mardi 8 mai 2018

La France : un pion géostratégique devenu fou ?


La politique étrangère française n’a plus aucune cohérence avec l’intérêt fondamental de notre pays. Ce pays devient complètement inféodé à l’oligarchie occidentale, à la politique hégémonique que soutient l’État profond des États-Unis. Les actions répréhensibles selon le droit international, les déclarations susceptibles de déclencher des conflits inutiles et aux conséquences graves, se multiplient. Notre vente d’armes à l’Arabie Saoudite, vente assumée, permet à celle-ci de mener une guerre au Yémen qualifiée comme la plus sanglante actuellement en intervenant dans ce pays sans aucun mandat et sans appel du gouvernement légal. Nous faisons de même en Syrie où notre présence au sol n’est couverte ni par un appel de Bacha el-Assad, ni par un texte voté par l’ONU. Cette ingérence est des plus contestables dans un pays où le gouvernement légal est en train de reprendre les dernières enclaves à l’Ouest et s’apprête à poursuivre vers l’Est et le Nord jusqu’à la rencontre avec les Kurdes. Ces derniers sont attaqués par les troupes turques entrées en Syrie tout aussi illégalement tout en étant soutenus par les forces américaines, britanniques et françaises pour lutter soi-disant contre Daech. Cette concentration d’armées ayant des buts différents, sans compter la Russie, et Israël qui bombarde à l’Ouest, est un brulot prêt à s’enflammer du jour au lendemain.

Si on laisse les Kurdes et Bachar el-Assad avec l’aide de la Russie régler son compte à Daech et aux autres groupes apparentés, le nettoyage du pays est à portée de main, et le règlement de l’autonomie kurde trouvera une solution. Cependant la présence des autres troupes étrangères ne peut se justifier que par une autre vision géopolitique, celui de l’éclatement de la Syrie avec la prise en main des richesses pétrolières et des marchés de reconstruction du pays, ainsi que celui de la création du Grand Israël. Tout cela est destiné à être directement ou indirectement mis à profit par l’oligarchie économico-bancaire. La Russie étant en passe de terminer victorieusement son aide à la Syrie, la coalition occidentale cherche à l’empêcher d’atteindre ce résultat et à l’épuiser dans une présence sans fin. Trump nous engage donc un peu plus pour pouvoir dégager ses soldats du front au sol. Le peuple français n’a rien à y gagner sinon une haine plus tenace du monde musulman en lutte contre l’occident selon 1400 ans d’histoire. 

Non content de faire ingérence dans ce pays souverain, le trio, britannique, américain et français, lance une opération de représailles sur le régime syrien, sans aucune autorisation internationale et sans avoir le résultat d’enquête de l’OIAC, organisme international chargé d’inspecter les lieux supposés d’utilisation de gaz chimiques, et sans même présenter à l’ONU et aux médiaux internationaux des preuves indubitables de l’auteur de cet acte, ni même de la réalité de celui-ci. Des reportages et des témoignages recueillis sur place laissent planer pourtant le plus grand doute. L’hypothèse d’un manque d’oxygène dans les tunnels où la population se réfugie pendant les bombardements est aussi bien plausible. Cette opération est d’ailleurs en train de tourner à l’échec puisque les dégâts sont très limités d’une part, et que d’autre part les missiles ayant atteint leur cible ont eu un faible taux de réussite.

Mais il y a même plus troublant, car selon les informations des satellites recueillies par la Chine, et confrontées aux informations russes, on est amené à penser à un échec plus cuisant que l’on ne pense. En effet il semblerait que les trois frégates françaises, suivies mètre par mètre par les satellites, n’ont tiré aucun missile, et les chasseurs britanniques auraient eu des trajectoires incompatibles avec une réalisation ou une efficacité des tirs. Enfin la récupération par les russes de débris de missile Tomawak fournit des renseignements précieux à ce pays dont on a déjà pu mesurer l’efficacité du brouillage électronique de toutes les communications des troupes adverses. Lors de la mise en œuvre de l’opération précédente des USA sur la Syrie, où Hollande partait en tête, les informations de ses amiraux sur leur impossibilité de mener à bien cette opération ont conduit Obama à y renoncer. Il apparaît de plus en plus que si les USA ont les forces militaires les plus importantes en quantité, la Russie est en train de les dépasser sur la qualité des armes et de la défense électronique. Le discours prononcé par Poutine en mars est impressionnant à ce sujet, et les armées occidentales savent que la Russie ne bluffe pas dans ce domaine. 

C’est folie de défier la Russie, même si nous sommes adossés à la puissance militaire américaine, la Russie ne ferait qu’une bouchée de nos forces vu l’état où elles se trouvent actuellement. Le jour où la Russie, excédée par la guerre psychologique, les sanctions économiques et les vexations auxquelles nous nous livrons, frappera la première, le coup de semonce se paiera très cher et peu de nos missiles pourront l’atteindre. La vocation de la France est d’être un médiateur entre l’Ouest transatlantique et l’Est européen et asiatique. C’est pourquoi la position de la France dans l’affaire Skripal, l’agent double russe, a été d’une légèreté et d’un suivisme coupable. Macron a immédiatement accusé la Russie sans qu’aucune preuve n’ait été fournie, en dehors d’affirmations péremptoires britanniques, alors qu’ensuite le laboratoire spécialisé, pourtant britannique, a publié que rien ne permettait d’affirmer l’origine russe du poison. Le secret maintenu autour de cette affaire montre la propension systématique du camp occidental à profiter de toute les circonstances réelles ou suscitées, pour jeter l’opprobre sur la Russie en nous obligeant à croire cette « vérité » sur parole.

Mais l’actualité ne cesse d’amener des preuves du manque de réalisme de notre politique étrangère. Si rien ne peut se faire à l’extérieur de l’UE sans au moins l’assentiment des USA, rien ne peut non plus se faire à l’intérieur de celle-ci sans l’accord de l’Allemagne. Macron, poussé par une ambition de leadership européen et par des USA souhaitant les États-Unis d’Europe, se fait donc fermer les portes de toutes ses initiatives européennes, non seulement sur les travailleurs détachés, mais sur la défense européenne, la mutualisation des dettes des États et la taxation des GAFA. D’une façon générale sa course vers l’UE fédérale est stoppée net, et son crédit européen s’en voit abaissé. Mais à l’extérieur les fanfaronnades de Macron discréditent aussi la France, car Macron joue parfaitement le rôle assigné par l’oligarchie occidentale. Quelle réalité peut se trouver dans ce rôle affiché par Macron de devenir le concepteur d’un autre accord avec l’Iran sur le nucléaire ? La remise en cause de l’accord est une affaire israélienne, soutenue par l’État profond américain poussant Trump dans cette voie. Pourquoi ne pas se désolidariser franchement des USA et œuvrer avec l’ensemble des pays européens pour que la hache de guerre ne soit pas de nouveau déterrée ? L’Iran est en lien de plus en plus étroit avec la Russie, c’est donc un conflit majeur que nous préparent les faucons américains. 

A quoi rime cette fanfaronnade de Macron dans sa phrase où il se pose en médiateur entre l’Europe et l’Inde jusqu’au Pacifique ? L’Inde est membre des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) dont la vision multipolaire du monde est à l’opposé de la vision européenne sous l’influence du monde unipolaire des USA qui mènent une politique vieille du début du XXème siècle au moins. Il n’y a aucune possibilité de médiation mais seulement de l’établissement de relations économiques non conflictuelles. Donc cette phrase est du vent à destination du peuple français pour faire croire à l’image mondiale de son Président. Ridicule. Mais notre suivisme est encore plus évident quand on apprend que les principaux membres de la coalition occidentale contre la Syrie, fomentent de revoir les attributions de l’OIAC, cité plus haut, de façon à en exclure la Russie. Cette politique d’opposition systématique à la Russie devient le suivisme le plus fort de notre vassalisation à l’hégémonie américaine. Peu importe si les sanctions économiques imposées à ce pays ont détruit chez nous un marché juteux vers ce pays, pour le porc et les fromages en particulier, marché que nous ne récupèrerons que très partiellement car la Russie y est devenue presqu’autonome.
 
La France mène une politique étrangère détraquée 

Sans qu’un véritable axe se dégage en dehors

D’un accompagnement systématique 

De la politique d’une oligarchie

En train de nous dicter 

La "marche" à suivre !
 
Claude Trouvé 
08/05/18