lundi 28 novembre 2016

Urgent : Réorienter un Système à bout de souffle (3ème partie)



La messe est dite à droite de la pensée nique, non pardon, unique. Fillon a gagné sans surprise totalisant les voix des têtes de file qui ont appelé à voter pour lui. Ce deuxième tour de la primaire était inutile et il a un autre effet, celui de mettre en difficulté les tenants d’une nouvelle politique hors Système. S’il est vrai que la cassure à droite va laisser des traces, s’il est probable que Bayrou va jouer les troublions ainsi que Macron qui veut ratisser large, il n’en reste pas moins vrai que Fillon, reprenant à son compte les recommandations de Buisson à Sarkozy, marginalise la droite de la droite. En effet il rend difficile une joute sur l’immigration où les positions ne sont pas assez discriminantes. Sur l’aspect socialement dur du programme de Fillon, Mélenchon fera feu de tout bois reprenant à son compte son leadership dans ce domaine par rapport au FN et aux souverainistes. Enfin le programme Fillon propose une solution pour l’Europe de nature à contenter les uns et les autres, celle de sortir de l’UE sans en sortir.

Le battage médiatique sur la primaire de droite avec des candidats, à l’exception d’un, qui ont mis l’accent sur l’appartenance obligatoire de la France à l’organisation européenne, et le faible temps donné à Poisson pour en débattre, ne peut que renforcer l’idée de notre ancrage à l’UE. Les primaires de la gauche, si elles ont lieu, ne feront qu’occulter un peu plus ce sujet. La victoire de Fillon avec un tel score est donc un barrage supplémentaire à l’euroscepticisme et à l’UE-scepticisme qui monte un peu partout en Europe. La victoire des antisystèmes n’en sera que plus difficile s’il n’y a aucun évènement extérieur qui vienne renforcer leur point de vue. Sur ce sujet il ne faut rien attendre de la gauche de la gauche, ce n’est pas leur axe privilégié d’attaque. Ces primaires gauche et droite, qui mobilisent énormément les médias, créent un déséquilibre démocratique, grave et important, entre le Système et les antisystèmes. Il renforce l’idée que le sujet de l’UE et de l’euro n’a plus lieu d’être. 

Le programme de Fillon est un programme libéral à haut risque même si l’on peut y voir des axes de réflexion et d’action profitables en particulier sur l’Éducation Nationale et la relance de l’économie ainsi que la pause dans les mesures sociétales, l’allongement du temps de travail dans l’harmonisation du temps de travail public-privé autour de 37h (chiffre moyen global public-privé actuel) et le nécessaire rééquilibrage de la répartition des fonctionnaires dans la fonction publique. La réduction du nombre de ceux-ci est une autre paire de manches. En effet le départ de ceux-ci en retraite et leur non-remplacement fait basculer la pyramide des âges vers le vieillissement. Les départs incités par des avantages à une retraite plus précoce créent une dépense supplémentaire immédiate et un alourdissement supplémentaire pour les régimes de retraite. Tout autre forme de réduction du nombre qui remet des fonctionnaires sur le marché du travail est contre-productif comme il l’est d’une façon générale. L’augmentation des heures dans le privé conduit au même résultat comme je l’ai montré dans l’étude précédente des 21-22 et 23 novembre. Le chômage et le PIB/habitant sont impactés négativement en période de faible croissance comme aujourd’hui et en présence d’un chômage élevé.

Si cette mesure est utilisée sans que la croissance soit revenue, elle peut conduire à une catastrophe sociale aux répercussions inimaginables. Le PIB/heure travaillée, le PIB/durée annuelle du travail, l’emploi et le PIB/habitant par rapport aux mêmes paramètres de durée du travail et de temps de travail hebdomadaire, diminueront et nous irons à l’inverse du but recherché. Lorsque nous sommes passés de 39 à 35h payées 39, nous n’avons pas gagné ce rapport dans la même proportion sur l’emploi. L’impact dans le public, et en particulier dans les hôpitaux, a été négatif pour l’Etat et même pour la qualité des soins. L’impact sur la compétitivité a été immédiat, a plombé notre commerce extérieur et a augmenté les prix à la consommation. Mais nous étions en période de croissance au-dessus des 2% et le retour sur le monde du travail aurait pu se faire doucement par baisse des charges des entreprises, et hausse des salaires ou baisse très progressive de la durée du travail. La brutalité de ce changement a laissé des traces. Heureusement la croissance mondiale et européenne était suffisamment solide pour éviter le pire. Que ce soit pour augmenter ou diminuer la durée du travail, cela ne peut se faire sans tenir compte de la santé économique du pays et mise en œuvre progressive. 

Le remède de cheval voulu par Fillon fait la part belle à l’Etat qui va creuser le déficit pendant que le monde du travail va être sous la triple menace immédiate de l’augmentation de la durée du travail, négative sans le retour de la croissance, la baisse des remboursements des frais de santé, et l’éloignement de l’âge de la retraite. Le cadeau à la politique de la famille est une mesure indispensable mais ne touchera qu’une partie de la population et est un facteur d’augmentation de la fécondité chez les immigrés récents extra-européens qui peut accentuer le déséquilibre avec les populations assimilées. L’euphorie actuelle de la pensée-unique de droite risque d’être de courte durée si une progressivité et un timing rigoureux n’est pas respecté dans l’application. La communication de l’État devra être intensive et crédible, sinon le peuple sera vite dans la rue.

En effet notre appartenance à l’UE conduit Fillon à enfourcher ses directives sur la réduction des dépenses publiques, l’augmentation de la durée du travail, l’austérité sur les salaires, la diminution des frais sociaux et des retraites. C’est le schéma à la grecque à appliquer si l’on ne veut pas finir sous la tutelle de la troïka UE-BCE-FMI, elle-même cornaquée par les grands banquiers. L’UE se pose des questions sur sa survie après le Brexit et les velléités de rébellion contre le flux migratoire. Angela Merkel prend peur pour sa réélection et veut renvoyer les 100.000 demandeurs d’asile non acceptés avec un petit pécule comme en France.  Son opposition gronde. Mais certains pays se posent vraiment l’intérêt économique de l’euro, comme l’Espagne pour qui la peseta aiderait mieux son commerce historique avec l’Amérique du Sud. L’Europe à plusieurs vitesses est l’idée qui tourne à Bruxelles et à Berlin, ce n’est pas une idée Fillon. C’est une mesure d’urgence devant la peur qu’une autre sortie, comme celle de la Grèce, sonne la fin de l’UE. 

Le recentrage sur une zone euro plus fédéralisée n’est pas une idée qui résoudra les difficultés actuelles et cela pour deux raisons. La première c’est que les difficultés pour arriver à un consensus à 28 ou 27 de plus en plus grandes et paralysantes ne diminueront pas sensiblement à 18. Le clivage nord-sud perdurera. La deuxième est que l’euro, monnaie unique, est l’essentiel de notre problème économique. Le gap de compétitivité de 15% est largement au-delà de ce que peuvent apporter les mesures économiques prévues. Le gouvernement actuel a essayé plus mollement mais le résultat n’est pas là. Le solde de notre commerce extérieur est toujours largement négatif, le nombre d’entreprises diminue, l’investissement est en panne, les capitaux et les cerveaux partent. Un tournant plus marqué est certes prévu mais toutes les mesures annoncées resteront secondaires voire sans efficacité réelle par rapport à l’augmentation de compétitivité par le retour à une monnaie nationale ajustée aux écarts de compétitivité en particulier avec l’Allemagne. L’euro, est un euromark, pas un eurofranc. 

Renverser la table du bateau évite de la desservir. 

Mais si c’est un coup de tabac qui le fait,

Les repas et les couverts vont à la mer. 

L’UE et l’OTAN sont sur notre table

Alors mangeons-les au plus vite 

Avant que l’ouragan se lève ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon