mercredi 28 mai 2014

Le séisme du triple NON !



Non à Hollande, Non à l’Europe de la finance, Non à la France vassalisée, c’est le triple NON que les français ont lancé à la face du monde et de leurs politiciens, fossoyeurs de la France depuis quarante ans. Ces derniers n’avaient pas semblé comprendre l’avertissement des municipales. L’arc républicain avait finalement perdu des plumes mais le PS n’avait que lâché de l’embonpoint dû à la sanction de Sarkozy et l’UMP avait affiché une vaguelette bleue qui le laissait encore en tête des partis politiques. La percée du FN n’avait pas balayé l’espace politique. Tout allait pouvoir continuer dans l’hégémonie européiste et désormais néo-libérale avec un zeste de socialisme.

Il fallait un homme au poteau d’exécution et de préférence un fidèle qui avait scrupuleusement appliqué les recettes hollandaises sans marquer la moindre hésitation, ce genre de taureau qui fonce bêtement sur le chiffon rouge du toréador. Jean-Marc Ayrault fut condamné et renvoyé à l’Assemblée comme simple député. Dans le spectacle le remplacement du taureau par les passes du toréador Manuel Valls allait marquer ce quinquennat d’un souffle nouveau. Hélas le toréador dès son entrée en piste n’a pas apporté la lumière de son habit. Son discours n’a pas lancé de nouvelles banderilles, le nouveau spectacle reprenait l’ancien et les spectateurs de l’arène étaient invités à applaudir. Tant de persévérance et d’obstination méritait des applaudissements. 

Les européennes s’annonçaient difficiles mais l’Europe devait tenir bon grâce à la conviction européiste du Centre, à la détermination de Hollande de dire son fait à l’austérité devant la Commission européenne et Angela Merkel, et grâce aux aménagements que soutiendrait l’UMP. Le mur des européistes béats, des européistes par tactique, des défenseurs des égalités tous azimuts, des changements sociétaux et des grandes entreprises ne devait pas céder, reculer tout au plus. Hollande avait un plan depuis le  14 janvier et mis en place désormais un maître des basses œuvres, ambitieux à souhait et aimé des français pour l’instant. La confiance des gouvernants devait s’alimenter d’auto-persuasion à défaut de votes favorables mais le Président tenait la barre même vent debout.

Le 25 mai une déferlante s’abattait sur le bateau France, ravageait le pont, emportait moult de ceux qui étaient à l’ouvrage et envahissait la salle des machineries et des combines. Le capitaine Hollande mandatait son porte-voix pour donner l’ordre au timonier de garder le cap droit dans le brouillard et aux mécaniciens de pousser les feux. Pour que l’équipage ne s’affole pas de la surcharge d’eau embarquée qui tirait le bateau vers le fond, le capitaine comptait sur ce brouillard et annonçait que, le danger étant passé, il pouvait désormais s’enfermer dans sa cabine et refuserait désormais d’en sortir. Son second suffisait à la manœuvre. 

Mais cette fois le navire est gravement touché, l’équipage décimé et en guenilles, le capitaine doute de son étoile et les officiers doutent de leur capitaine. Devant eux se dresse un iceberg de défiance, d’euroscepticisme et de ras-le-bol. Tout semble arriver à terme. Le chômage continue à augmenter, les usines à se vendre aux intérêts étrangers ou à se délocaliser, les impôts à ne pas rentrer, les investissements à faiblir, la croissance à frôler la nullité, le déficit public à grandir et les prévisions budgétaires entachées d’un optimisme béat. Même les généraux sont prêts à démissionner. Nos armées piétinent en Afrique et manquent de moyens matériels. Notre diplomatie ne rayonne ni en Syrie ni en Ukraine.

Les promesses du « Tout ira mieux demain » ont fait long feu. Le peuple a dit trois fois NON mais le Président s’entête et déplore que son prédécesseur lui ait rendu la tâche difficile et que l’Europe lui mette des bâtons dans les roues. C’est pour cela que l’excellent cap qu’il a donné à la France, cap qui a d’ailleurs le tournis, met tant de temps à donner des résultats. Il ne saurait être question de responsabilité de son décideur qui, comme le Pape, est porteur d’infaillibilité. SI pour moins que cela des directeurs perdent leur place, des entraineurs de football sont renvoyés, c’est qu’ils ne sont pas Président de  la République. 

Le Président et les partis de gouvernement et du Centre sont sanctionnés. Le premier pour incapacité notoire. Quand on n’a pas brillé comme Président d’un Conseil général, on ne fera pas mieux à la tête d’un Etat. La seule différence c’est que les conséquences en sont plus importantes. Pour les partis européistes, leur erreur est de n’avoir pas accepté le débat sur l’Europe que les français veulent et non pas automatiquement celui que leurs élites ont bâti… pour eux-mêmes et la finance. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Parce que leur argumentaire se limite à celui de la paix, et à des promesses qui fuient devant nous comme des mirages.

La Paix est due essentiellement au concept de dissuasion nucléaire. L’euro n’a pas protégé ceux qui l’ont pris, sauf le pays qui a simplement changé le nom de sa monnaie en passant du mark à l’euro. Les pays qui ont refusé l’euro se comportent globalement plutôt mieux. On ne peut donc retenir ni l’argument de l’euro qui protège, ni celui du catastrophisme de sortie de l’euro. La frilosité actuelle de l’opinion sur une sortie de l’euro ne tient qu’au matraquage que l’on fait sur l’impossibilité d’en sortir sans catastrophe. Une lente ré-information commence à porter ses fruits et les électeurs ont manifesté leurs doutes sur le pouvoir, l’euro et ses institutions en s’abstenant ou en donnant leur voix à ceux qui ont voulu ouvrir un débat démocratique sur l’Europe et l’euro. 

Il n’est pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre

Du printemps arabe, au soleil couchant français, 

Le peuple peut déboulonner les autistes !

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon