vendredi 6 juin 2014

Sommes-nous en 1936 ou en 1939 ?



Depuis Yalta on n’avait pas vu les grandes puissances se concerter ou plutôt se confronter au sommet dans un climat de défiance et de guerre larvée économique, monétaire et militaire. Les fusées de Cuba n’avaient pas donné pareilles menaces tous azimuts. Les États-Unis par la NSA espionnent à tout-va comme en temps de guerre. L’étau se resserre autour du bloc Chine-Russie. Le Japon, l’Australie et les Etats-Unis font des manœuvres navales entre le Vietnam et les Philippines. Les Etats-Unis mettent en place la possibilité d’un embargo sur l’approvisionnement en matières premières et énergétiques de la Chine. L’Europe essaie de rapprocher l’OTAN des frontières de la Russie.

Tous les observateurs, un tant soit peu objectifs, savent et notent que les USA, en peu de temps, ont tracé une nouvelle configuration du monde, configuration dans laquelle ils encerclent, par leurs bases et par  leurs  alliances, ces puissances récalcitrantes. Le G8 devient G7, chacun dans son camp. La Russie et la Chine précipitent des alliances énergétiques, monétaires et stratégiques. La promesse de Baker en Février 90, alors  Secrétaire d’Etat de HW Bush, de ne pas chercher à faire avancer l’OTAN à l’Est, le fameux « not one inch », est balayée. 

L’intention des USA d’entraîner la Géorgie et l’Ukraine dans l’OTAN avait déjà déterminé la première réaction russe en Abkhazie et Ossétie du Sud. La révolution Orange en Ukraine était un premier pas mais insuffisant. Avec le concours de l’UE, d’Israël, de la Turquie et de groupes néo-nazis, le président ukrainien a été destitué en violation des procédures de la Constitution. Une élection contestable, car sans concertation avec la partie russophone, a élu un Président alors que de son côté la Crimée s’est intégrée à la Russie par référendum. 

Nous rentrons dans le monde de la confrontation, celui où il faut désormais imposer l’ordre américain, le fameux « Word America Made ». Les récalcitrants, Chine, Inde, Russie, Iran, vont devoir plier. Les sanctions pleuvent, les menaces ne sont plus voilées. Même l’Europe devra suivre, se coucher et ouvrir son marché de consommation. Le Traité Transatlantique c’est l’ouverture aux financiers d’un marché de 800 millions de consommateurs, de 75.000 entreprises et de 46% du PIB mondial. L’Europe devra s’y soumettre et persuader ses peuples qu’ils en tireront profit. Sa mise au pas est en cours. D’ailleurs la menace d’une sanction américaine de 10 milliards de dollars annoncée via le Wall Street Journal contre BNP Paribas vient aujourd’hui d’être portée à 16 – plus de trois fois le montant de celle qui a frappé BP pour sa pollution du golfe du Mexique. 

La guerre n’est peut-être pas pour demain mais on met en place tout ce qui permet qu’elle éclate en désignant un ennemi comme Bush l’avait fait pour Ben Laden afin d’aller en Afghanistan ou Saddam Hussein pour l’Irak. L’ennemi n’est plus le même avec le changement de géostratégie américaine mais la tactique reste la même, créer le chaos ou inventer une menace et en déclarer un ennemi responsable. Ce n’est pas de la fiction vu la déclaration insensée de Kerry dans le Wall Street Journal du 28 Avril, édition américaine, « l‘Administration Obama et les Services de Renseignements sont tout à fait conscients que l’escalade actuelle pourrait conduire à une crise nucléaire ». 

Le temps presse pour les USA. Cela fait partie intégrante de la crise et de la nécessité dans laquelle se trouvent les Américains de tenter de réaffirmer leur vision de l’Ordre Mondial, maintenant que la lutte pour savoir qui va payer l’addition de la crise est ouverte. 40 ans de laxisme monétaire américain mettent le monde en péril. La Chine ralentit et est aux prises avec une bulle immobilière, l’Inde et les pays émergents stagnent, la Russie est de nouveau déstabilisée. Le dollar manipulé a détruit les équilibres mondiaux. Lavrov, ministre des Affaires étrangères de Poutine, vient de déclarer : « les Etats-Unis ont la clef de la monnaie de réserve mondiale, ils ont tort de jouer avec, cela pourrait leur coûter leur statut privilégié ». 

Les Etats-Unis complètent leur dispositif tissé ces dernières décennies et abattent les masques. On passe à une deuxième phase, moins hypocrite et plus directe, il faut faire plier les résistances, les autres doivent marcher dans les pas de la puissance dominante. Ces dernières semaines, la mise au pas, afin d’obtenir l’alignement du vassal européen, face aux mesures de défense de sa zone prises par la Russie, en est une preuve. Quand Obama galvanise son peuple en disant « Nous sommes différents, nous sommes exceptionnels », il y a des accents de supériorité qui font penser à Hitler mettant la race aryenne au-dessus des autres. 

La pression militaire sur les résistances a été récemment réaffirmée par Obama : «En tant que président, j’ai pris la décision qu’il n’y aurait pas de soldats américains sur le terrain au milieu d’une guerre civile impliquant toujours plus des violences interconfessionnelles. Je pense que c’était la bonne décision. Mais cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas aider le peuple syrien à s’ériger contre un dictateur.» L’aide et le soutien aux rebelles, à l’Irak, à la Turquie, au Liban ne fait plus aucun doute. La résistance syrienne doit tomber coûte que coûte même au prix d’aides aux djihadistes qui forment désormais la partie la plus active de la rébellion. 

Mais la pression est faite aussi sur la Chine qui est devenue l’axe d’attaque des États-Unis avec des manœuvres militaires d’intimidation. A tel point que les officiels  chinois du Ministère de la Défense ont  répondu : «  Si vous traitez la Chine comme un ennemi, elle le deviendra », ainsi que : « les Etats-Unis font des erreurs importantes; leurs propos sont des menaces et des intimidations… manifestations d’une volonté hégémonique », et mieux encore : « la Chine n’entamera pas d’action agressive en South China Sea, mais, si d’autres le font, elle répondra ». 

Russie et Chine ont compris que la menace était d’un niveau tel que leurs alliances devaient être accélérées. L’Europe a choisi son camp (encore que le mot choix n’a plus beaucoup de sens) et rejette la Russie en facilitant l’arrivée de l’OTAN aux frontières de la Russie et en cherchant à annexer tous les pays limitrophes à l’Est. Le D-Day, jour si symbolique pour nous tous de la libération de notre pays, marque un tournant historique où les deux camps ne se serrent plus la main et où la France laisse in fine le rôle de médiateur à Angela Merkel, porte-parole européen des USA, dans les salons d’un château normand entre Poutine et Porochenko, le nouveau président ukrainien. Un accord ne sera vraiment conclu pour arrêter les combats sanglants que lorsque les États-Unis cesseront leur présence à Kiev. Espérons… sans trop y croire. 

L’indépendance française a disparu le jour de l’entrée dans l’OTAN. 

Elle avait commencé à s’effilocher avec le traité de Maastricht. 

Nous livrons notre avenir à une puissance hégémonique 

Qui envisage une guerre totale avec nous pour elle. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon

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