dimanche 22 juin 2014

Plan énergétique en trompe-l’œil ou de gribouille ?



La proposition de plan énergétique de Ségolène Royal fait la part belle aux énergies renouvelables avec la perspective de la création de 100.000 emplois. On ne sait pas d’où sort ce chiffre. Provient-il des lobbies français de l’énergie ? Est-il fourni par des ronds-de-cuir du Ministère ? Le chiffre est annoncé et on est prié de le croire. Le Président d’Areva, dont on sait que sa place tient au bon vouloir de l’État s’est déclaré satisfait. Il va pouvoir continuer à faire survivre les branches des énergies solaire et éolienne de son entreprise à coup de subventions. 

Le plan entérine pourtant la promesse du candidat Hollande de faire baisser la part du nucléaire de 25% d’ici 2020. Notons au passage que son mandat se terminant en 2016, il prend un engagement qui ne dépend que de celui qui lui succèdera. Alors que le Ministre de l’Énergie allemand énonce que la politique énergétique allemande sur le remplacement du nucléaire par les énergies renouvelables est une aberration économique, alors que le gouvernement espagnol rogne les subventions accordées à celles-ci, alors que de grandes entreprises comme Siemens font machine arrière dans ce domaine, notre Ministre fait le geste politique antiéconomique qui lui assure l’approbation des écologistes. 

En face des 100.000 emplois, chiffre donné au doigt mouillé, il y a des dépenses facilement chiffrables dont on ne parle pas. Les chantiers de fermes éoliennes offshore à construire en Vendée et en Picardie sont les premiers et les chiffres d’investissement annoncés risquent fort d’être dépassés. Les subventions pour l’électricité produite ne feront qu’augmenter. Tout cela pour se mettre dans une situation d’instabilité du réseau électrique de distribution qui va nécessiter une augmentation de la production des centrales thermiques polluantes et nous faire dépendre des fournisseurs de pétrole, de gaz ou de charbon. 

Qu’en est-il des intentions réelles du gouvernement ? Quelle est la part de l’enfumage politique et de la réalité des actions envisagées ? On peut se le demander. Pourquoi Manuel Valls a-t’ il jugé urgent de ce précipiter au Creusot pour affirmer, dans l’usine Areva de fabrication de cuves et de générateurs pour les réacteurs nucléaires, que le nucléaire était une énergie d’avenir ? Pour rassurer les chinois qui nous commandaient des centrales et qui se tournent désormais vers les russes. Est-ce ainsi qu’il va effacer les dégâts de notre politique étrangère en Ukraine qui pousse russes et chinois à s’unir ? Valls ne serait-il pas en phase avec sa Ministre ?

On ne trouve aucune trace aussi dans ce projet de Ségolène Royal du gaz de schiste, même au niveau de la simple exploration de nos ressources alors qu’Allemands et Polonais y songent pour en tirer des ressources gazières au moment où le gaz russe est menacé de contingentement ou d’arrêt de fourniture. La recherche pour un procédé moins polluant que la fracturation hydraulique n’est même pas à l’ordre du jour des subventions. Le prix du gaz a été divisé par presque 4x aux USA depuis l’exploitation des gaz de schistes et le débat fait maintenant rage en Europe pour savoir si cette manne peut également y être exploitée. En France, le débat est caricatural car les ayatollahs du principe de précaution ont interdit la recherche sur le sujet, ce qui est une aberration digne du régime nord-coréen. 

Les États-Unis sont en train de booster leur économie par le choix de l’exploitation du gaz de schiste pourtant plus compliqué à exploiter et donc plus coûteux qu’exploiter des gisements traditionnels de gaz. Si nous payons le gaz trois fois plus cher que les américains, ceci vient des taxes et prélèvements divers que la plupart des états prélèvent, les États-Unis faisant exception.  Par ailleurs, les États-Unis ont un réseau très dense de pipelines qui permet d’acheminer le gaz à faible coût alors qu’il est très couteux de transporter du gaz à partir de la Sibérie par exemple. Contrairement à nous ils s’affranchissent des aléas géopolitiques des pipelines traversant des pays étrangers qui peuvent devenir hostiles. 

De plus les contrats d’approvisionnement de gaz que nous avons sont en grande partie indexés sur le prix du pétrole qui lui est resté stable – et très élevé – depuis plus de 5 ans. En équivalent énergétique, le gaz américain est aujourd’hui près de 3x moins cher que le pétrole à un point tel que le groupe sud-africain Sasol a décidé de construire en Louisiane un complexe pétrochimique gigantesque pour convertir le gaz en pétrole ! Les États-Unis ne souhaitent pas exporter leur gaz bon marché mais au contraire le gardent le plus longtemps possible pour faire bénéficier à l’économie américaine de l’immense avantage procuré par une énergie bon marché. Ils ne consentiront d’exporter que des fournitures limitées. 

Avec les allemands et les polonais, le Royaume Uni semble lui avoir une stratégie plus agressive de déploiement massif, principalement pour pallier à la baisse de sa production d’hydrocarbures de mer du nord. De son côté la Russie, malgré le handicap de Tchernobyl dans les esprits des acheteurs, se relance à fond dans le nucléaire et estime que la croissance de la demande d’électricité des pays émergents ne pourra pas être satisfaite par les énergies renouvelables et que la recherche et l’industrie nucléaire russe ont un créneau d’avenir dans lequel il faut s’engouffrer. Elle travaille sur un type de réacteur utilisant l’U238, cent trente fois plus abondant dans la nature que l’U235 ce qui garantirait un approvisionnement quasiment sans limite dans le temps. 

La France de Moi Président n’a aucune stratégie en la matière si ce n’est de ne rien faire. Hollande, comme sur toute chose, préfère l’immobilisme et attendre que le miracle vienne d’ailleurs. Il passe à côté d’une opportunité d’énergie pas chère permettant de négocier les prix de fourniture du gaz étranger, allant dans le sens de l’indépendance énergétique. De plus en diminuant l’impact de l’énergie nucléaire dans le bilan énergétique et en augmentant par ce fait sa dépendance énergétique, la France se tire une double balle dans le pied ! 

Quand l’État rogne sur les ressources « intermittentes », 

Le salaire des fonctionnaires et la pension des retraités, 

Quand l’État subventionne la compétitivité, 

Il la plombe par une politique énergétique 

Incohérente, coûteuse et paralysante ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon