lundi 19 mai 2014

Ce qui doit arriver est souvent prévisible hélas !



Au Mali les préfets de Kidal, Tin-Essako, Tinzawaten ainsi que quatre sous-préfets de la région de Kidal assassinés par les Rebelles. Le bilan est de 36 tués, dont huit militaires, et une trentaine d’otages, selon le ministre malien de la Défense Soumeylou Boubèye Maïga tandis que le MNLA, disposant de combattants armés dans la ville, a parlé d’ »une dizaine de soldats maliens morts » et de « 30 prisonniers, dont deux blessés remis au CICR (Comité international de la Croix-Rouge) ». 

L’Armée malienne est sur le pied de guerre et envoie des renforts à Kidal. Les États-Unis réclament la libération des otages. La France fait chorus en essayant de crier un peu plus fort que les autres. L’armée française n’a rien empêché de cette décapitation de l’administration malienne ni de ses officiers. L’opération stabilisation est en passe d’être ratée et l’instabilité du pays renaît. Ce verbe ne reflète d’ailleurs pas la situation de calme apparent après un repli stratégique des Rebelles dans un pays corrompu où aucun des problèmes de fond n’a été résolu. 

Tout cela était prévisible comme je l’ai déjà écrit. Noirs de l’Ouest, djihadistes et Touaregs s’affrontent toujours au nom d’oppositions datant de l’esclavagisme et de territoires réclamant une très large autonomie, en réalité leur indépendance. La simple lecture de la carte et de l’histoire du Mali suffit pour se faire une idée sur l’inaptitude de la solution prise par la France dans ce conflit intérieur. Le prétexte invoqué de lutte contre les djihadistes et d’empêchement à la progression de cet Islam armé ne justifie pas l’ingérence à moyen terme d’une ancienne puissance colonisatrice. Tôt au tard la France sera honnie et rejetée comme une force d’occupation. 

Nous rentrons dans la géostratégie américaine qui allume des feux un peu partout et projette ses forces militaires ou celles de ses alliés. C’est l’Afrique francophone elle-même qui doit se prendre en charge et même l’Afrique toute entière car tout y bouge. Les frontières tirées d’un trait de plume sur la carte craquent car elles ne respectent ni la géographie physique, ni les ethnies, ni les religions. L’Afrique reprend son destin en main sous nos yeux au moment où son économie prend son essor. 

La Chine a mis l’Afrique comme un continent indispensable à son développement. Elle s’y implante en particulier en participant ou achetant des ressources minières et en enlevant les marchés sur la construction des infrastructures. Les Etats-Unis, qui ne peuvent être partout, agissent diplomatiquement et économiquement, laissant à la France la force d’intervention militaire sous prétexte de son passé colonial. On voit d’ailleurs que nous n’hésitons pas à dépasser notre domaine francophone pour être leader dans une ancienne colonie britannique, le Nigéria, avec la conférence de Paris sur la situation de ce pays. 

Notre jeu de supplétifs nous amène à une politique française incohérente avec ses intérêts propres. Nous combattons les djihadistes au Mali, armés par l’Arabie Saoudite et les émirats du golfe, mais nous sommes à leur côté en Syrie. Nous n’hésitons pas à œuvrer avec les israéliens et les États-Unis en Ukraine, israéliens en lutte avec les Palestiniens soutenus par les sunnites de l’Arabie. 

Ce qui va arriver en Ukraine et qui  a déjà commencé, c’est une protestation démocratique transformée en guerre civile par l’action des ingérences extérieures dont nous faisons partie. Après avoir aidé les manifestations de Kiev et avoir fait destituer le Président élu en dehors du respect des règles constitutionnelles de ce pays, nous mettons tout notre poids pour qu’une élection présidentielle ait lieu le  25 mai alors que dans la réunion de conciliation, les militants indépendantistes de Donetsk et Slaviansk n’y ont pas été conviés. Seuls des hommes du « Parti des Régions », le parti de l’ex-Président Yanoukovitch ont accepté de s’y rendre, mais à titre personnel. 

Au côté des américains nous ne cessons d’intervenir en Afrique et aux frontières de l’Europe en jetant de l’huile sur le feu. A chaque fois la situation empire. Regardons l’œuvre à laquelle nous participons. En Afghanistan, les talibans reviennent faire des attentats à Kaboul. En Tunisie les étudiantes reprennent le voile. En Lybie, l’affrontement armé entre Benghazi et Tripoli reprend et les noirs sont massacrés ou fuient. L’arsenal militaire de ce pays alimente les actions de mercenaires et des différentes composantes armées de la guerre sainte musulmane. La Syrie est un pays détruit pour longtemps, où les tensions ethniques et religieuses sont exacerbées. Les feux de guerre en Afrique ne cessent d’être alimentés. L’Ukraine est soit au bord de l’extension de la guerre civile soit de l’explosion territoriale. 

Qui a intérêt à tout cela, c’est là la véritable question car tant de coïncidences ne sont pas dues au hasard… ? Ceux qui tiennent les cordons de la bourse et ceux qui s’enrichissent. Ceux qui manipulent les chefs d’Etat, ces puissances de l’ombre présentes et souvent incitatrices de tous les grands conflits même mondiaux. Pour eux le sang versé ne tâche pas leurs ambitions de puissance par l’argent ! 

Ces évènements ne sont que la concrétisation de la géopolitique 

Celle de l’affrontement du monde américano-transatlantique 

Envers les pays émergents contrant son hégémonie. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon