mercredi 23 novembre 2016

Geste démocratique dans la gueule du loup (3ème partie)



Dans les deux premiers articles j’ai procédé à une analyse des mesures des deux candidats de la primaire de droite concernant la lutte contre le chômage et le retour à une croissance permettant à la France d’alimenter ses tâches régaliennes de défense, de sécurité, de justice, de santé, etc. et finalement de diminuer la dette publique. Parmi les mesures phares l’augmentation de la durée hebdomadaire et annuelle du travail ont été annoncées par François Fillon. Ces mesures sont dans le droit fil des directives de la troïka UE, BCE, FMI dont on voit les ravages en Grèce et au Portugal. Par ailleurs elles sont particulièrement impopulaires. L’analyse que j’ai présentée sur leur effet sur le taux de chômage et le PIB/habitant montre sans ambiguïté qu’elles sont contreproductives, toutes choses égales par ailleurs. J’insiste sur ce dernier point car François Fillon présente une liste beaucoup plus vaste de mesures à prendre. Cependant on peut déjà affirmer que ces deux mesures d’austérité ne sont pas les premières à mettre en œuvre.

On pouvait sans douter dans la mesure où nous sommes dans une croissance molle qui ne permet que de maintenir le taux de chômage au niveau atteint en 2015 grâce à des aides de l’Etat à l’emploi et à des mises en formation qui au passage diminuent le nombre de chômeurs de la catégorie A, catégorie sur laquelle se focalisent les annonces médiatisées. L’étude précédente montre également que la France est très en retard sur la production de richesse par heure travaillée par rapport aux autres pays européens mais que cela ne nécessite ni d’augmenter les heures travaillées annuelles, ni la durée hebdomadaire de travail. Inversement la Suède valorise beaucoup mieux que la moyenne les heures travaillées et pourrait même envisager de diminuer le nombre d’heures et la durée hebdomadaire du travail pour ramener son résultat dans la moyenne européenne. Elle ferait ainsi diminuer le chômage et donnerait au travailleur un retour de ses efforts. 

Pour la France, il faut regarder les réussites de pays comme l’Allemagne, la Suisse et surtout l’Irlande. Pour l’Allemagne on peut penser que la robotisation plus poussée et l’utilisation des pays européens à faible coût salarial sont parmi les principales raisons. Mais il faut aussi tenir compte de monopoles comme par exemple dans les machines-outils. Pour la Suisse, l’industrie chimique et pharmaceutique est un créneau porteur et très rentable. Le cas le plus intéressant est l’Irlande, dont on sait qu’elle a demandé une dérogation à l’UE pour pratiquer une politique de charges minimales sur les entreprises. C’est sur ce point que la France doit faire un effort particulier. Toutefois ceci engendre un manque à gagner pour l’Etat qui doit être compensé par une hausse de la TVA, laquelle plombe un peu plus la consommation intérieure. Or celle-ci représente l’essentiel de notre production. Par ailleurs l’effet sur la compétitivité de nos entreprises ne sera pas immédiat. Dans un premier temps nous supporterons les deux inconvénients de l’augmentation du déficit public et de la baisse de la consommation intérieure.

Par contre les mesures consistant à donner moins de contraintes administratives, et en particulier l‘allègement du code du travail permettant de donner une plus grande adaptabilité au marché du travail pour les entreprises, est bénéfique. Tout ce qui concerne l’aide à la recherche et à l‘innovation est aussi bénéfique à condition que les sommes allouées aillent bien vers cet objectif, d’où l’obligation d’un contrôle sévère. Il en est de même pour tout ce qui concerne l’apprentissage dans la réforme prévue de l’Éducation nationale et le retrait du principe de précaution. On voit que l’effort demandé au monde du travail sur les durées hebdomadaires et annuelles n’a de sens que si nos entreprises fournissent un bond de croissance donc un besoin de main-d’œuvre. Sinon il peut amener à un schéma à la grecque et des mouvements sociaux ravageurs. Il faut ajouter à cela que la fermeture de centrales thermiques par l’accroissement des énergies renouvelables dans la politique énergétique est techniquement irréalisable et que le coût du kWh ne peut qu’augmenter ainsi que les subventions à cette forme d’énergie comme je l'ai montré dans un précédent article.

C’est pourquoi un plan de relance de l’économie a peu de chance d’aboutir si un gros coup de pouce n’est pas donné pour la booster immédiatement. Seul le jeu sur la monnaie peut le faire, les autres mesures sont trop lentes à produire leur effet et surtout ne pourront pas être à la hauteur de l’effort à fournir. C’est sur ce point que le programme de la droite va achopper. Juppé ne touchera à rien et Fillon repense à une nouvelle Europe basée sur la zone euro, donc deux Europe, celle de la zone euro et celle de la zone UE hors euro. D’une part on voit mal la véritable amélioration dans les prises de décision en passant de 28 à 18 pays, et d’autre part le handicap de l’euro dans les échanges entre partenaires, dont l’Allemagne, et par rapport aux autres pays, n’est pas résolu. Le rassemblement sur les six pays fondateurs de la CEE, en ajoutant éventuellement l’Espagne, aurait plus de crédibilité concernant son efficacité à aller vers une union commerciale, militaire, policière, sociale et de politique étrangère commune.

Fillon se déclare souverainiste ce qui est une bonne chose mais on ne peut vraiment tirer parti de cette position si l’on ne casse pas les liens avec l’UE que maîtrise la BCE, et les banquiers judéo-anglo-saxons auxquels nous n’avons pas échappé depuis Georges Pompidou. Fillon, invité dans le groupe Bilderberg, a lui-même déclaré en privé : « C’est là qu’est la pouvoir ». Le rapprochement avec la Russie est évidemment indispensable pour que la France reprenne sa stratégie historique de balance entre l’Est et l’Ouest. Ceci étant, nos liens peuvent s’étendre jusqu’à la Chine, très liée à la Russie désormais. On s’ouvre ainsi un marché asiatique énorme avec aussi des grands pays comme l’Inde, l’Iran, le Kazakhstan. En dehors du problème de l’EI, qui y trouverait un apport de cohérence dans la lutte et la fin du double jeu auquel nous nous sommes prêtés, la France ne peut pas se réindustrialiser sans une ouverture sur d’importants travaux d’infrastructure et un marché asiatique qui tient l’avenir de ce XXIème siècle. La Russie est l’une des portes que nous ne pouvons pas négliger et notre civilisation en est plus proche que de la Turquie. 

Les français ont senti qu’il fallait sortir de la politique socio-libérale molle, porteuse de mesures sociétales et sécuritaires hasardeuses, en prise avec l’écologisme, et oscillant entre social et libéral sans progresser réellement ni dans l’un ni dans l’autre. Le tout était couronné par une politique étrangère de plus grande vassalité aux États-Unis. Le rebond démocratique est évident et le peuple aspire à être plus consulté sur les grandes décisions qui engagent son avenir en tant que nation. Le référendum sur la Constitution Européenne a laissé des traces ainsi que le rejet de celui sur le mariage pour tous. Ceci étant, les propositions de la droite par un homme, qui a conduit le pays pendant 5 ans en tant que Premier Ministre chargé de la mise en œuvre de la politique socio-économique, laissent des interrogations, car le carcan de l’UE et de l’euro nous ont conduit dans le mur. Même si nous avons mieux résisté que la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Italie, la France a régressé sur l’échiquier mondial, sa voix est de moins en moins entendue et sa vassalité de plus en plus contraignante. 

Le geste démocratique de la primaire reste dans la gueule du loup 

Mais la droite saura-elle éviter qu’elle nous emprisonne

Dans les crocs acérés des puissances de l’argent ? 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon