jeudi 10 novembre 2016

L’UE veut la mort des petits agriculteurs



La Mutualité Sociale Agricole nous informe que sur les 6 premiers mois de l’année, la « permanence de prévention du suicide chez les agriculteurs a reçu 1 700 appels », ce qui représente 9 à 10 appels par jour en moyenne. Ce chiffre, plus que tout autre montre l’ampleur de la détresse de notre petite paysannerie. On chiffre à une superficie de 300 hectares, celle qui permet de vivre honnêtement. Cette superficie est hors de portée de la plupart des agriculteurs qui déversent leurs produits devant les sous-préfectures, à Morlaix ou ailleurs. Le passage par les circuits de distribution étrangle cette paysannerie et les actions de protestation pour quelques centimes d’euros en plus sur les prix d’achat des produits, viande et lait par exemple, ne change pas vraiment la rentabilité de leur exploitation. Ce sont des centimes arrachés que de nouvelles normes ou contraintes sur la production auront vite fait d’annuler.

La création de circuits courts de distribution permet à un petit nombre d’entre eux de sortir du système mortifère de la grande distribution. Certains prennent des contacts directs dans les pays étrangers. Je connais un agriculteur qui vend des semences de pomme de terre en Afrique. Mais tout ceci reste marginal, faute d’organisation de circuits globalement organisés et d’une volonté gouvernementale de promouvoir ces circuits courts. Car si le Système est mortifère, c’est que la mondialisation en est la cause principale. Elle supprime les frontières et les barrières douanières. Elle crée un boulevard de profit pour les grandes entreprises exportatrices qui sont gréées pour cela sur le plan de l’organisation et des moyens financiers. Elles peuvent jouer sur le marché intérieur et extérieur et bénéficier des meilleurs conseils de management au sens large du terme incluant les moyens d’échapper à l’impôt. Du coup elles peuvent proliférer, racheter des terrains français, s’agrandir, délocaliser des productions. 

Elles repoussent donc des agriculteurs liés au marché intérieur dont les coûts ne peuvent rivaliser avec les grands entreprises agricoles. Néanmoins les petits agriculteurs subissent toutes les contraintes des normes toujours plus nombreuses et plus strictes de l’UE sans bénéficier autant des mesures d’aides. La petite agriculture réduit son « salaire » ou son revenu au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans le déficit et cela la conduit jusqu’à l’abandon de sa ferme ou pire au suicide. Le nombre de demandes d’aide explose. On apprend dans une interview donnée par Michel Brault sur Radio France que sur le revenu 2015, « à peu près 30 % des agriculteurs ont gagné moins de 4 200 euros, c’est-à-dire 350 euros par mois Et nous craignons que pour 2016, cela s’accentue, compte tenu des difficultés économiques, sanitaires et climatiques ».

Le vrai problème est dans l’appartenance à l’UE et à l’euro. Les subventions sont toujours une perturbation du système libéral qui doit s’équilibrer de lui-même par l’offre et la demande. On maintient des activités productrices qui n’ont plus lieu d’être. L’exemple des charbonnages en est une démonstration évidente. Malgré la Communauté Charbon-Acier, nos mines ont fermé et l’industrie métallurgique des aciéries est moribonde. Mais le problème est aggravé par la mondialisation et la disparition des barrières douanières et le carcan d’une monnaie unique entre 18 pays de l’UE. La petite agriculture ne peut que subir car ses marges de compétitivité sont très réduites. Le bio, la qualité peut être un créneau qui soit porteur mais dès qu’un créneau l’est les grandes industries agricoles s’y engouffrent en produisant ou en captant les productions des petites exploitations. 

Dans l’état actuel des choses, la petite entreprise est condamnée sauf si elle sort du Système mondialiste sur le marché intérieur en compensant le surcoût de sa production par des circuits courts de distribution. Encore faut-il que les circuits soient connus et au plus près du consommateur avec des rapports qualité/prix compétitifs. La partie reste inégale et, pour les petites exploitations qui exportent, l’euro n’est pas favorable par exemple avec la Russie par rapport aux pays de l’Europe de l’Est. La partie est si inégale que l’on peut raisonnablement penser que cette disparition des petites exploitations agricoles est voulue et fait partie d’un grand ratissage des grands lobbys sur toutes les ressources du sol et sous-sol.

Ceci est d’autant plus grave que la France est auto-suffisante pour sa consommation alimentaire. La mondialisation ne peut que lui être défavorable puisque nous voyons entrer des produits que nous produisons. Nous n’avons pas besoin d’exporter, sauf pour faire de l’argent. Toutefois ceci ne peut se produire au prix de la destruction de notre petite agriculture qui nous assure une indépendance alimentaire. Car soyez surs qu’une très grosse exploitation n’est attachée à notre sol que tant qu’elle y trouve le meilleur produit et le meilleur créneau. Ce n’est que le profit qui est au centre de leurs préoccupations. La ferme des mille vaches peut d’un jour à l’autre changer de pays. La petite agriculture est attachée à ses terres la plupart du temps exploitées de père en fils. On comprend d’ailleurs combien le problème humain est dramatique pour ceux qui baissent les bras. Abandonner la terre de ses ancêtres est une des raisons du nombre de suicides plus élevé qu’ailleurs. Seules les barrières douanières peuvent redonner de l'espoir à l'agriculture de terroir, celle de nos petits agriculteurs.

L’UE avec ses normes envahissantes et ses subventions,

L’euro avec le blocage d’une monnaie défavorable, 

Sont les armes tueuses de ceux qui ont intérêt

A voir disparaître la petite agriculture ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon