lundi 5 mai 2014

Si l'Allemagne elle-même le dit...


Les allemands commencent à s’éveiller à l’euroscepticisme car ils ne bénéficient pas comme nous de la semaine de 35 heures, d’un SMIG comparable au nôtre et d’un système social aussi sécurisant que le nôtre. La population décroit malgré l’apport d’une immigration turque et vietnamienne entre autres et Angela Merkel commence à ouvrir le marché du travail à une immigration des pays d’Afrique. Au souci démographique dont la cause vient d’une politique familiale insuffisamment développée, alors qu’elle l’était en RDA avant la chute du mur, vient s’ajouter le souci de la transition énergétique. 

Sigmar Gabriel, ministre de l’Économie et de l’Énergie allemand, vice-chancelier, a fait le 16 avril 2014 quelques déclarations qui en surprendraient plus d’un en France et en premier lieu les Verts et la Ministre de l’Écologie : 

« La vérité est que la transition énergétique ["Energiewende", le plan allemand visant à faire passer la part de la production "renouvelable" d'électricité à 80% en 2050] est sur le point d’échouer. La vérité est que, sous tous les aspects, nous avons sous-estimé la complexité de cette transition énergétique. La noble aspiration d’un approvisionnement énergétique décentralisé et autonome est bien sûr une pure folie ! Quoi qu’il en soit, la plupart des autres pays d’Europe pensent que nous sommes fous. 

Si ce n’était qu’un petit nombre, quoique grandissant, d’Allemands « sceptiques » jetant le doute sur l’escroquerie politico-économique de taille XXL qui a coûté à la population allemande plus de 500 milliards d’euros depuis sa création en 2000, nous n’aurions pas eu plus d’une note de bas de page dans la presse locale, noyée quelque part entre l’ « horoscope » et les « objets trouvés. » 

Sigmar Gabriel est le président des sociaux-démocrates allemands (SPD), la deuxième grande force politique du pays, et donc dans le même groupe européen que le parti socialiste français. Il est aussi depuis 2013 en tant que Ministre de l’Économie et de l’Énergie, responsable de ladite « Energiewende » (cf Ségolène Royal). Ceci rend d’autant plus décoiffants ses propos quand on les rapproche de ceux de son homologue « française ». Connu pour ses interventions musclées, il exprime avec colère le cauchemar technique et financier de ce projet bâclé de transition énergétique pour lequel l’Allemagne a cédé trop facilement à des lobbyistes agressifs dans le secteur des « énergies renouvelables ». 

Les déconvenues sont en effet de taille. Depuis 2000 le prix de l’électricité pour les ménages a augmenté de 200% et la note de 500 milliards, payés par la population allemande pour 13% de l’électricité produite par les énergies renouvelables, est impressionnante. Elle ne cessera de s’aggraver pour atteindre les 80% d’autant plus que ces énergies sont peu fiables et menacent la stabilité du réseau électrique (et à terme le nôtre compte-tenu des interconnexions européennes). Il semble d’ailleurs que d’ores et déjà les limites de la stabilité du réseau sont atteintes. C’est ce qui a poussé Sigmar Gabriel à s’exprimer au cours d’une soirée de débat dans les locaux de SMA Solar Technology AG, l’un des principaux producteurs allemands de panneaux et systèmes photovoltaïques ! C’est dire combien il est agacé par la pression exercée par ces constructeurs sur la politique gouvernementale. 

Il met en lumière que la seule alternative à l’énergie nucléaire, qui a été diabolisée sans cesse, à la réduction des émissions de dioxyde de carbone, étant les énergies renouvelables, est la nécessaire mise en œuvre de centrales thermiques classiques pour réaliser la stabilité du réseau. Ceci implique le retour au charbon. La réduction des émissions de carbone doit donc être abandonnée. D’ailleurs on le constate déjà dans les chiffres mais les centrales thermiques rejettent d’autres polluants que le CO2 (oxyde de soufre, oxyde d’azote, poussières) malgré les progrès faits dans le filtrage des fumées. 

Si l’Allemagne, qui possède des réserves charbonnières contrairement à nous, se pose des questions au plus haut niveau sur la validité de leur choix d’un pourcentage élevé d’énergies renouvelables, il serait temps que nos partis, qui gouvernent la France depuis le choix de l’euro, se posent la question de la folie de la transition énergétique. Elle a encore moins de raisons de la faire que notre voisine allemande. Ce pays a un grand avantage sur nous : il sait se remettre en cause. 

On dit que l’expérience des uns doit servir aux autres. 

Alors si ce n’est pas le cas, l’erreur est impardonnable ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon