jeudi 17 novembre 2016

Le protectionnisme fait son retour ?



L’élection de Donald Trump a déjà eu plusieurs effets positifs pour nous. Le premier est la nécessité de relancer le dialogue avec Poutine pour trouver des solutions plus concertées aux problèmes mondiaux et en particulier en ce qui concerne les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Le second est la nécessité de rétablir des frontières permettant le contrôle le plus strict possible de l’immigration. Le troisième est le coup de pied dans le dogme du réchauffement climatique et le refus de se plier automatiquement à des directives mondiales non négociables, comme celles de l’ONU. Le quatrième est le retour à une forme de protectionnisme. Je dis bien à une forme de protectionnisme car tout est là dans l’opposition entre un mondialisme sans contrainte et un protectionnisme conduisant à une forme d’autarcie à la mode URSS. Ce dernier point a une résonnance particulière pour nous puisqu’il bat en brèche la mondialisation européenne qui est à la base de la création de l’UE. Le soutien que le Brexit a apporté au discours de Trump est indéniable. Au-delà du protectionnisme, l’utilité de l’UE est remise en cause.

La pensée unique gauche-droite ne manque pas de chercher à tuer toute idée de protectionnisme pour sauver l’UE et l’OTAN. Or sur ce dernier point Donald Trump a remis en cause la nécessité de l’OTAN et en tous cas le fait que les Etats-Unis en soient le principal support. La nécessité de l’OTAN ne perdure que par une guerre froide alimentée en permanence avec la Russie par les Etats-Unis. Cet acte de stratégie permet encore à ces derniers de mettre la main sur l’UE, d’être au plus proche des ressources énergétiques du Moyen-Orient, d’apporter son soutien à l’expansion continue d’Israël qui n’a pas abandonné son projet du Grand Israël et d’être en mesure de fomenter toutes les actions de déstabilisation de la Russie qui a le tort de retrouver du poids dans la conduite des affaires du monde. A travers la politique de recentrage des Etats-Unis sur lui-même, l’utilité de l’UE et de l’OTAN est remise en cause. C’est donc la libre circulation des hommes et des biens, ainsi que notre engagement dans les guerres extérieures derrière les Etats-Unis qui est en cause. C’est aussi l’affirmation qu’un pays reste maître chez lui et n’a aucune obligation de se conformer à des directives mondiales ou européennes, ceci reste un choix dont on a le devoir de juger s’il est bénéfique ou non pour la nation. 

La politique de protectionnisme va donc beaucoup plus loin que le simple échange des biens pour les pays de l’UE. La remise en cause du TIPP est déjà en cours et la COP22 tremble de voir une attitude américaine qui remet en cause les dépenses somptuaires engagées et à engager pour une affirmation pseudo-scientifique qui demande encore beaucoup de précautions avant d’engager le monde dans ce qui peut être une impasse sauf pour les lobbies qui en tirent parti. Le péril est donc grand pour les politiques européens qui se gardent bien de remettre en cause le triptyque UE-Euro-OTAN. Taper sur le protectionnisme permet de masquer le grand débat politique sur le choix de l’UE et de l’OTAN, et est un argument commode du « repli sur soi » à connotation très négative. Elle l’est d’autant plus que le protectionnisme est présenté comme une situation d’isolation dans une chambre stérile dont rien ne peut entrer au sortir, ce qui est une déformation volontaire des propos de Donald Trump.

Le protectionnisme est une forme de conduite d’un pays qui l’autorise à mettre des frontières utiles pour sa défense, le flux migratoire, l’échange de produits et de services et la circulation des capitaux. Le protectionnisme n’est pas un mur mais un filtre plus ou moins efficace et ne conduit à l’autarcie que dans son application extrême. Le protectionnisme défend l’idée de nation que le mondialisme veut effacer au profit d’un grand marché mondial sans contrainte en partant de l’idée que cela est profitable à l’ensemble de l’humanité. L’utilisation du mondialisme dans l’UE montre à l’évidence qu’il n’en est rien. Un seul pays, l’Allemagne, tire les richesses des autres et le flux des richesses pompe l’argent du bas vers le haut. Le mondialisme n’est pas égalitaire mais accentue les disparités entre les différentes entités qui y adhèrent. Le protectionnisme est au contraire une forme de régulation de la circulation des hommes, des biens et des capitaux qui permet de tenir compte des différentes situations dans lesquelles se trouvent les pays concernés. On peut parler d’une circulation librement choisie de l’argent, des biens et des hommes. Or le protectionnisme est vilipendé sous prétexte d’un retour en arrière et sous la forme du tout ou rien. 

Le protectionnisme c’est au contraire la souplesse nécessaire dans les décisions des États. C’est le protectionnisme qui permet de définir la qualité des migrants que nous devons accepter. On sait que dans le flot de migrants seulement 13,7% fuient la guerre « civile »… à laquelle participe de nombreuses nations du globe. L’application strict du droit d’asile et le choix, parmi ceux qui n’y ont pas droit, aurait permis de limiter l’invasion que nous subissons au nom des Droits de l’Homme, droits extensifs à souhait. Le protectionnisme aurait permis de ne pas mettre en concurrence des entreprises agricoles, industrielles ou artisanales françaises, qui travaillent essentiellement pour la consommation interne, avec des entreprises étrangères. Le résultat est une désertification des entreprises par mort ou délocalisation pour celles qui le peuvent. L’agriculture n’étant pas délocalisable, elle prend de plein fouet la mondialisation et ne survit que grâce aux aides européennes et françaises dont elle dépend. C’est une situation précaire et économiquement non saine.

Le protectionnisme nous aurait permis de ne pas prendre l’euro dont on voit bien avec l’exemple de pays comme l’Islande, la Norvège, la Suède, le Danemark et le Royaume-Uni, que cette décision ne nous a pas apporté un regain de croissance ni un affaiblissement de la dette publique, ni une augmentation relative du PIB/habitant. Le protectionnisme subit, comme le souverainisme, l’opprobre à priori sans qu’un débat soit clairement ouvert avec l’apport d’économistes de renom. Donald Trump vient de lui donner un sérieux coup de pouce mais le Système veille et l’éclosion d’un véritable tournant est encore loin vu les chances présidentielles des candidats du Système. Le trio Sarkozy, Juppé, Fillon a en effet été adoubé par les Maîtres du Monde et il leur sera difficile de ne pas leur obéir. Néanmoins une brèche est ouverte, comme pour le réchauffement climatique, et il est possible d’espérer en une lente évolution. 

Si le peuple fait un vote comme l’ont fait les britanniques et les américains, un paysage nouveau va sortir des ténèbres. Trump et Poutine sont prêts à en découdre autour d’une table, et non par les armes, en affichant tous deux qu’ils défendront les intérêts de leur pays mais avec l’objectif de trouver un terrain d’entente. Même si des paroles aux actes il y a un grand pas à faire, nous n’avions pas entendu de telles paroles depuis le début des printemps arabes. Ces deux dirigeants, à leur manière, sont des adeptes du protectionnisme, car ils croient aux spécificités de chaque pays que le mondialisme, qui veut nous pousser vers une globalisation synonyme de gouvernement mondial, ne peut ni ne veut respecter. 

A l’heure des principes de précaution, les pays doivent se protéger 

D’un mondialisme qui fait la part belle au monde de l’argent

Et n’est en fait qu’une gigantesque pompe aspirante 

De l’argent de ceux qui produisent les richesses

Dont une caste privilégiée se repaît. 

Le protectionnisme leur déplait. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon