lundi 2 juin 2014

L’Ukraine, creuset d’une nouvelle guerre froide



Les médias ne font plus guère de commentaires sur ce qui se passe en Ukraine et sur ce qu’on appelle la “stratégie de Porochenko”. Ce nouveau président ukrainien est bien incapable d’avoir une stratégie, ce qui signifierait que le pays est indépendant. Tout est en fait entre les mains des USA qui déroulent un plan de provocation de la Russie en Ukraine comme en Syrie. La junte militaire a commencé son opération terroriste en Novorossiya. Slaviansk et Kramatorsk ont été assiégées et bombardées. La junte a pris les aéroports près de Slaviansk, Kramatorsk et Donetsk. Rien de décisif sur le plan militaire. La prise des aéroports n’amène aucune avancée significative et n’empêcherait pas les Russes d’intervenir. De plus les combats autour de ceux-ci empêchent de les utiliser en toute sécurité. Par contre aucune avancée ne s’est produite dans ces villes. On bombarde, on tue au hasard insurgés et civils. Le sang coule mais la junte est incapable de vrais succès militaires. 

Alors le but est tout autre c’est de mettre la population russophone dans l’obligation de demander une aide russe pour que cessent le harcèlement et les victimes. La stratégie des conseillers américains à Kiev est d’obtenir que la Russie s’engage militairement sur le sol ukrainien. Cela recréerait les tensions de la Guerre Froide et justifierait l’existence de l’OTAN et, si tout se passait comme prévu, cela pourrait même aboutir à un face à face des forces de l’OTAN et des forces russes sur la rivière Dniepr. Une bonne façon de sceller l’arrimage de l’Europe colonisée aux USA et de bloquer toute relation avec la Russie. 

Cette stratégie met Poutine devant deux options très délicates. Ou il n’intervient pas et il aura l’air faible et hésitant, et même traître au peuple russe, ou bien il intervient, alors il sera le “nouvel Hitler” ou le “nouveau Staline”, un fou nationaliste russe obsédé par l’idée de reconstruire l’Union Soviétique en écrasant les Européens épris de liberté sous ses tanks. Dans les deux cas, Poutine est perdant. On peut même penser que si Poutine n’intervient pas, un harcèlement constant puisse finir par user l’économie de la région rebelle et que l’idée de détruire le plus possible les infrastructures et les industries puisse la laisser en état de dépendance pour longtemps. 

Poutine ne peut intervenir sans voir se resserrer encore les liens entre l’UE et les USA. Il doit se contenter d’aider discrètement les FDN en fournissant conseils et armements et de répertorier les atrocités commises par les escadrons de la mort néo-nazis pour permettre de les présenter à la Cour européenne des Droits de   l’Homme. On peut néanmoins espérer que Porochenko, officiellement en place le 7 juin, pourra faire comprendre aux USA qu’une suspension des combats est nécessaire pour des pourparlers avec la Russie et les populations russophones. 

Les États-Unis auront, avec la complicité de l’UE, réussi à obliger la Russie de changer de stratégie. La formation d’un bloc eurasien est en cours. L’accord, qui était loin d’être prévu, entre la Russie et la Chine est signé et cette Union Economique Eurasienne (UEE) englobe aussi le Kazakhstan et la Biélorussie. Ils seront bientôt rejoints par l’Arménie et le Kirghizstan. De plus fait stratégique important, la Chine a signé un accord avec la Russie et l’Iran traitant de leur sécurité. L’union économique pourrait s’étendre à d’autres pays comme l’Argentine, l’Iran ou le Pakistan. L’UEE pourrait évoluer en une seule entité politique étendant les accords économiques aux aspects sécuritaires. 

C’est bien la constitution d’un bloc anti-Empire euro-américain qui est en train de se créer. Cette zone va développer des relations économiques préférentielles qui vont handicaper l’Europe. Le dollar n’y règnera pas comme le montre les échanges prévus en rouble et yuan entre Russie et Chine. Elle disposera par ailleurs d’une force militaire respectable. Tour les ingrédients d’une guerre froide, voire d’un conflit majeur se mettent en place. C’est le résultat de la géostratégie américaine et de sa provocation permanente aux frontières de la Russie avec entre autres les bases américaines tout autour d’elle. 

On peut même se demander si ce n’est pas le véritable but recherché. Créer les conditions d’un conflit de grande ampleur tant que les USA et leurs alliés ont un avantage de puissance militaire.  La crise ukrainienne est le prétexte idéal de l’Alliance atlantique pour pousser les Européens à augmenter leur budget militaire, et à financer cette augmentation par la vente aux États-Unis de leur industrie de Défense. Les 21 et 22 mai, le général Martin Dempsey était venu, de Washington à Bruxelles, pour convaincre ses « alliés ». C’est le général US Philip Breedlove —c’est-à-dire le Suprême commandeur allié en Europe, nommé comme toujours par le président des États-Unis— qui a énoncé à Bruxelles le point de virage : « Nous sommes à la décision cruciale de comment affronter, sur le long terme, un voisin agressif ». À savoir la Russie, accusée de violer le principe du respect des frontières nationales en Europe, en déstabilisant l’Ukraine en tant qu’État souverain et en menaçant les pays de la région orientale de l’Otan. 

On notera curieusement que François Hollande vient d'annoncer que le budget militaire sera maintenu et le Ministre de la Défense parle de vente d’actifs pour assurer ce budget… vente de notre industrie de Défense à qui selon vous ? C’est donc la montée de l’affrontement bloc contre bloc dans le sillage des Etats-Unis parce que l’Europe sans défense unie et puissante ne pèse pas lourd quand elle n’a pas la volonté de son indépendance et préfère la vassalisation. 

Tout cela rappelle la Yougoslavie où l’on a réussi à séparer le Kosovo de la Russie. L’Ukraine n’est que la suite de la stratégie qui a permis d’englober tous les États de l’ex-Pacte de Varsovie, deux de l’ex-Yougoslavie et trois de l’ex-URSS. N’oublions pas que l’arrivée dans l’UE signifie à terme l’entrée dans l’OTAN. Le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen, en visite à Skopje, a d’ailleurs invité la Macédoine et la Géorgie à s’y joindre avec l’Ukraine bien sûr. 

Le complexe militaro-industriel et les puissances bancaires 

N’ont jamais reculé devant la guerre 

Qui les valorise et les enrichit ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon