vendredi 25 mai 2018

De Villepin contre l’UE et l’OTAN sans le dire !


L’invitation de De Villepin par Jean-Jacques Bourdin a donné lieu, pour une fois, à un long exposé de l’ancien Premier Ministre sans les habituelles interruptions et les questions-pièges de ce journaliste. Clair, direct, embrassant une large part de la géopolitique actuelle, De Villepin a évité soigneusement des attaques directes contre Macron et l’UE, mais en parlant des perspectives de l’évolution actuelle ouvertes à la diplomatie française, il a tracé les bases d’une politique étrangère totalement différente. Sa vision s’appuie selon lui sur une reprise de sa souveraineté par la France en demandant un retrait des forces françaises dispersées dans le monde et un investissement massif dans leur modernisation et leur capacité à œuvrer seules aussi bien dans le renseignement, que dans l’équipement et la mobilité de celles-ci. En souhaitant une prise de conscience du changement historique nécessaire de notre comportement vis-à-vis des Etats-Unis, avec une double ouverture sur l’Eurasie et le continent africain. Il ne s’agit plus de faire agir l’UE, mais un quatuor France-Allemagne-Russie-Chine pour redessiner la carte d’un monde multipolaire faisant front à la puissance déclinante des États-Unis. Le fait de ne pas mettre le Royaume-Uni dans les pays cités rajoute un aspect gaullien à cet interview.

L’écoute de ses propos est d’une hauteur de vue et d’une argumentation dense et précise, un grand moment politique. On y retrouve l’essentiel de la politique extérieure défendue par François Asselineau. De Villepin ne s’exprime pas aujourd’hui par hasard, alors que nous cache-t-il sous ce brillant exposé condensé au maximum pour devenir percutant, et tranchant avec les logorrhées de Macron ? Ce dernier a visiblement lassé Poutine à Saint-Pétersbourg par son interminable intervention bourrée de redites et de lieux communs sans un réel affichage clair et volontariste d’un changement de politique envers la Russie en restant lié aux Etats-Unis et à l’OTAN. De Villepin solliciterait-il un poste de Premier Ministre dans le cadre d’un revirement de la politique étrangère française ? Connaissant sa personnalité et son histoire politique, cela paraît peu probable. Il a cependant subodoré un moment politique propice tant sur le plan international que national. L’élection européenne en mai prochain ouvre la porte à des débats occultés depuis longtemps où notre appartenance à l’UE et à l’OTAN verrouille la souveraineté de la France dans une pensée européenne unique. 

On ne peut pas éviter de remarquer le parfait mariage de ses propos avec le programme proposé par l’UPR d’Asselineau, le plus regardé de tous les partis sur les réseaux sociaux, en voie d’organisation territoriale et possédant un nombre d’adhérents qui arrive dans la cour des grands, mais occulté par les grands médias sous des prétextes de non-représentation au Parlement. Philippot a senti l’opportunité d’être une alternative sur le même programme, et possède une ouverture sur les médias refusée à l’UPR, mais son parti « Les patriotes » reste sur les fonds baptismaux. De Villepin peut donc se dire qu’il a des atouts spécifiques par, sa grande connaissance de la politique internationale, sa présence au plus haut poste d’un ancien gouvernement, sa prestance, son excellente diction et sa faculté de synthèse, atouts majeurs face aux médias avides de l’entendre. Pense-t-il disposer d’atouts supérieurs à Asselineau même sans troupe avec lui, quitte à faire comme Macron ? Ouvrirait-il la voie pour celui-ci ? A priori on peut en douter mais il apparaît en tous cas qu’une rencontre entre ces deux hommes ne peut que créer un tandem majeur dans l’année européenne où nous entrons. Ecoutez les propos de De Villepin, ils sont à classer dans les meilleurs discours entendus depuis longtemps. Vous constaterez alors combien la France peut encore jouer un rôle dans le monde, pour son bien et pour la paix.
 
Pour cela elle doit tourner la page de l’euro-atlantisme !

Claude Trouvé 
25/05/18