jeudi 31 mai 2018

Le piège s’est refermé sur l’Italie !


Les élections italiennes ont, un peu comme en France, mis de côté les anciens partis dirigeants, mais sans promouvoir un homme ni de gauche, ni de droite, ni du centre d’ailleurs. Cet homme est le jeune et fringant banquier, prévu de longue date par Rothschild et toute la bande des pensionnaires oligarchiques et leurs invités des réunions des groupes Bilderberg, CFR, Trilatérale, Davos et consorts. Les Français, chauffés à blanc depuis 50 ans sur les bienfaits de l’UE et de l’euro, matraqués médiatiquement par les unes des médias pendant dix mois, ont cédé aux oracles ou se sont réfugiés dans des extrêmes gauche-droite sans espoir de gouverner. Leur véritable vote de protestation s’est exprimé dans les abstentions, petite statistique gênante l’espace de quelques jours pour le vainqueur. La voie était libre pour une politique d’austérité européenne et dès son élection le nouveau Président recevait le document de « recommandation » contenant les Grandes Orientations de la Politique Économique européenne.

On peut désormais constater combien le gouvernement met d’ardeur à les suivre, en soulageant les impôts des entreprises, en supprimant l’ISF sur les capitaux, en facilitant les licenciements, en ponctionnant le peuple sur les prestations sociales, par la CSG sur les retraites, par la suppression des APL, par l’ubérisation des professions réglementées, par la préparation des entreprises publiques à la concurrence tout en préparant leur rachat par le privé en épongeant une partie de la dette. Comment diminue-t-il le déficit ?  En vendant des fleurons entiers de notre industrie où l’État avait le contrôle, et en inventant et en augmentant une multitude de taxes dont celles sur les carburants. On peut désormais constater que l’austérité concerne essentiellement les particuliers, l’État se permettant, de surfer sur un déficit programmé de 83 milliards en 2018, déficit en augmentation de 23% par rapport à 2017, et d’arroser les grosses fortunes, et les sociétés sont surtout les plus grosses. L’austérité pour l’UE, c’est la ceinture serrée au maximum sur les particuliers, et desserrée pour les autres. L’État se permet même de nous persuader que nos efforts sont indispensables pour éviter le pire, et nous prépare pour une prochaine nouvelle ponction, tant les indicateurs à venir ne sont pas près de tourner au beau fixe. 

Si les français n’ont pas encore compris être les pigeons de la farce, condamnés à subir la loi de l’UE et de l’oligarchie financière toute puissante, les italiens, ayant une avance sur nous pour l’austérité, l’ont majoritairement découvert et manifesté lors de leurs élections législatives. Si la France a « démocratiquement » (enfin passons) conservé la camisole de force de l’UE, les choses se sont passées différemment de l’autre côté des Alpes. Les Italiens ont bouté hors du pouvoir le parti démocrate, mais aussi tancé l’ancien parti dirigeant de Silvio Berlusconi pour donner sa préférence à des partis émergents, dont le Mouvement 5S parti un peu hétéroclite, mais mus par le désir commun de reprise de souveraineté de leur pays. C’est sur ce thème de la souveraineté que l’union de la Lega, classée à droite, et le M5S a pu se faire grâce à l’entremise de Berlusconi. La présentation d’un programme commun soutenu par Conte, une personnalité inconnue et issue du milieu universitaire, au Président de la République Matarella, a soulevé beaucoup d’objections de sa part avant de donner son accord. Néanmoins la sortie de crise paraissait possible. En refusant de nommer l’eurosceptique Savona ministre de l’économie, le président Matarella a bloqué la formation du gouvernement de M. Conte, qui a démissionné.

La raison avouée de l’opposition de Matarella est l’euroscepticisme d’un Ministre en première ligne à Bruxelles et rejetant les directives d’austérité imposées à l’Italie. Mais il y avait pire c’est la perspective de sortie de l’euro par l’Italie. Matarella a aussitôt reçu les félicitations de Macron et le soulagement de Merkel qui n’entend pas laisser l’Italie bousculer l’ordre établi sans suivre les vœux de l’Allemagne souhaitant mettre en place la possibilité d’une sortie ordonnée de l’euro. Ceci s’entend par une sortie dans des conditions telles qu’elles soient le moins défavorables possibles pour l’Allemagne, sachant que 450 milliards de créances italiennes sont dans les comptes de la Bundesbank et qu’on parle de 600 milliards de dette de l’Italie vis-vis de la BCE. On est sur des sommes mettant en danger l’équilibre de toute la construction européenne. Matarella s’apprête alors à nommer un gouvernement provisoire de transition, dont la mission est officiellement de préparer les futures élections. Le Président italien a nommé un technicien pour le diriger, mais Carlo Cottarelli, est un ancien fonctionnaire du FMI, aujourd’hui directeur de l’observatoire des comptes publics, surnommé Monsieur Ciseaux pour le rôle qu’il a tenu dans la réduction des dépenses italiennes en 2013 et 2014. Le représentant de Cinq étoiles, Di Maio, s’étrangle et demande la destitution de Matarella au titre de l’article 90 de la constitution italienne et la traduction du président devant le parlement italien réuni en haute cour. 

On est dans la Comedia del Arte mais l’UE a refermé le piège sur l’Italie jusqu’aux élections probables en septembre. Cotarelli, contré par le Parlement italien, ne pourra que gérer les affaires courantes, mais l’UE et Merkel ont gagné du temps. Il faut remarquer le silence de la coalition sur l’appartenance à l’OTAN et sa non remise en cause. Les Etats-Unis pavoisent car c’est finalement eux qui mènent la danse dans l’UE dont la Défense leur est soumise par les traités avec l’OTAN. D’ailleurs l’appartenance à l’OTAN est devenue de fait un préalable à l’adhésion à l’UE. C’est ainsi que l’Ukraine et la Géorgie, de fait dans l’OTAN, sont sur la liste des pays admissibles à l’UE. Il en est de même pour la Turquie, mais là il semble que celle-ci mène désormais un double jeu entre les États-Unis, l’UE et la Russie. L’OTAN a des bases en Italie avec des stocks d’armement nucléaires, c’est normalement interdit pour ce pays, mais les États-Unis la paient pour cela et rapportent ainsi à l’économie italienne. D’ailleurs pendant ce temps de contestation du peuple italien, la première Brigade mécanisée américaine débarque à Anvers 800 hommes et leur matériel, direction deux bases de l’OTAN en Pologne puis stationnement juste derrière une frontière de la Russie.

Le coup d’État du Président Matarella, puisque le motif de refus évoqué n’entre pas dans ses prérogatives liées aux condamnations et à la collusion avec des intérêts privés, met en lumière un nouveau clivage dans la population. Désormais une caste représentant 10% de la population, constituée d’élites, de médias, d’affairistes, de banques, d’universitaires exercent leur pouvoir dans tous leurs domaines d’influence pour garder et accroître leurs avantages acquis par la politique européenne de transfert des richesses du bas vers le haut. Ils pratiquent un européisme intransigeant qui entrave au maximum l’expression démocratique du peuple et intervient même si besoin par des mesures autoritaires simplement justifiées par l’urgence, mesures qu’ils s’empresseront de faire entrer ensuite dans la Constitution grâce à des parlementaires aux ordres. La France et l’Italie sont condamnés à subir les mêmes tourments, mais les italiens ont sonné l’heure de la révolte. 

L’UE prend peur. La décision de Matarella, les réflexions allemandes sur la zone euro et la sortie possible, ébranlent ses fondements et sont le signe incontestable d’une appréhension sur son devenir. Les français n’ont pas encore compris d’où vient le mal, et se focalisent sur une lutte stérile entre les Macron et les anti-Macron. Ils se trompent de cible, mais les idées sur l’Europe vont enfin évoluer grâce aux élections européennes et à l’exemple des pays qui se rebiffent contre les diktats de Bruxelles. Après le Brexit, l’éventualité d’un Italexit annonce le commencement d’une lutte inégale mais la caste des nantis ne résistera pas à la pression populaire à moins que celle-ci soit entièrement parcellisée et décervelée. Les opérations en cours dans ce sens nous laissent encore un peu de temps avant d’accepter et même de réclamer le totalitarisme ploutocratique. Les italiens poussent la porte, engouffrons-nous, nous sommes désarmés mais rien ne résiste au nombre.
 
Les italiens montrent le chemin aux pays opprimés 

Leur guerre contre l’euro engage la survie de l’UE.

L’oligarchie dirigeante vient de lever le masque 

En bafouant ouvertement la démocratie,

Il appartient aux Français libres 

D’entrer en Résistance !
 
Claude Trouvé 
31/05/18