mardi 10 juin 2014

L’euro fort, entre illusions, mensonges et tricheries (suite et fin)



Pourquoi nos gouvernants reprennent-ils en chœur la baisse de l’euro  et font semblant de croire que cela est possible et salutaire ? Ce que l’on peut d’emblée relever, à propos de l’affirmation selon laquelle l’euro serait trop fort, c’est son incohérence, son illogisme. La valeur d’une devise flottante est donnée par son taux de change, lequel tient à la force de l’économie du pays qui l’émet. C’est ainsi que l’euro et le dollar se sont écartés par les différences sur la compétitivité des économies de la zone euro et des USA alors que les taux directeurs de la BCE et de la Fed sont désormais au même niveau de 0,25%. On note d’ailleurs que l’abaissement à un taux  directeur négatif de la BCE n’aura que peu d’impact sur la parité euro-dollar comme Mario Draghi veut le faire.

Si l’on applique cette loi monétaire à ce qui se passe à l’intérieur de la zone euro, on note que les économies entre les pays du nord dont les monnaies étaient historiquement liées au mark ont des caractéristiques de croissance, de faiblesse du déficit et de la dette publiques, et de solde import-export bénéficiaire. L’Allemagne est de loin le principal fournisseur du solde positif de la zone euro. A contrario les pays du sud ont des économies en perte de vitesse, des dettes et des déficits forts, des soldes négatifs du commerce extérieur. Autrement dit ces deux entités devraient avoir des monnaies différentes au moins. L’euro-mark et l’euro-peseta ou l’euro-drachme ne peuvent avoir le même taux de change sans entraîner un sur-enrichissement des uns et un appauvrissement des autres. 

Même en dehors de ces cas extrêmes, la France n’échappe pas à cette loi de l’économie mondiale. A ce sujet, on relèvera que la compétitivité de la France vis-à-vis des Etats–Unis est sensiblement meilleure que face à celle de l’Allemagne. En 2013, le déficit commercial de la France s’est élevé à 6 milliards d’euros à l’égard des Etats-Unis et à 17,5 milliards pour l’Allemagne. Ramené au déficit commercial total de la France en 2013, (61,3 milliards d’euros) le déficit vis-à-vis des Etats-Unis représentait 9,8% du total et 28,5% pour l’Allemagne. L’économie française pose moins de problèmes à l’égard de la zone dollar qu’au sein même de la zone euro. Entre 1970 et 2000, la valeur du dollar est passée de 5,5 FRF à 6,4 FRF et celle du mark de 1,5 FRF à 3,8 FRF. Soit une dévaluation de 15% face au dollar et de 225% face au mark. 

Certains objectent que la parité franc-mark est restée stable de 1990 à 1999, mais ce serait oublier que la réunification a coûté environ 2.000 milliards d’euros à l’Allemagne, coût dû en grande partie à la décision de la parité mark/ostmark. La part des importations et des exportations françaises vers les pays de la zone euro est telle (plus de 55%) que c’est bien dans cette zone que la question des parités monétaires se pose. La preuve en est que si l’on ajoute au déficit commercial de la France, en 2013, à l’égard de l’Allemagne, celui à l’endroit de la Belgique, de l’Italie, des Pays-Bas et de l’Irlande on frise les 75% du déficit net total. La Chine comptant, elle, pour 36% du déficit net total (le total des déficits bruts est, par définition, supérieur à 100% du déficit total net puisque les excédents en sont retranchés). 

On fait donc un double constat. C’est bien d’une part à l’intérieur de la zone euro et d’autre part avec la Chine que se situe le problème de la monnaie et de notre retard de compétitivité, et non par rapport au dollar. Le cours forcé du yuan permet à la Chine de vendre bien plus qu'elle ne le pourrait avec une devise flottante. Or on n’entend pas nos gouvernants parler de la parité euro/yuan et on voit bien que l’euro convient très bien à l’Allemagne qui appauvrit les pays du sud mais pas aux pays hors de l’ancienne zone mark. D’ailleurs l’euro est une monnaie trop faible pour l’Allemagne. Car, en ce qui la concerne, la parité euro-dollar n’est pas un frein à ses exportations. C’est tellement vrai que : 

« La Commission européenne a souligné mardi le problème des excédents allemands, au moment où Berlin est de plus en plus sous pression pour mener une politique plus favorable à la demande intérieure. Selon les prévisions de la Commission européenne, l'excédent des comptes courants de l'Allemagne, grand pays exportateur, devrait être de 7% du PIB cette année, avant de diminuer légèrement à 6,6% en 2014 et 6,4% en 2015. (…) Or, dans les critères retenus par la Commission européenne pour évaluer les déséquilibres macroéconomiques, figure celui des excédents s'ils sont au-dessus de 6% pendant trois années de suite. » 

Ce n’est évidemment pas le cas des pays du sud de la zone euro et même de la France. La zone euro, qui s’était donné comme principal objectif de rapprocher les économies et de les pousser vers le haut vient d’avouer son échec et la Commission voit là un signe annonciateur du démantèlement de la zone euro. Le brouhaha politique sur la parité euro-dollar n’est finalement lancé que pour qu’une baisse de l’euro vienne en compensation de l’exigence de réduction bien compromise du déficit public en dessous des 3% du PIB. Le but final d’une dévaluation est de faire chuter l’euro, pour abaisser la valeur réelle des salaires tout en conservant leur valeur nominale.



La baisse de l’euro ne changera rien entre la France et l’Allemagne et pour la Chine il y a confusion entre les effets induits par une dépréciation marchande d’une devise flottante comme l’euro dans l’UE et ceux d’une dévaluation autoritaire d’une devise à la parité fixe comme le yuan ou l’euro à l’intérieur de sa zone. A part pour les produits typiquement français comme la mode, le luxe, le vin et l’agroalimentaire, les entreprises industrielles en difficulté, sur les marchés hors zone euro, ne tireraient aucun avantage concurrentiel d’une dépréciation de l’euro. Car, ces entreprises sont en concurrence directe avec d'autres producteurs européens qui vendent dans la même devise. Pour elles, leur position concurrentielle resterait inchangée. 

N’oublions pas qu’une baisse de l’euro entraîne l’augmentation du coût des importations, or c’est grâce à la diminution de ses importations que la France n’aggrave pas le déficit extérieur. De plus la compétitivité des entreprises sera aggravée par le surcoût des matières premières. La France n’investit plus, elle est très en retard dans la robotisation de ses usines et, comme par ailleurs elle maintient des salaires plus élevés que dans les autres pays, sa compétitivité ne peut que baisser relativement. Là est son véritable problème. Elle doit le résoudre seule avec sa monnaie retrouvée et une Banque de France prêtant directement au Trésor Public et non aux banquiers. 

La baisse brutale de l’euro ne peut évidemment pas être acceptée par l’Allemagne. De plus elle ne laisserait pas les banques centrales américaines, chinoises et japonaises sans réagir. La guerre des monnaies serait, alors, inévitable. La seule porte de sortie pour la France est bien la sortie de l’euro avec franc flottant, une variation des salaires liée strictement à la croissance et non à l’inflation, une réduction des dépenses publiques par la suppression des dépenses inutiles de copinage et un dégraissage de la fonction publique, un arrêt des subventions aux énergies vertes, une réduction des prestations sociales aux immigrés illégaux, une politique d’investissement sur les infrastructures terrestres et maritimes. 

Arrêtons la spirale infernale sans issue où la France dépérit ! 

Arrêtons de croire aux mensonges de nos gouvernants ! 

Si on ne peut pas sortir de l’euro, sortons de l’UE, 

Ses statuts le permettent ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon