jeudi 29 mai 2014

La valse des chiffres conduit à la contredanse !



La sanction des chiffres sur 2013 est dure mais les prévisions faites n’ont pas échappé à la mauvaise habitude de vouloir claironner plus fort que le souffle dont on est capable. Pour bien se présenter devant la Commission européenne et devant le peuple, on maquille les recettes après avoir regardé dans la boule de cristal. Le ministre du Budget a pris l’habitude de recenser les dépenses venant des ministères, d’en faire la somme et d’ajuster les recettes de façon à avoir le déficit prévu. 

Les deux variables d’ajustement des recettes sont la croissance et l’impôt. On peut forcer la croissance mais guère au-delà des prévisions de Bruxelles. Il reste donc l’impôt qui doit se plier aux désirs du Ministre du Budget avec une règle simple, 1% d’impôts en plus c’est 1% de recettes en plus… Manque de chance, ce n’est vrai que quand l’impôt est supportable. Pour ce faire il doit être sans effet notable sur le pouvoir d’achat des consommateurs et donc sur la TVA. Il doit être sans effet sur le prix des biens manufacturés, grâce à une augmentation identique de la productivité, et donc sur les impôts de société. Il doit être sans effet sur l’emploi et les salaires de façon à garantir le montant des impôts sur les revenus. 

Seulement voilà, nous ne sommes plus dans le supportable. Le chômage sévit, les salaires stagnent et le consommateur rechigne à prélever sur son épargne ou est déjà en surendettement. La consommation intérieure baisse et avec elle les recettes de TVA. De même les recettes de l’impôt sur le revenu sont alors entraînées à la baisse. Moins de consommation c’est moins de bénéfices pour les entreprises qui paient moins d’impôts quand elles ne se délocalisent pas ou ne meurent pas. 

« Trop d’impôt, tue l’impôt ». C’est l’extraordinaire révélation que Manuel Valls fait à un peuple médusé de tant de génie, tardif il est vrai. Finalement 2013, c’est 0,3% de croissance, 14,6 milliards de moins de recettes que prévu et un chômage qui augmente toujours. C’est une sanction d’autant plus dure que l’on prévoit 50 milliards de dépenses supplémentaires d’ici 2017 et que nous avons obtenu un sursis jusqu’en 2015 pour ramener le déficit à 3% du PIB. Nous n’avons même pas réussi en 2013 à réduire le déficit comme prévu et nous engageons des dépenses supplémentaires en augmentant la pression fiscale pour 2014. 

Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, les prévisions de 2014 s’annoncent déjà comme impossibles à réaliser. La croissance ne sera pas au rendez-vous car le premier trimestre est largement inférieur à la prévision et celle de la croissance de la zone euro aussi. La BCE réfléchit à une nouvelle relance par un nouveau « Quantitative Easing » à l’européenne, c’est-à-dire au rachat d’obligations pourries des banques. Ceci revient à introduire des liquidités qui ne sont que de la monnaie de singe dont la plus grande part revient aux marchés, donc à la spéculation, et le reste à l’économie productive. 

Si beaucoup d’électeurs n’ont rien compris pour quoi et pour qui on les faisait voter dans ces élections européennes, ils ont compris qu’on voulait les enfumer, que les promesses de jours meilleurs n’étaient que des promesses de gascon et que l’Europe et son euro ne servaient pas le peuple mais une élite technocratique et financière. La piètre prestation du mauvais prestidigitateur en chef a suffi pour lui indiquer que le temps était venu de sanctionner celui qui stationne en double file sous prétexte de livraison, ne livrait que du vent. L’électorat lui a infligé une double contredanse et lui a fait comprendre que s’il persistait à stationner, il était menacé d’enlèvement. 

Par cette sanction les Français ont aussi envoyé un message clair à l’Europe de l’austérité et du déni de démocratie comme plusieurs autres peuples européens. L’euroscepticisme a fait un bond spectaculaire dans des grands pays comme l’Italie et l’Espagne. Les peuples ont montré que l’euroscepticisme ne voulait pas dire « europhobie » dont les européistes s’empressent de les affubler. La réappropriation de l’Europe est en marche. L’Europe des technocrates, des politiciens aveuglés ou complices, des financiers et des lobbies s’inquiète.

La réunion aujourd’hui de Bildeberg  comme celle de la Commission Trilatérale il y a un peu plus d’un mois, ces puissances de l’ombre dont les réflexions ne sont jamais publiées mais interfèrent sur les décisions des États, bruissent de cet affront des peuples qui ébranle le plan de servage en cours. Une chose paraît certaine : d'une part, le processus de mondialisation et de casse sociale planétaire est en marche depuis longtemps ; de l'autre, la force de la réaction des populations européennes a vraisemblablement pris au dépourvu les milieux décideurs installés. 

Le mensonge public, comme le déni ou la dissimulation, 

Est le symptôme d'une démocratie 

En pleine déliquescence. .. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon