mardi 1 mai 2018

Il faut passer aux 80 km/h et vite… Pourquoi ?


Certains vont penser que je suis assez culotté de défendre cette limitation après avoir fait deux stages pour rattraper des points et payé régulièrement des amendes pour dépassement de la vitesse limite. Je transgresse et je suis puni, normal. Je n’arguerai même pas sur le fait que mes excès de vitesse se situent presque tous à 102 km/h pour 90 en agglomération urbaine de grandes villes où l’on passe de nombreuses fois d’une vitesse limite à une autre et soumis à une attention particulière sur le trafic et non sur le compteur. Je suis même assez en colère sur ces limitations de vitesse idiotes, comme le contournement autoroutier de Montpellier à 2h du matin avec une limitation à 110 km/h alors que le vrai danger qui menace le conducteur est l’endormissement. Plus vite on est arrivé, moins ce risque est grand et le passage de 130 km/h à 110 km/h, voire moins, ne se justifie que dans les heures de trafic dense. A l’heure de la voiture électrique autonome, on peut s’étonner qu’un système automatique de comptage du trafic régulant une signalisation intelligente de la vitesse limite autorisée ne soit pas une priorité sur nos autoroutes. On optimiserait la vitesse d’écoulement du trafic et celui du nombre d’accidents. 

Bon je sais qu’il est plus facile d’imposer arbitrairement une vitesse limite et de faire fonctionner des radars automatiques, car en plus cela peut rapporter gros. La vitesse sur les autoroutes allemandes n’est pas limitée… sauf quand elle l’est. Sur celles-ci les zones dangereuses, les travaux imposent des limites de vitesse, et même l’automobiliste français s’y conforme de bonne grâce pour sa sécurité car il sait qu’après, il va retrouver le plaisir de la vitesse et du raccourcissement de la durée du trajet. Si l’on va au-delà de l’inadaptation du conducteur et de son véhicule, une vitesse n’est vraiment dangereuse que par son inadaptation au trafic, aux infrastructures routières, aux intempéries, et à la visibilité. Sur ce dernier point les revêtements routiers sont trop souvent inadaptés à une conduite sous la pluie par un manque d’absorption du brouillard d’eau rendant la visibilité très mauvaise même à vitesse réduite. D’une façon générale l’Etat est prompt à chercher la responsabilité du conducteur et de son véhicule, mais bien moins à leur donner les meilleures conditions de sécurité dans leurs déplacements. 

La responsabilité de l’État devrait être de réaliser les meilleures conditions de circulation sur les autoroutes, et le réseau secondaire à fort trafic, en y introduisant une adaptation des vitesses limites à ces conditions extérieures par les investissements nécessaires, vu le volume de trafic qui les emprunte. Cette responsabilité est entièrement déportée sur les collectivités territoriales pour le reste du réseau secondaire. La dangerosité au km parcouru y est plus importante que sur les autoroutes. Ce qui, s’il fallait encore le démontrer, met le doigt sur la responsabilité des infrastructures puisque la vitesse y est limitée à 90 km/h. Cela me fait penser à une course sur des petites routes sinueuses du Massif central où un jeune conducteur n’a pas supporté que je le dépasse. Me collant dangereusement « aux fesses », comme l’on dit vulgairement, j’ai dû beaucoup accélérer pour prendre mes distances. Les virages pris à 90 km/h méritaient presque tous une limitation à 50 km/h. Même si mon expérience et ma voiture me le permettaient, il s’agissait néanmoins d’une conduite dangereuse. Tout ceci pour dire qu’une limitation de vitesse doit être adaptée au parcours routier et au trafic. 

L’uniformisation d’une vitesse limite n’a pas de sens en soi, que ce soit le 130 km/h des autoroutes, le 110 km/h sur des 4 voies ou le 90 km/h du réseau secondaire. C’est pourtant ce à quoi nous destine la nouvelle limitation à 80 km/h sur celui-ci. Édouard Philippe nous a annoncé que cette limitation à titre expérimental avait démontré que les routes testées étaient moins accidentogènes. C’est pourquoi je vous fais lire le communiqué de l’Observatoire national sur la sécurité routière sur son expérimentation de cette vitesse : « Ces observations ont été réalisées au moyen de plusieurs campagnes d’observation successives sur une période de deux années. L’analyse des résultats des mesures des vitesses observées montre que la baisse de la vitesse limite autorisée de 90 km/h à 80 km/h a engendré une baisse moyenne des vitesses pratiquées pour tous les véhicules de 4,7 km/h. Cette baisse, sur tous les tronçons, concerne tous les usagers. Aussi, un suivi de l'accidentalité sur les tronçons de l'expérimentation a été réalisé par l'ONISR. Le bilan affiche une tendance positive, mais les nombres d’accidents considérés étant peu élevés, la baisse de l'accidentalité observée n’est pas statistiquement significative. »

Premier constat : si l’on baisse la vitesse de 10 km/h, la vitesse moyenne n’est abaissée que d’à peine 5 km/h. Ça promet pour les PV ! Deuxième constat : l’expérimentation ne peut rien prouver, le nombre d’accidents étant trop faible pour en déduire quoi que ce soit. Autrement dit on ne peut même pas espérer une diminution significative des accidents. Alors on en revient au bon sens, la vitesse d’un véhicule rend l’impact lors d’un accident d’autant plus fort que la vitesse est grande, ce n’est que de la physique, donc l’accident pas forcément plus probable mais certainement plus dangereux. De combien ? C’est toute une autre histoire. Il y a un facteur important chez le conducteur, c’est la vigilance. Or celle-ci diminue lorsque la vitesse décroît, et à l’arrêt on ne fait plus attention à rien. C’est pourquoi ce sont les lignes droites qui sont les plus accidentogènes, comme on me l’a appris dans un stage de récupération de points. 

Vous allez me dire mais alors pourquoi voulez-vous réduire la vitesse à 80 km/h ? Les voitures modernes ont un pouvoir de compression qui augmente la sécurité des passagers. On peut donc penser que la vitesse de 80 km/h permet de mieux garantir cette protection pour les occupants du véhicule accidenté. Quelle est la vitesse des tests faits sur la déformation par les constructeurs d’automobile ? Elle n’est pas publiée et devrait donc être obligatoire, car la probabilité d’accident est de moindre importance que la probabilité de mort ou de blessure. On reste sur sa faim, la bonne raison ne se trouve donc pas là, mais où ? Serait-ce pour dégoûter l’automobiliste et le diriger vers un autre mode de transport ? Le vélo, même électrique ne résout pas le problème, et le réseau secondaire SNCF est en voie d’extinction. Alors où ? Après mûre réflexion je crois avoir trouvé.

Vous avez constaté comme moi, que mis à part des autoroutes mais on paye pour ça, la qualité du réseau secondaire est globalement en constante dégradation, sans parler des villes où les trous, les dos d’âne vous font sauter au plafond sans aucun respect des normes imposées, les ronds-points sont mal signalés de nuit et difficiles à contourner. La politique d’austérité budgétaire, que l’État se garde d’appliquer significativement à son administration centrale, va atteindre durement l’administration territoriale et locale. En dehors des aspects sociaux, les dépenses d’infrastructures représentent l’un des budgets les plus importants. Si la construction de nouvelles infrastructures est valorisante pour les prochaines élections, l’entretien du réseau routier l’est moins. C’est donc sur lui que vont porter les réductions budgétaires. Les routes se dégraderont donc un peu plus et deviendront de plus en plus accidentogènes. Il est donc du devoir de l’État de commencer à réduire la vitesse des véhicules puisqu’il sait que l’état des routes est un facteur important lié aux accidents. Ceci explique donc pourquoi un Etat peut aussi décider d’augmenter la vitesse si l’état des routes le permet. 

Saluons donc la prévoyance de notre État qui prévoit la détérioration du réseau routier à défaut de sauver 400 vies par an. Une vraie politique d’austérité ne signifie nullement de ne pas la mener à bien. Dans ce siècle où tout va trop vite et empêche même de réfléchir, il faut saluer cette mesure qui va nous permettre de le faire tout en conduisant. Mes 14 heures de route pour traverser la France vont me permettre de les allonger de 1 heure 3/4 de plus, d’économiser du gasoil et me forcer à choisir une nuit d’hôtel avec repas, ce qui est tout aussi bien que de payer des péages. Mon trajet de finalement 23h30 me fera penser à ce voyage projeté à Tahiti tout en restant au pays. Merci Philippe !
 
Désolé pour ceux qui sont contre les 80 km/h partout. 

Moi je vois que la France fait briller sa souveraineté

Et la fête du Travail mérite bien de chanter 

Les louanges d’un pays raisonnable.

Vive la France et bonne fête !


Claude Trouvé 
01/05/18