lundi 12 mai 2014

Notre Défense en peau de chagrin…



Les évènements d’Ukraine montrent que lorsque des blocs s’affrontent tout peut arriver. Il suffit d’une étincelle, d’un acte ou d’une parole malheureuse. Les faucons existent dans les deux camps et ils sont prêts à l’affrontement. Nous venons d’envoyer quelques avions en Pologne pour montrer que notre vassalité est toujours présente pendant que notre Président parade en Azerbaïdjan conscient qu’il peut s’adosser sur l’OTAN pour défier la Russie. 

Nous sommes bien loin de pouvoir montrer notre force ailleurs que sur des terrains où sévissent des bandes plus ou moins organisées comme au Mali ou en Centrafrique. Le budget de la Défense est le plus diminué. Certains députés parlaient même, au moment du Livre Blanc, de vendre notre porte-avions nucléaire. Nous manquons de tout de la base aux équipements sophistiqués malgré les quelques drones achetés aux USA. Nous manquons pour nos soldats de gilets pare-balles, de chaussures, de robots, de munitions, de fusils d’assaut, de treillis de qualité. La maintenance fait des exploits pour fournir un matériel en état pour les véhicules, les armes dans nos expéditions au Mali et en Centrafrique. Nous manquons de véhicules blindés, d’hélicoptères sur roues, de matériel chirurgical. Pour notre force de projection, il nous faudrait un deuxième porte-avions et un deuxième groupe aéronaval. 

Cela coûte me direz-vous, mais le prix de notre indépendance est bien inférieur au coût de notre déclin. Par contre nous avons une armée de généraux inutiles… 5500, qui sont maintenus en activité pendant que l’on supprime s dizaines de milliers d’emplois d’hommes du rang et de sous-officiers. Les officiers encombrent les postes administratifs souvent sans aucune efficacité pour des métiers pour lesquels ils n’ont pas de compétence. Tout cela s’inscrit dans une stratégie de réduction budgétaire qui voit l’efficacité de notre armée diminuer d’une façon inquiétante. 

Alors le socialisme, qui ne recrute pas beaucoup de votes dans les rangs de l’armée, fait briller des opérations sur le territoire africain au nom de l’humanisme et de la démocratie, comme on valorise un cache-misère. Le peuple français applaudit notre armée au Mali et le Chef des Armées qui y vit le plus beau jour de sa carrière politique. Se battre pour les autres au nom de la démocratie, de la défense des libertés, à quelle plus belle entreprise pour nos armes et la Patrie de la Liberté peut-on rêver ? Notre force était telle que l’ennemi a disparu dans la nature sans combattre et nous n’avons eu qu’un mort. L’ennemi était ces infâmes djihadistes… à ne pas confondre avec les islamistes, qui partout ailleurs ne rêvent d’aucune conquête de l’islam sur les populations, n’est-ce pas ? La presse et même l’UMP parlent donc d’un exploit français dans une lutte du bien contre le mal. 

La vérité, que l’on a soigneusement masquée ou dénaturée, est bien sûr toute différente, même si les troupes françaises ont permis à l’armée régulière malienne de reprendre les villes de Gao et de Tombouctou. Le dirigeant du Mali au secours duquel la France s’est engagée n’était issu que d’un coup d’Etat. De plus l’ennemi était plus complexe et constitué de deux groupes : les rebelles Touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad et les djihadistes d’Ansar Dine. Les Touaregs n’étaient ni plus ni moins que les pro-russes en Ukraine. Mais la spectaculaire percée de nos troupes n’a pu se faire que par la tactique adoptée par « l’ennemi », tactique ancestrale, qui consiste à fuir ou à se cacher le temps que la situation se retourne en sa faveur. Cette tactique est d’ailleurs celle de l’Islam conquérant, on ne fait la guerre que lorsque l’on est les plus forts. 

Notre présence au Mali est partie pour des années et notre concentration sur Gao ne permet pas de contrôler un pays aussi vaste, où la fiabilité de l’armée régulière malienne n’est pas garantie et incite les militaires français à s’en méfier. Le triomphe de notre Président à Bamako a été suivi, dix jours après d’une dégradation sous la forme de prises d’otages français et d’embuscades qui coûtèrent la vie à un soldat, ce qui a donné lieu à des obsèques quasi nationales en présence du Premier Ministre. Ceci montre d’ailleurs le décalage entre une armée qui doit éviter au maximum les pertes humaines (guerre propre ?) et des djihadistes qui font peu de cas de la vie humaine, voire souhaitent pour eux-mêmes une mort glorieuse à leurs yeux. 

La France autrefois affrontait de grands pays, de grandes alliances. 

Aujourd’hui les USA nous laissent le champ d’action africain, 

Celui où l’on triomphe sans gloire mais grâce aux médias, 

Et à la communication tronquée et mensongère ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon 
Commandant d’État-major de Réserve