lundi 19 janvier 2015

De la liberté d’expression à la liberté de blasphémer !



La France se mobilise canalisée sur la défense de la liberté d’expression, rassemblant des gens n’ayant jamais lu « Charlie Hebdo » ou n’en connaissant même pas l’existence. Bien sûr l’horreur de ces assassinats de janvier 2015 pouvait suffire à susciter une indignation collective. Ni les attentats de 1995 presqu’aussi meurtriers, ni les affaires de Montauban et de Merah, n’ont pourtant dépassé la consultation attentive des médias et une certaine peur, vite oubliée tout au moins apparemment. Est-ce la goutte qui a fait déborder le vase, bien que l’expression soit ici mal venue puisqu’il s’agit de gouttes de sang ? Le soulèvement impulsif de la gauche, Mélenchon en tête, a vite fait comprendre au gouvernement l’intérêt d’un soulèvement élargi.

La liberté d’expression s’est ajoutée à l’horreur, le déclic a été suffisant pour une mobilisation sans précédent de la nation. Le sentiment de retrouver un instant une union nationale ou presque, et un aspect fondateur de notre République de 1789, la liberté d’expression, même si Voltaire n’avait pas attendu la Révolution pour contester la bien-pensance de la façon la plus acide, ont combiné leurs effets. En défendant la liberté d’expression de Charlie Hebdo, le peuple dans sa majorité a donc défendu la liberté au blasphème. Parmi eux il avait des catholiques, alors que l’Eglise avait précédemment intenté plusieurs procès à ce journal.

Alors qu’entend-t-on par blasphème ? Selon Wikipédia, un blasphème est un discours jugé irrévérencieux à l'égard de ce qui est vénéré par les religions ou de ce qui est considéré comme sacré. Selon le Petit Larousse, c’est une parole ou un discours qui insulte violemment la divinité. Le plus intéressant est l’étymologie du mot qui vient du grec, donnant blasphemia en latin qui signifie littéralement « diffamation ». Son domaine d’application peut donc être étymologiquement très large mais il est limité à l’irrévérence envers ce qui est considéré comme sacré ou inviolable. Pour l’Eglise catholique le blasphème ne concerne que le domaine de la religion. Le blasphème ne concerne donc plus en France que les religions et le blasphème ne constitue plus un délit depuis la Révolution. 

Il n’en reste pas moins que l’appréciation de ce qui peut choquer les représentants d’une religion varie dans le temps (Le Chevalier de la Barre a eu le poing coupé, a été décapité et jeté au bûcher avec les livres impies de Voltaire, pour mutilation de crucifix le 1er juillet 1766). Ceci permet encore aujourd’hui d’attaquer en justice pour diffamation et atteinte grave à la religion. La justice a souvent débouté les plaignants pour des livres, des publications, des films, invoquant que nul n’est obligé de voir ces supports d’information. Il n’en reste pas moins qu’en Irlande, et au Royaume-Uni le blasphème peut avoir une suite pénale. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a voté le 14 octobre 2008 une résolution « relative à la lutte contre la diffamation des religions » invitant les États à intégrer dans leur droit positif des dispositions destinées à lutter contre une telle diffamation. Il convient d’observer que le texte vise essentiellement l’Islam et que cette résolution est le fruit de demandes formulées régulièrement par l’Organisation de la Conférence islamique. 

Dans le monde musulman le blasphème est en effet puni dans de nombreux pays, Iran, Arabie Saoudite, Pakistan entre autres. En effet la définition qu’en donne Wikipédia et l’étymologie du mot montre que le blasphème n’est pas anodin et peut gravement heurter les religions. A ce propos on mesure aujourd’hui combien, au-delà des caricatures de Charlie Hebdo, la dimension nationale et mondiale contre les attentats a créé une mobilisation encore plus importante dans les pays musulmans. Nous avons avalisé ce que ceux-ci considèrent comme un blasphème, une irrévérence insupportable pour ce qui est sacré et inviolable.

Charlie Hebdo a donc volontairement excité la religion musulmane et la collusion entre l’Etat et le peuple pour manifester a projeté une image irrévérencieuse de l’Islam au-delà de nos frontières. Dans le contexte actuel, cela ne peut qu’attiser la haine et notre attitude en Irak vient en rajouter. On ne gagne rien à souffler sur la braise, quand il fait déjà trop chaud. N’oublions pas non plus que Charlie Hebdo n’a jamais caricaturé les juifs et la religion juive. Siné a dû quitter le journal pour cette raison. Ce périodique est un média engagé et il se permet d’être irrévérencieux par le dessin. Il est antireligieux, c’est son droit, mais pas de toutes les religions apparemment, c’est son droit aussi. Mais cela entache la liberté d’esprit dont il se pare. Par ailleurs il va à l’encontre du but recherché, rien ne peut mieux souder les religions que le blasphème.


L’humour doit se moquer de tous, de toutes et de lui-même. On peut faire rire sans choquer. L’humour à grenade dégoupillée, celui qui fait rire certains mais touche aux convictions religieuses s’éloigne de ce que doit être la laïcité, le respect des religions exercées dans le domaine privé ou dans les lieux consacrés. Nous avons tous déclenché un tsunami qui ne profite qu’au gouvernement. La police et l’armée sont mobilisées, nos libertés risquent d’être restreintes, l’islamophobie progresse et nous avons l’opprobre du monde musulman après la dernière Une de Charlie ! Il serait temps de devenir plus conscient, de cesser les provocations, et d’en revenir à une gestion de la population musulmane tournée d’une part vers la limitation de l'immigration, l’assimilation, le refus d’évolution des lois et décrets sous l’influence religieuse et d’autre part vers un renforcement des peines pour ceux qui affichent leur haine de notre pays en paroles, en dessins, en écrits ou en actes.

 Il y a dans le blasphème une irrévérence volontaire envers la religion.

 La laïcité ne l’inclut pas mais les incroyants, comme les autres,
 
Ont la liberté d’exprimer leur opinion dans le respect 

Du droit de religion et du « vivre ensemble », 

Le blasphème en est une négation, 

Mais ne mérite pas d’en mourir ! 

Claude Trouvé 
Coordination MPF du Languedoc-Roussillon