vendredi 30 mai 2014

Le peuple gronde, l’oligarchie avance !

Il ne faut plus donner la parole au peuple surtout pour tout ce qui touche à son avenir. Sarkozy l’a compris en faisant voter la copie conforme de la Constitution Européenne, le traité de Lisbonne, par le Parlement. Il n’était pas question de se faire imposer le refus de la Constitution par le peuple. Le référendum était une très mauvaise idée. J’aurais dû me souvenir de ce qu’il en avait coûté au Général De Gaulle de proposer un référendum sur la décentralisation, a pensé Sarkozy. La leçon a été retenue, le référendum est le pire instrument du pouvoir et n’est à utiliser qu’en dernière extrémité. C’est pourquoi tout a été mis en place pour que le référendum d’initiative populaire ne puisse voir le jour tant les conditions d’application sont restrictives. Il est à l’initiative d’un cinquième du Parlement, les électeurs, signataires de la pétition, ne venant qu’en appui. Le texte de loi ne sera d’ailleurs applicable qu’au 1er février 2015 !

Le nombre de signataires doit atteindre un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales soit environ 4.600.000 auxquels il faut ajouter 185 députés ou sénateurs sur 925. Il ne s’agit en fait que d’un référendum d’initiative partagée entre le Parlement et les électeurs. De plus aucun pays n’a imposé un tel pourcentage de signatures. La Suisse demande 100.000 signatures, et l’Italie 500.000 soit neuf fois moins que la France. C’est pourquoi le pouvoir peut facilement rejeter les demandes de référendum faites par les manifestations populaires. La démocratie directe est rejetée de fait par le pouvoir et les parlementaires. Les modifications sociétales, et tout ce qui touche au fonctionnement et à l’appartenance à l’Europe, ne doivent plus faire l’objet d’un vote populaire direct considéré comme trop dangereux tant les élites politiciennes se sont éloignées du peuple.

C’est pourquoi seules les élections présidentielles, des collectivités territoriales et des députés français et européens peuvent encore permettre au peuple d’exprimer sa volonté voire sa colère. Le 25 mai la colère n’est pas venue seulement de la crise économique, mais de l’immigration massive, de la perte d’identité, de l’effacement de la démocratie, du mondialisme… Elle s’exprime d’autant mieux qu’elle est jugulée et son ampleur montre combien le déni de démocratie est grand. Le peuple gronde dans les urnes mais l’autisme du pouvoir peut vite dégénérer dans une colère de la rue avec toute la violence qu’elle peut libérer.

Pendant ce temps TAFTA fait tranquillement son entrée porté par une oligarchie financière mondialiste. TAFTA, cela ne vous dit rien ? C’est tout bonnement le Grand Traité Transatlantique (GMT) de libre-échange, le « Transatlantic Free Trade Area ». Cet accord garantit des conditions de commerce optimales dans toute la zone du monde dit « occidental ». Qui dit conditions de commerce optimales dit que tout État qui tentera de s’élever contre une décision d’une multinationale devra répondre de ses actes devant un Tribunal international indépendant. 

On va encore nous vendre ce traité comme une bonne opération pour la France et pour l’Europe en nous parlant d’harmonisation des normes facilitant les échanges commerciaux. Pourtant nous croulons sous les normes européennes dont le champ d’action n’a plus de limites raisonnables. Rien ne leur échappe, même pas la dimension des cages à poules. En fait cet aspect est à priori marginal devant le renforcement des pouvoirs des multinationales au détriment des Etats. Car une fois le traité mis en place, les entreprises pourront porter plainte dès qu’elles jugeront qu’un État, par ses lois et règles, porte atteinte à ses profits réels ou espérés. L’Etat qui voudra s’opposer à une de leur décision devra répondre de ses actes devant un tribunal international indépendant, indépendant des Etats… donc privé !

On peut facilement prévoir que les Etats ne gagneront pas souvent vu que l’indépendance du tribunal sera vite achetée par les multinationales, comme les Commissaires européens sont l’objet de toutes les influences des lobbies à Bruxelles. L’Europe pourra s’alimenter au poulet chloré, au bœuf aux hormones, au porc à la ractopamine, etc. En revanche, elle pourra dire adieu au salaire minimum, à la neutralité du net, à la sécurité sociale, à l’exception culturelle etc. Le peu de souveraineté qui reste au peuple va définitivement passer dans les mains des multinationales, des puissances de l’Ombre.

L’opacité de ce traité ne fait déjà plus aucun doute, pas plus d’ailleurs que pour les ardents défenseurs parmi lesquels on retrouve la présence des multinationales et des banques dont Goldman Sachs évidemment avec Guillermo de la Dehesa, un conseiller de cette magnifique banque, entouré entre autres d’un conseiller d’un laboratoire pharmaceutique et d’un ancien dirigeant de Coca-Cola. Tout ce beau monde dirige le CERP (Center of Economic Research Policy), qui est l’auteur d’un rapport selon lequel le Traité provoquera un essor économique en Europe et permettra à tous les ménages de gagner la bagatelle de 500€/an en plus à partir de 2029. J’ai peur qu’avec l‘inflation il ne reste pas grand-chose de cette somme dans quinze ans.

On retrouve aussi à la tête de la FDA (Food and Drug Association) Michael Taylor, ex vice-président de la multinationale à boycotter, Monsanto. Autrement dit on va nous vendre des mirages pour permettre aux lobbies internationaux et autres groupes d’influence de passer outre aux décisions étatiques qui ont bloqué de nombreux produits non conformes selon nos critères sanitaires et sécuritaires. Il s’agit tout simplement d’ouvrir aux multinationales américaines le marché européen, beaucoup plus important que le marché américain, et de supplanter les souverainetés étatiques afin d’accéder au libéralisme sans contrainte. Sur le plan géostratégique, c’est déconnecter un peu plus l’Europe de la Russie. Le peuple dans tout cela ne compte pas et on ne lui demande pas son avis. 

« Il est des heures graves dans l'histoire d'un peuple

Où sa sauvegarde tient toute dans sa capacité

A discerner les menaces qu'on lui cache. » 

Appel de Cochin, 6 décembre 1978. [ Jacques Chirac ] 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon