mercredi 25 juin 2014

Irak, Ukraine, TTIP, TSCG, chômage, la France à la remorque !

Qui ne s’intéresse pas à la géopolitique ne voit que les ombres sur le fond de la caverne, ombres qui masquent les grimaces et expressions des acteurs dans la lumière. Nous sommes saoulés de commentaires sur le Mondial, les basses affaires politiques, les meurtres suspects. Mais l‘information géopolitique se fait rare si ce n’est pour expliquer le bien-fondé de telle ou telle intervention extérieure, de telle ou telle signature de traité, de tel ou tel déplacement réussi du Président à l’extérieur, etc. Mais une analyse critique des axes fondamentaux de la politique étrangère et économique française dans la mondialisation en cours ne fait guère l’objet de commentaires. C’est comme si le peuple ne pouvait comprendre ce qui ne peut l’être que par des élites politiques. 

La politique du mensonge par omission, les promesses non tenues sur le chômage et les impôts, et les chargés d’études qui s’entassent dans les tiroirs mais permettent d’alimenter financièrement les copains et copines, les réformes sur des sujets de société avec déni de démocratie, les incursions en pays étranger sans soutien de l’Europe mais avec la satisfaction d’être remercié par les américains, etc., n’aboutissent qu’à une popularité du Chef de l’État en baisse quasi continue. Le peuple est mis à l’écart et il le lui rend bien. 


La France va mal, les perspectives ne sont pas bonnes. L’INSEE vient de donner sa prévision de croissance pour 2014 avec un 0,7% au lieu du 1% prévu, après une croissance nulle au premier trimestre, qui laisse peu d’espoir sur la baisse du chômage. Les investissements et la consommation des ménages ont baissé de 0,5%, les Français ont retiré plus qu’ils n’ont mis sur l’Épargne en mai, le commerce extérieur est toujours très déficitaire. La croissance de l’UE, hors Allemagne, n’est pas plus brillante et celle mondiale est revue à la baisse, pendant que la croissance américaine incite la Fed à maintenir des taux d’emprunt bas et déverse toujours des dizaines de milliards de liquidités sans souci de la dette américaine qui pulvérise les records. 

Dans ce contexte extérieur, la France affublée d’un contexte intérieur de pays au bord d’évènements graves pour son économie et également pour ses prestations sociales, retraites comprises, remet les clés de son économie entre les mains de Bruxelles, où l’Allemagne impulse sa vision économique. Bruxelles se fait de plus en plus exigeant et le Conseil Européen des 26 et 27 juin va se voir soumettre, en vertu du traité dit TSCG (Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance) et dans le cadre procédural du « semestre européen », une série de recommandations par pays, visant à guider les États membres dans leurs politiques budgétaires et de réformes dites « structurelles ». Je laisse la parole à Jean-Pierre Chevènement qui fait une analyse inquiétante du texte proposé par la Commission Européenne :

« Pour la France, c’est une mise à la diète généralisée : effort d’économies budgétaires accru, plafonnement des retraites, rationalisation des allocations familiales et des aides au logement et, curieusement, réforme territoriale, comme si celle-ci pouvait générer des économies propres à réduire le déficit du budget à 3 % du PIB en 2015. Objectif évidemment hors d’atteinte quand on sait que le déficit sera encore de 4,1 % en 2014 du fait d’un tassement de 14 milliards des rentrées fiscales par rapport aux prévisions. 

Viennent ensuite parmi les recommandations la réduction du coût du travail, la mise en cause du crédit impôt-recherche, la déréglementation des professions, l’ouverture des services à la concurrence, la hausse des tarifs du gaz et de l’électricité, la réduction des niches fiscales et l’élimination des seuils, la suppression des subventions au diésel, la réforme du système d’allocation-chômage. » 

C’est la mise en tutelle généralisée de la démocratie républicaine, c’est le resserrement du « cadenassage » de nos choix politiques. La France est à la remorque de Bruxelles et le TSCG montre bien désormais les craintes qu’il avait suscitées. Mais la tutelle de Bruxelles, largement influencée par l’Allemagne, ne touchait guère à notre politique extérieure jusqu’à présent. Avec l’Ukraine, l’UE s’est engagée dans une politique d’extension à l’est largement impulsée par les USA et nous coupe progressivement de la Russie. Le nombre de morts chez les pro-russes et les populations en fuite a largement dépassé ceux du côté ouest de ce pays. Le nouveau président continue à combattre plutôt qu’à œuvrer pour le plan de paix qu’il a signé. Notre action là-bas n’a pas fait avancer la démocratie mais elle permet à l’OTAN de s’approcher des frontières russes en fournissant déjà une aide militaire au nouveau régime. 

Avec l’Irak nous ne faisons que suivre la stratégie américaine qui laisse se développer l’attaque sunnite tout en prétendant soutenir le régime de Bagdad. La France est absente cachée derrière les USA, après avoir voulu intervenir en Syrie pour être finalement abandonnée par Obama. Elle est à la remorque dans une attitude de perroquet des USA. Nous avons voulu être aussi en première ligne et menaçant envers l’Iran alors que désormais les États-Unis sont en phase de pourparlers avec ce pays dans un double jeu sunnite-chiite. La France a le tournis mais pas de politique propre et audible comme si désormais nous n’avions plus d'intérêts propres à défendre. 

Quand le paquebot France prend l’eau 

Quand les matelots n’écoutent plus 

Il doit être remorqué en cale sèche. 

Et leur capitaine mis aux arrêts. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF Languedoc-Roussillon