dimanche 29 juin 2014

L’or viendra-t-il signer la prédominance de l’Asie sur l’Occident ?



La monnaie fut longtemps convertible en or. Dans le bas de laine des français, le Napoléon fleurissait. En 1944, les accords de Bretton Woods avaient mis en place un système de changes fixes entre les mon­naies et l’or ou le dollar, la clé de voûte du système étant la pos­si­bilité de convertir, selon une parité fixe, le dollar en or (35$ l’once d’or soit 28,439g). Cependant, à partir des années 1960, ce système butte sur les déficits exté­rieurs des États-​​Unis qui importent plus qu’ils n’exportent et financent la dif­fé­rence par la création moné­taire. Les réserves d’or de la Fed (la banque cen­trale des États-​​Unis) deviennent mani­fes­tement insuf­fi­santes pour convertir les dollars en res­pectant la parité officielle.


Ces contra­dic­tions conduisent le pré­sident Richard Nixon à décider, le 15 août 1971, de sus­pendre la conver­ti­bilité en or du dollar, puis à décider de le dévaluer à plu­sieurs reprises. En mars 1973, une nou­velle crise des changes conduit au flot­tement géné­ralisé des mon­naies : la plupart des mon­naies ont des taux de change « flot­tants », qui varient au jour le jour. En 1976, les accords de la Jamaïque enté­rinent cet état de fait et l’abandon de toute réfé­rence à l’or dans le système moné­taire international. 

La dette des États-Unis, qui est aujourd’hui de 17.500 Mds$, pourrait atteindre 20.000Mds$ à fin 2015 et croit beaucoup plus rapidement que le produit intérieur brut. Le coût de l‘Obamacare vient encore aggraver le déficit. A long terme, on peut prévoir que l’or reprendra sa hausse pour des raisons structurelles liées à la dette massive des pays développés qui ne peut être financée ni par des hausses d’impôt ni par une croissance encore étique. La seule solution sera alors la dévalorisation des devises et donc une revalorisation de l’or. 

L’observation des mouvements de l’or est d’ailleurs assez intéressante. L’Allemagne a essayé de rapatrier son or stocké aux États-Unis, or qu’elle avait mis à l’abri pendant la guerre froide. Pourtant devant le refus de ceux-ci, l’Allemagne, détentrice de la deuxième plus grande réserve d’or au monde (3386 tonnes), derrière les États-Unis, a annoncé lundi qu’elle renonçait au rapatriement de ses réserves placées dans ce pays. L’Allemagne n’aurait rapatrié que 5 tonnes d’or en 2013, moins de 10% des 84 tonnes prévues. On en tire deux conclusions, d’une part cet or n’existe plus dans les coffres et a été revendu, d’autre par la Chancelière ne veut pas ouvrir un conflit avec ce pays. L’hégémonie allemande sur l’UE se nourrit de l’hégémonie américaine. 

Plus intéressant encore est l’observation des politiques économiques des différents pays du monde sur ce métal. Si l’on compare les stocks actuels d’or au PIB, la République libanaise et la Suisse sont en tête. Viennent ensuite dans l’ordre décroissant l’Eurozone, la Russie, les USA, l’Afrique du Sud, l’Inde, le Japon, le Royaume-Uni et la Chine (1er tableau). C’est la situation issue du passé. Mais si l’on s’intéresse aux consommations d’or depuis les douze mois précédant avril 2014, on trouve les pays asiatiques aux quatre premières places avec Hong-Kong, UAE, Singapour, Thaïlande (2ème tableau). La dynamique d’achat d’or, comme la croissance, est désormais en Asie.
 
On note que la Chine, malgré un doublement de sa production depuis l’an 2000 qui passe à plus de 400 tonnes annuelles en 2013, a consommé 1.600 tonnes soit les trois quarts par importation. Ces 1.600 tonnes annuelles et les 8.500 cumulées acquises sont à rapprocher des 3.386 tonnes détenues par l’Allemagne. Le marché se déplacera de l’ouest vers l’est, selon Pékin. On constate déjà l’évolution de projets à Shanghai et Singapour. La Chine représentait 28% de la demande d’or en 2013.


L’Asie représente déjà 63% de la consommation d’or pour la bijouterie, les barres et les pièces, contre 57% en 2010. Après le record de demande de l’année dernière, à 1177,4 tonnes, Zhang Bingnan, secrétaire général de l’association, s’attend à un montant similaire en 2014. « La demande d’or se déplacera de plus en plus vers l’est ces 20 prochaines années, à moins que des événements extraordinaires ne se produisent », a déclaré jeudi à la presse la China Gold Association, selon les agences. Autre fait significatif : le Shanghai Gold Exchange entend coter un contrat en yuan dès le troisième trimestre 2014 et créer un centre de négoce au cœur du premier marché d’or au monde. Ce nouveau marché permettra aussi d’accroître les instruments de placement pour les dépôts en yuans.


On touche là l’épine dorsale des opérations sur l’or. On entre dans la guerre des monnaies et plus précisément du yuan contre le dollar. Sans arriver à la convertibilité du yuan en or, ce qui lui permet de maintenir à son gré un yuan faible pour la compétitivité des entreprises chinoises, la Chine se débarrasse le plu


Claude Trouvé

Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon