques et stratégiques. La France, grâce en particulier à la francophonie, qui lui donne l’appui de 60 pays, à son énorme domaine maritime, à son influence sur l’Afrique et la Méditerranée, a un rôle important à jouer d’équilibrage et de lien. L’axe Paris-Moscou a d’ailleurs des origines historiques liées à la culture, à l’équilibrage de l’Europe. Dans un monde qui va devenir multipolaire, la France a un grand rôle à jouer à condition qu’elle se replace au centre du jeu et cesse de s’engluer dans une attitude de vassal et non de partenaire de la démocratie avec les USA dont nous sommes concurrents économiques. 

Si le martyre de l’Ukraine pouvait ouvrir les yeux de l’Europe et de la France, 

Les milliers de morts de cette guerre horrible et fratricide

Ne seraient pas morts pour les USA… 

Mais pour la paix du monde ! 

Claude Trouvé

Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon