vendredi 25 novembre 2016

L’UE et l’euro exclus des débats des primaires



Il y avait cinq grands sujets à débattre, dont dépendent tous les autres y compris l’économie, la sécurité et le social. Ce sont l’UE, l’euro, l’immigration, l’islamisme et le radicalisme, qui méritaient d’être longuement débattus. Si les débats de la primaire de droite ont un peu abordé les problèmes amenés par l’immigration, l’islamisation et le radicalisme, le Frexit a été écarté d’un revers de main, le comportement de la France dans l’UE effleuré par François Fillon, la sortie de l’euro diabolisée par une seule phrase assassine, « ce serait catastrophique ». Donc ce postulat ne mérite aucune explication. Il ne faut évidemment pas espérer que la primaire de gauche soulève un tant soit peu la chape de plomb jetée sur la France sur laquelle on lit « paix, prospérité, socialisme » et non « conflits, austérité, inégalités ». Si cela est, c’est que nous n’avons pas assez d’Europe, il faut plus d’Europe. Le Brexit cela regarde les britanniques et pas nous. Si Trump fait du protectionnisme, c’est son affaire, pas la nôtre.

D’ailleurs l’évocation du contrôle de nos frontières n’est pas du protectionnisme mais une obligation si l’UE ne garantit pas ses propres frontières. Je ne ferme pas ma maison si mon jardin est clos. Qui pratique cela dans le XVIème et à la Seine-Saint-Denis ? Dans protectionnisme, il y a le mot protection, ce que certains semblent oublier. Je ferme ma porte et je mets à disposition un digicode dont je donne le code à ceux que j’autorise à rentrer. Je dispose même un micro ou une vidéo qui me permet de faire entrer qui je veux, même sans le code. Ce n’est pas du protectionnisme, mais de la protection disent-ils. Fillon dit mettre un contrôle sur l’arrivée de capitaux des pays du Golfe sur notre patrimoine, nos terrains et nos entreprises. Ce n’est pas du protectionnisme, mais de la protection dit-il. Fillon veut limiter l’arrivée de l’immigration aux demandeurs d’asile politique et à ceux correspondant à nos besoins. Ce n’est pas du protectionnisme, mais de la protection dit-il. Il aide les entreprises, en particulier les plus innovatrices, pour empêcher les produits étrangers de remplacer les nôtres. Ce n’est pas du protectionnisme à l’américaine, mais c’est de la protection du « Made in France ». 

Alors le protectionnisme c’est quoi ? C’est ce geste imbécile du « repli sur soi », le « laissez-moi tranquille, je ne veux voir personne ». C’est le communisme à la mode de Staline et de Mao Tsé-Toung en somme ? Oui, quand le protectionnisme est demandé par ceux qui veulent remettre en cause les traités de l’UE, voire à en sortir pour rester maîtres chez eux. Dans ma commune, je respecte les lois et les arrêtés municipaux, mais je ne veux pas que le maire me dise combien je dois dépenser, qui je fais entrer, quels produits je dois acheter. L’Europe des nations ou des peuples n’est pas autre chose et le protectionnisme caricaturé n’a pas de sens. On ne doit pas être obligé de rajouter au protectionnisme l’adjectif « intelligent ». C’est assez désobligeant d’être pris pour un « con ».

Le protectionnisme imbécile est tout aussi malfaisant que le libéralisme fou. La maison toujours fermée finit par sentir la mort. La maison ouverte à tous vents finit par se détruire de l’intérieur. Nous commençons à percevoir que la création illimitée de liquidités et la libre circulation des capitaux dans un réseau mondial de banques, plus ou moins liées aux paradis fiscaux, nous mène vers une catastrophe bancaire d’une telle ampleur que les États prévoient de ponctionner l’épargne des citoyens, ce qui ne sera sans doute même pas suffisant. L’immigration sauvage, plus ou moins clandestine, pousse une vague qui prend la forme d’un tsunami. L’Allemagne referme ses portes, d’autres élèvent des murs. Même la France, qui ne fait pas rêver, doit pousser les uns vers le Royaume-Uni et repousser les autres vers l’Italie. Nos entreprises disparaissent plus qu’elles ne se créent et encore ce sont les microentreprises qui forment de plus en plus notre tissu « productif » où les services sont de plus en plus représentés. Les grandes usines de productions de base nous échappent de plus en plus. Les français achètent du chinois, du taïwanais, du coréen, etc. 

On nous parle des énergies vertes, qui n’ont de vert que la vertu de coûter cher, comme une source de développement économique, alors que ce sont les danois et les chinois qui dominent le marché mondial et que nous ne pouvons acheter français que grâce à des subventions aux entreprises et aux particuliers. Ces aides de l’État sont en partie récupérées grâce à la taxe CSPE sur le kWh qui ne cessera d’augmenter. Le libéralisme se met finalement des contraintes protectionnistes tout en s’accrochant à la mondialisation heureuse, ce qui s’appelle se cacher derrière son petit doigt. Protectionnisme et libéralisme ne peuvent perdurer dans leur excès et le point moyen entre les deux dépend des entités auxquelles il s’applique. J’aime prendre l’exemple du réacteur nucléaire pour raisonner avec le simple bon sens. Le cœur du réacteur n’est qu’une simple chaudière qui fournit de l’énergie sous forme de chaleur. C’est le libéralisme. Si le cœur n’est relié à rien, aucune électricité ne sortira de la centrale. C’est le protectionnisme en autarcie. C’était le cas du protectionnisme de l’URSS. Si la chaleur produite n’est pas évacuée d’une manière ou d’une autre, il explose. C’est le libéralisme fou sans contrainte. Pour éviter l’explosion du réacteur, on dispose de deux outils, l’évacuation de la chaleur et le contrôle de la réaction nucléaire par des barres plongeant au cœur du réacteur. C’est le cas du libéralisme contrôlé… ou du protectionnisme intelligent.

Cela ramène au débat sur l’UE qui cherche soit à imposer des contraintes inadaptées aux pays sur lesquels elles s’appliquent, soit ouvre tout grand le libéralisme vers le monde extérieur. Pour que les contraintes ne soient pas ressenties différemment d’un pays à l’autre, il ne faut qu’un seul pays, l’Europe. C’est le cœur du projet européen, voulu par les États-Unis et promu par Jean Monnet. Ne pas vouloir y arriver en adoptant des mesures protectionnistes, c’est détruire l’UE, ce contre quoi le Système agira de toutes les forces de sa puissance financière. C’est pourquoi le débat de l’UE est celui de savoir si nous voulons une Europe fédérale ou une Europe des nations. Ce débat est occulté car on veut masquer l’échéance voulue du fédéralisme en prenant sans le dire des mesures à caractère protectionniste.

L’Europe des nations est à base confédérale dans laquelle la monnaie unique n’est pas imposée mais choisie ou non par les nations. Ce sont la civilisation commune, les relations avec l’extérieur et les traités de défense qui en sont le ciment. Elle peut même être à géométrie variable avec un cœur où les objectifs communs sont les plus consensuels, et autour des traités multilatéraux ou bilatéraux qui élargissent le domaine d’influence et de renforcement des liens entre pays européens. L’AELE (zone de libre-échange antérieure et extérieure à l’UE) et l’EEE (Espace Economique Européen) y trouvent naturellement leur place sans être des verrues ne respectant pas le schéma général. Ce débat de fond qui touche aussi bien aux relations avec la Russie et la Chine (ennemis proclamés par les USA), qu’aux relations avec l’OTAN dont la lutte contre l’EI, n’a pas eu lieu. Il a toutes les chances d’échapper à la primaire de gauche. Ceci montre bien que gauche et droite ont la même dépendance à l’UE et aux États-Unis pour 90% des sujets rythmant la vie des français, c’est-dire les directives de l’UE fournissant 80% de nos lois et les « recommandations-obligations » que les États-Unis font passer par l’UE et l’OTAN.

La nécessité d’avoir un noyau de partis, aujourd’hui habilement repoussés aux extrêmes, remettant en cause le Système, est absolument indispensable si l’on veut sauver notre démocratie et notre identité. Ces partis sont diabolisés, depuis longtemps pour le FN et plus récemment pour le Front de Gauche et les souverainistes, ne méritent le nom d’extrémistes que parce qu’ils contestent la pensée unique des choix faits par les gouvernements depuis quarante ans. Alors que la pensée unique, grâce aux primaires, va monopoliser les médias et les heures de diffusion en dehors de tout quota du CSA, les autres partis doivent se contenter de fenêtres de tir chichement attribuées. La démocratie fonctionne-t-elle réellement ? Ce fut malgré tout le cas pour le Brexit et Trump, est-ce un signe encourageant pour la victoire du NON chez nous ? 

Les primaires de droite et de gauche sont utiles…

A la pensée unique qui monopolise les médias, 

Oriente les débats sur ses propres crédos

Dans une précampagne hors quotas 

Des heures dans les médias. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon