vendredi 16 mai 2014

L’euro catastrophe, qu’est-ce à dire ?



Nous sommes invités à voter d’ici peu pour élire nos représentants au Parlement européen et le débat sur le maintien de notre participation à l’Union Européenne et à la monnaie unique. La campagne ne fait pas l’objet de débats sérieux et argumentés très nombreux sur ces  points. En fait les partis sont beaucoup plus préoccupés de leur score électoral que de rentrer dans des débats à contenu géostratégique et économique. Le débat politique est donc centré sur des slogans qui évitent le sujet mis à part les partis extrêmes. Pour tous les autres, l’appartenance à l’UE et à la zone euro est une évidence qui ne demande que quelques aménagements du style : « Les problèmes viennent du fait qu’il n’y a pas assez d’Europe ». 

L’éventualité d’une remise en cause de ces dogmes ne vaut que des volées de bois vert comme cette saillie de Jupé : « Sortir de l’euro serait catastrophique ! ». Après cela il n’y a plus qu’à se taire puisque cela suppose qu’au-delà de cette affirmation, il n’y a que des zones d’ombre et des avenirs putrides. Pourtant de plus en plus d’économistes indépendants (il en reste) et pas des moindres, français, européens et américains, pensent que la sortie de la monnaie unique est indispensable pour relancer l’économie de notre pays. Une majorité de français sont déçus par l’euro mais ils hésitent à le quitter parce que… sinon c’est la catastrophe ! Donc tant pis on n’y croit plus mais on rentre la tête sous la capuche pour ne plus rien voir, pour ne plus penser. 

Mais de même que le chef a toujours raison, les politiques allant du PS à l’UMP et hors quelques rares exceptions, ont voté, promu l’euro et les traités qui nous lient au sein de la zone euro. Ils n’ont ni le courage, ni l’honnêteté d’avouer que leurs promesses d’Europe sociale, d’Europe qui protège, d’Europe dont la monnaie unique va garantir la prospérité et rendre grandeur et fierté à ce continent, se sont évanouies dans des soubresauts d’après crise qui augmente la pauvreté et la précarité dans la plus grande partie des pays de la zone euro. Ils perpétuent donc l’illusion et martèlent l’opinion de slogans destructeurs de toute idée de sortie de l’euro. 

Pourtant les chiffres sont là, sans bavure, sans équivoque. Les pays de la zone euro, hors Allemagne, reculent par rapport à la moyenne des pays hors euro et des grands pays du monde sur le plan du chômage, de la croissance et des investissements. Ces deux derniers sont les moteurs de l’emploi. De 2001 à 2007, le taux de croissance du PIB était selon le FMI de 1,9% dans la zone euro mais de 2% en Suisse, de 2,6% au Royaume-Uni et de 3% en Suède,  trois pays de l’UE hors zone euro, et de 2,3% en Norvège pays européen hors UE. 

On ne parlait pas encore de crise à cette époque et l’euro alimentait les transactions depuis 2000. Lors de la crise financière de 2008 on aurait pu penser que la zone euro résisterait mieux. Il n’en est rien, hors l’Allemagne dont le taux de croissance a été de 3,34% de 2008 à 2013, la Grèce reculait de 23,29%, l’Italie de 7,7%, le Portugal de 7,13%, l’Espagne de 6,75%, les Pays-Bas de 3,75%. La France ne réussissait qu’à maintenir sur 5 ans une croissance 0,72% soit 0,14% par an, c’est-à-dire une stagnation. Il est clair que la compétitivité n’a pas joué le même rôle pour tous ces pays et elle a été moins défavorable pour la France que pour les autres pays du sud. C’est une remarque fondamentale car la grande bénéficiaire est l’Allemagne  dont l’économie n’a pas craint la parité avec les autres monnaies. 

Une autre clé de la santé économique, donc du chômage, c’est l’investissement et là encore les différents pays de la zone euro ont réagi de façon très diverse. De 2008 à 2013 l’investissement en Allemagne a diminué de 1,1% mais de 74,8% en Grèce, de 62,8% en Espagne, de 35,6% au Portugal, de 31,3% aux Pays-Bas, de 26,6% en Italie, de 10,3% en Belgique et de 9,1% en France. Nous sommes en tête des pays du sud mais nous n’avons gère fait mieux que la Belgique. De plus notre balance commerciale est la plus déficitaire de tous ces pays, hors Grèce, avec près de 2% du PIB en 2013. 

Dans un contexte où la croissance de la zone euro est plus faible que prévu, 0,2% au lieu de 0,4%, et nulle chez nous, et étant admis qu’une croissance au-delà de 1,5% peut seule faire baisser le chômage, il n’est pas étonnant que 23.600 emplois français ont été détruits dans le secteur marchand au premier trimestre. Il est de même plus que probable de voir le chômage augmenter sur l’année et notre croissance être plus faible que prévu. Avec 11% de chômeurs en 2013, nous sommes derrière la Grèce et l’Espagne avec 27%, le Portugal avec 17,5%, juste derrière l’Italie avec 12,5% mais loin devant l’Allemagne avec 5,5%. 

Il ressort de ce tour d’horizon des chiffres, que nos politiques européistes nous cachent une double évidence. Premièrement l’euro est trop fort pour la France qui perd du terrain par rapport aux pays de l’OCDE. C’est le discours que tient Arnaud Montebourg, et c’est sur quoi on planche aussi au gouvernement sur un scénario de 10% de baisse de l’euro dont le bénéfice sur la croissance ressort des ordinateurs… mais chut ! Deuxièmement l’Allemagne se porte très bien avec un euro oscillant entre 1,35$ et 1,40$, la France non et c’est pire pour les autres pays du sud avec des disparités encore très grandes entre la Grèce et l’Italie par exemple. 

Il faut donc réajuster les monnaies en fonction des possibilités exportatrices des différents pays de la zone euro. De nombreux économistes prônent une monnaie à 1,5$ pour l’Allemagne, à 1,1$ pour la France, 1,05$ pour l’Italie et 0,95$ pour l’Espagne. Comme le prône Chevènement, DLR, MPF et d’autres partis hors système, il faut une monnaie commune, qui serve aux échanges internationaux, à laquelle sont liées les monnaies nationales par une parité librement consentie et révisable. Cela a déjà existé avant l’euro et a donné satisfaction. Tout est fait pourtant pour brouiller les cartes et les esprits et pour que la démocratie ne puisse réellement s’exprimer en toute connaissance de cause, car l’intérêt des puissances de l’argent et des politiques accoquinés n’est pas celui des peuples européens. Faudra-t-il une révolution ? 

La catastrophe vers laquelle nous allons tout droit 

N’est pas celle que prédisent les enfumeurs, 

C’est rester dans l’euro ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon