samedi 24 janvier 2015

Deux poids, deux mesures, ou les œillères du peuple

Le massacre de Charlie Hebdo et du supermarché Kasher sont encore tous frais dans nos mémoires que la réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre. On augmente les moyens des forces de sécurité intérieure en hommes et en matériel, on évalue les moyens militaires supplémentaires pour un renforcement de l’action de la France contre le « djihadisme » comme si celui-ci finissait à ne plus avoir de lien avec l’Islam. Ces mesures sont les plus faciles à prendre, ne s’attaquent qu’aux conséquences du mal et reçoivent l’avis favorable du peuple et des parlementaires. On peut même avoir le sentiment de faire une guerre juste en Irak en allant détruire ceux qui massacrent les chrétiens d’Orient et les Yézidis. Seuls les chrétiens d’Orient méritent-ils notre compassion ? Sommes-nous sûrs que notre action sera décisive avant que ceux-ci soient éliminés ?

Evidemment non, puisque la victoire ne peut être obtenue que gagnée sur le terrain et parce que des nations jouent double jeu comme la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar. La guerre ne résoudra pas ce problème parce que les objectifs des USA ne sont pas ceux-là et qu’ils se servent des massacres comme simples justifications d’action dans une stratégie hégémonique. La diplomatie associée à des mesures contraignantes serait beaucoup plus efficace dans un problème de rivalités islamiques que les occidentaux ne peuvent résoudre autrement que par la guerre et le chaos. Cette action diplomatique coordonnée ne verra pas le jour car elle contrarierait les vrais plans et objectifs visés par cette guerre. 

La focalisation médiatique et politique du peuple sur nos actions guerrières ciblées nous fait exclure de nos pensées des massacres dont certains très proches de nous. Les chrétiens sont massacrés sauvagement au Nigéria bien au-delà des deux cents jeunes filles enlevées. Quelle action la France fait-elle pour que cela cesse ? Rien, mais les œillères mises au peuple fonctionnent. Pour l’Ukraine on a classé la population en bons et méchants. Les bons sont ceux qui veulent plus de démocratie, qui luttent contre la corruption sur la place Maïdan. Ceux-là méritent toute notre compassion et l’intervention de notre pays pour placer à la tête du pays un homme de main aussi corrompu, affublé de part et d’autre de conseillers dûment chapitrés par les USA. Les bons manifestent contre le nouveau pouvoir en place car ils ont été floués mais on ne les entend plus. L’UE ne pense qu’à l’annexion de l’Ukraine, les USA à la mise en place de forces de l’OTAN aux frontières de la Russie et dans la mer Noire.

Les mauvais sont ceux qui veulent pouvoir encore parler russe et qui réclament une fédération ukrainienne reconnaissant les différences et une certaine autonomie. Vouloir parler russe signifie obligatoirement que la Russie veut les annexer. Ils sont donc doublement mauvais puisqu’ils sont à la solde de la puissance étrangère que les USA rêvent de mettre à genoux. Pas question d’écouter la Russie qui plaide pour une fédération ukrainienne, il faut réduire ces terroristes par la Terreur d’une guerre civile sans merci grâce à l’aide occidentale.

La partie Est du pays est à feu et à sang, 5.000 ukrainiens, dont des civils, des femmes et des enfants, y sont morts. Les infrastructures, les usines, les hôpitaux, les écoles, sont gravement touchés sans qu’aucune victime civile ni aucun dégât ne soit à déplorer dans la partie ouest de ce pays, le bon côté. Le 14 janvier M. Porochenko a signé un décret visant à mobiliser au moins 50 000 réservistes, alors que les combats dans les régions orientales de son pays se sont intensifiés. Sur le terrain, les opposants au gouvernement ukrainien ont annoncé que l'armée régulière avait fait usage des bombes au phosphore lors de son attaque contre l'aéroport de Donetsk, dans l'Est de l'Ukraine. Les rebelles ont pourtant repris l’aéroport hier.

La population ukrainienne est définitivement divisée par trop de morts et de sang. Parmi ces morts, la chrétienté orthodoxe est massacrée. La guerre civile divise des familles entières situées de part et d’autre de la ligne de front. Des ukrainiens de l’ouest, de plus en plus nombreux, ne veulent plus aller combattre d’autres concitoyens. L’austérité frappe le pays tout entier dans une économie exsangue qui ne tient que par les subsides occidentaux. Quel média et quel élu français attire notre compassion vers ce drame humain en Europe ? Nous n’avons même pas réagi au massacre d’Odessa, aveuglés que nous sommes par l’information officielle ou aux ordres.

Le genre de manifestation qui s’est déroulée à Paris ce mois-ci pour condamner un acte de terrorisme par des djihadistes aurait tout aussi bien pu se dérouler pour les victimes d’Odessa en Ukraine, en mai dernier. Les mêmes néo-nazis, qui ont ensanglanté la manifestation de Kiev, avaient interrompu leurs parades avec des croix gammées et appelé à la mort des Russes, des communistes et des Juifs, pour aller incendier un bâtiment syndical à Odessa, tuant des dizaines de personnes et envoyant des centaines à l’hôpital ; la plupart des victimes furent battues ou abattues alors qu’elles tentaient de fuir les flammes et la fumée ; les ambulances furent empêchées de porter secours aux blessés... Vous pouvez toujours chercher un seul grand média US qui ait fait ne serait-ce qu’une tentative pour décrire toute cette horreur. Il vous faudra visiter le site russe de RT.com à Washington, DC, et rechercher « Odessa fire » (« incendie Odessa ») pour trouver de nombreux articles, images et vidéos et voir aussi l’article de Wikipedia sur le 2 mai 2014 et les affrontements à Odessa.

François Hollande, si prompt à aller en découdre avec Bachar el-Assad, si ému par les chrétiens d’Orient au point d’y envoyer nos avions et le Charles De Gaulle, si préoccupé par la climatologie et la transition énergétique, si attentif à l’amitié avec l’Arabie Saoudite, ne nous fait pas verser une larme pour ces « terroristes » chrétiens et ukrainiens qui luttent pour survivre et le payent dans le sang et les larmes. Les œillères sont soigneusement mises au peuple, la presse est empêchée d’opérer là-bas par le pouvoir que nous avons mis en place. Dans ce silence et bouche cousue, le peuple français peut faire tranquillement du nombrilisme, lutter contre l’islamophobie qui tue plus de juifs que de musulmans, vénérer une démocratie qui lui échappe pourtant de plus en plus et chérir la Liberté d’être aveuglé, trompé et couillonné en permanence.

 Le peuple réagit à l’horreur qu’il voit ou qu’on lui présente.

Le peuple ne cherche pas à voir ce qu’on lui cache.

Sa compassion est dirigée, forte et éphémère, 

Mais gare à ceux qui l’ont trompé

Quand la Vérité émerge ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon