vendredi 20 juin 2014

Le paradoxe de la bonne gouvernance



Le paradoxe de la bonne gouvernance ou faut-il mourir idiots, tel est celui de la situation actuelle. Alors que nous vivons une période de « rigueur », qui n’est qu’un ersatz de l’austérité, nous constatons que la rigueur est le pressoir que manipule le gouvernement et l’austérité est le ressenti des pressurisés que nous sommes. Le gouvernement s’est engagé dans une politique économique à l’allemande en ce qui concerne la dépense publique avec des promesses de réduction du déficit jamais tenues. On peut même prédire que l‘objectif d’un déficit public de 3% du PIB n’est ni pour demain ni même pour après-demain. 

Pendant ce temps les États-Unis, le Japon, la Chine et même la Grande-Bretagne mènent une politique de la dette et de mise de liquidités sur les marchés pour soutenir leur croissance. Ces trois économies se portent mieux que la moyenne des pays de l’UE, hors Allemagne, et les pays émergents continuent dans l’ensemble à émerger et à creuser leur dette. Le Japon est bien plus endetté que nous et nos économistes traitent son gouvernement de fou. Alors que doit-on en penser au vu des résultats ? N’y-a-t-il pas là un paradoxe ? Qui a raison entre ceux qui crient à la catastrophe de la pyramide de Ponzi, pyramide reposant sur la pointe, pyramide de liquidités ou monnaie de singe qui n’a plus de valeur totalement convertible, et ceux qui les déversent en continu ? Qui a raison entre ceux qui laissent exploser leur endettement, jouent la croissance et ceux qui prônent la rigueur budgétaire, courent après la croissance et pressurent le peuple ? 

En toutes choses pour comprendre il faut faire un retour sur l’histoire. Voilà ce que l’on lisait dans le « Journal des Finances » le 7 juillet 1933 après la Conférence de Londres : « Les positions à Londres sont nettement marquées. Trois Puissances jouent, à des titres différents, un rôle de premier plan : les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne. La France défend la saine monnaie, la monnaie stable ; elle combat les aventures de la monnaie dirigée, les fantaisies des amateurs improvisés financiers, plus exactement le brigandage monétaire. Les États-Unis sont, plus que jamais, attachés à la monnaie dirigée, à l’avilissement du dollar pour des raisons de politique intérieure et de flagornerie électorale. Le Président écoute non point des experts réputés mais des politiciens qui ont fait son élection. » 

Le débat ne date donc pas d’hier et la Chine qui manipule le yuan ne parait pas vouloir changer de politique, ni le Japon qui s’endette sans vergogne. Le 4 juin 1963 J.F Kennedy a émis l’ordre exécutif 11110 qui rendait impuissant le système de Réserve Fédérale. Le 12 novembre 1963, il a énoncé un péril national : « Le bureau présidentiel a été utilisé pour mettre sur pied un complot d'anéantissement de la liberté du peuple américain, ... Je me réfère ici à l'importance d'informer largement le public et à la nécessité de refuser la politique officielle du secret. Le simple mot de secret est inacceptable dans une société libre et ouverte... ». 10 jours plus tard, il était assassiné. Son ordre monétaire fut enterré par L.B. Johnson. Le 15 août 1971, Richard Nixon autorisa le dollar américain à flotter. Ceci venait donner une nouvelle puissance aux États-Unis. Après les accords de Bretton Woods en 1944, organisant le système monétaire mondial autour du dollar américain, la convertibilité du dollar en or était abolie. Le libre cours à l’endettement était lancé. 

Force est de constater que la France s’écarte de plus en plus de la réussite économique et que l’étau de l’austérité ne lui donne pas un nouvel élan. Faut-il pour autant mettre la politique de rigueur budgétaire au panier ? La réponse est cruelle. Si l’on veut aller vers le bien du peuple, il faut l’abandonner. Le système dans lequel la mondialisation nous propulse est fou, certes. Mais il devient de plus en plus évident que la dette mondiale s’enfle de plus en plus démesurément et que ce sont les pays qui s’endettent qui en profitent le plus. A partir du moment où l’on est dans une course folle et que chacun sait que la dette ne sera jamais remboursée, on peut se poser la question de savoir s’il ne faut pas courir avec les loups et même essayer d’aller plus vite qu’eux. 

La catastrophe est-elle si effroyable puisqu’elle touchera la planète entière et qu’il faudra bien trouver des solutions ? En admettant l’austérité à l’allemande, pour laquelle notre économie est en plus mal adaptée, ne sommes-nous pas les idiots utiles pendant que les pays leaders de l’économie mondiale s’engraissent sur notre dos ? 50% des entreprises du CAC40 ont des capitaux étrangers et parmi ceux-ci la plus grande part est américaine. L’arrivée possible de GE dans le capital d’Alstom ne fait qu’illustrer la tendance… Ils ont l’argent de singe, eux. 

C’est tout le paradoxe de la politique folle des États-Unis et du Japon entre autres, la date de la catastrophe n’est pas connue et, si catastrophe il y a, elle sera mondiale, mais ceux qui auront engrangé d’ici là des ressources réinvesties dans des biens tangibles, immobiliers, industriels ou autres, s’en tireront mieux que les autres. Ceux-là ce sont la horde de loups qui appauvrissent les tenants de l’austérité et jouent l’endettement. N’oublions que la folie n’est pas loin du génie. Il faut parfois savoir juger de l’opportunité par rapport au dogme. Les dogmes méritent toujours d’être remis en cause et il est temps au moins de se reposer des questions quand l’échec même relatif s’amplifie. 

Le chemin de la vérité est celui du paradoxe : 

Pour l'éprouver, il faut la contempler sur la corde raide. 

Quand la vérité devient acrobate, nous pouvons la juger. 

Oscar Wilde 

Claude
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon