mardi 27 janvier 2015

La Grèce et un nouveau clivage de l’opinion européenne et française



La victoire de Syriza est le premier signe populaire d’effritement de la zone euro et par extension de l’Union Européenne. Ceux qui suivent les différent spasmes économiques que subit la zone euro depuis la crise des « subprime » de 2008-2009 suivie d’une série de mesures de sauvetage ne sont pas surpris. Le clivage entre pays du sud, plus l’Irlande, et les pays du nord ne cesse de s’accentuer. La Grèce est le pays le plus touché mais le Portugal et l’Espagne sont en proie aussi à de graves problèmes économiques et sociaux. Par ailleurs l’année 2015 est parsemée d’évènements majeurs mettant en cause le mode de participation de quatre pays à la zone euro ou à l’UE.   

Janvier : la Grèce provoque des élections anticipées et pourrait sortir de la Zone euro dans les mois à venir.

Mai : le Royaume-Uni risque de voir arriver au pouvoir un parti eurosceptique.

Septembre : le Portugal, toujours aussi fragile, organise ses élections législatives.

Novembre : l'Espagne sinistrée vote lors d'élections législatives -- alors que le pays est toujours enlisé dans la crise. 

Après avoir frôlé la faillite en 2010, la Grèce s’est vue créditée d’un prêt de 240 milliards. Le PIB de la Grèce est passé de 287 milliards d'euros en 2009 à 220 milliards d'euros en 2014. C'est une chute de 25% depuis le début de la crise. Le Comité central de Syriza dit : "Notre production industrielle a chuté de plus de 30% et nos exportations ont reculé. La recette européenne pour redresser notre économie a été un désastre". La timide croissance de 0,4% annoncée pour 2014, ne suffira pas à arrêter la croissance du chômage. Mais l’Europe a alourdi la dette grecque à 177,2% du PIB, alors que l’on dit qu’une dette de plus de 120% est insoutenable. La croissance grecque permet tout juste de payer les intérêts de la dette, pas ses échéances.

Les dégâts sociaux sont immenses. En juillet 2014,  50,6% des jeunes de moins de 25 ans étaient au chômage. La légère diminution ne tient qu’à l’expatriation de ceux-ci (200.000 depuis 2010) souvent les plus diplômés. Le taux de chômage de l’ensemble de la population est de 25%. 40% des enfants grecs sont en situation de pauvreté, selon l'Unicef. La croissance a été obtenue au forceps par ponction sur les classes moyennes et pauvres pour payer les intérêts de la dette. Les inégalités ont pourtant prospéré. L’addition de l’austérité est devenue trop lourde à porter. La défaite de Samaras et la victoire d’Alexis Tsipras est celle du refus de la politique européenne sous l’hégémonie allemande par un peuple épuisé et incapable de continuer à payer par l’austérité. 

Rien ne sera plus comme avant après cette victoire du peuple grec, la victoire d’un peuple qui fait entendre son « ras-le-bol » face à une oligarchie bureaucratique, plus prompte à sauver, voire à engraisser, les banques qu’à sauver les peuples de la misère. Nous n’aurions pas dû accepter les grecs dans l’UE. Ils ont falsifié leurs comptes, ils n’ont pas fait les efforts nécessaires, certes. Mais c’était à l’Europe de prendre les précautions avant l’adhésion, et on leur a offert tout-à-coup la possibilité de s’endetter à bon compte avec un euro à taux d’emprunt faible les entraînant à négliger les réformes structurelles indispensables. Ce fut un bien mauvais service à leur rendre.

Cette fois l’Europe n’échappera pas à ses responsabilités. Il va falloir de nouveau payer soit par un allègement de la dette, soit une baisse des taux d’emprunt, soit un rééchelonnement de la dette. C’est déjà 3 milliards qu’il faut trouver de suite pour tenir 3 mois, 7 milliards pour 6 mois et après ? La mise sous tutelle a échoué. Les peuples portugais, irlandais, espagnols souffrent de l’austérité et leurs gouvernements n’arrivent néanmoins pas à réaliser l’équilibre budgétaire. Les vraies questions sur le devenir de la zone euro et même de l’UE vont devoir être posées et les faux-fuyants, les sauvetages avec des bouées crevées auront vécu. 

Les peuples des pays en difficulté n’accepteront plus l’austérité sans espoir rapide de jours meilleurs. L’impossibilité de réunir des peuples de niveaux socio-économiques très différents sous une même monnaie va être prouvée en dehors d’une zone politiquement unifiée dans le fédéralisme. La triste expérience vécue par tous ces peuples rend cette éventualité quasiment improbable, la déception de l’Europe renforce l’esprit national. Les grecs veulent rester dans l’euro car ils espèrent encore qu’une solution va être trouvée pour que l’austérité cesse et que le pays soit alimenté par la BCE, l’UE et le FMI. L’Allemagne, principal contributeur des prêts, principal bénéficiaire de l’euro, ne peut plus aller très loin dans cette voie. Un mouvement anti-euro progresse rapidement et Angela Merkel sait que si elle cède, de nombreux pays vont demander les mêmes facilités. Alors elle ne pourra plus économiquement suivre.

L’UE va désormais vers une pression des peuples qui vont agir sur leurs gouvernements. Elle ne pourra plus régler ses problèmes entre chefs de gouvernement, BCE et FMI. La Commission européenne, organisme bureaucratique non élu, va devoir se soumettre au politique et entendre la voix des peuples. L’UE n’est pas bâtie pour se soumettre à la démocratie mais pour des raisons économiques dont le but est d’abord l’enrichissement des grands pôles économiques et bancaires. Le peuple grec lui dit que les peuples ne sont pas des esclaves. C’est un changement politique majeur qui s’opère. Son émergence lente, s’accélère rapidement. En Grèce on n’est plus de droite et de gauche, mais pour ou contre l’austérité. Mais comme celle-ci est liée à l’euro, donc à l’UE, ce peuple va voir jusqu’où l’euro est là pour les empêcher de sombrer par une autre politique que l’austérité. La déception les dressera alors contre l’euro. 

En France, le clivage qui se dessine plus nettement n’est donc plus celui de gauche ou droite mais pour ou contre la politique européenne, ce qui revient à remettre en cause l’hégémonie allemande, d’où l’euro et sans doute l’UE. Nous sommes à un tournant et la prise de conscience que l’Europe est à rebâtir est en marche. Les européistes crient au loup, associant la sortie de l’euro à une montée des nationalismes. Ils ressortent la vieille recette de l’Europe qui a évité la guerre des nations, oubliant les guerres et les charniers des Balkans. Malheureusement la guerre est en Europe, aux portes de l’UE, en Ukraine. Malheureusement l’UE n’a pas de défense militaire crédible en dehors de l’OTAN qui nous entraîne justement dans la guerre. Cet argument va bientôt faire… long feu ! 

L’année que nous allons vivre est probablement historique, 

Les peuples commencent à ouvrir les yeux.

L’austérité ne peut plus se résumer 

A un dépouillement du peuple ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon