vendredi 18 mai 2018

Les Européennes mettent Macron au pied du mur


Les commentateurs politiques, toujours particulièrement perspicaces, ne tarissaient pas de remarques sur le peu d’intérêt des français pour les élections européennes de mai 2019. Dans le sillage des législatives, on allait battre des records d’abstention. On peut désormais prédire que cette élection va avoir une importance considérable avec des débats acharnés sur l’Union Européenne et l’euro où pour une fois la pensée unique, mise au pied du mur, va devoir s’expliquer. Au moment des présidentielles, le sujet de l’UE avait été écarté d’un revers de main, car très peu abordé, et peu mis en cause. La sortie de l’UE n’était pas envisagée comme une politique gouvernementale raisonnable sauf par François Asselineau brandissant le Frexit et les Grandes Orientations de la Politique Économique de l’UE. Le très faible score de ce parti, l’Union pour la République, avait, provisoirement tout au moins, renvoyé ce débat aux calendes grecques, pensait Macron et les autres qui eux pansaient leurs plaies. Marine Le Pen recentre sa politique sur le débat sécuritaire et migratoire. LR se voit comme le poil à gratter d’un Macron ultralibéral. La France insoumise oublie son plan B de réforme de l’UE pour se concentrer sur les mesures sociales et se forger une attitude de premier parti d’opposition profitant du fait d’avoir un groupe à l’Assemblée Nationale au contraire du FN en proie de plus à un séisme interne.

Macron, enveloppé dans le drapeau européen, parlant la langue anglo-saxonne à tout bout de champ, prenait la tête d’une remise en ordre de l’UE en profitant du silence d’Angela Merkel à la recherche d’un compromis difficile de gouvernement. On allait voir ce qu’on allait voir. Les Etats européens d’Europe centrale allaient devoir se rattacher leurs travailleurs détachés, le Ministre des Finances de l’UE était une avancée indispensable comme l’Europe de la Défense, la taxe sur les GAFA un impératif, la mutualisation de la dette une nécessité et il se voyait bien coordonner la politique étrangère de l’UE en meilleur suiveur de celle des Etats-Unis. On voit ce qu’il en a été de toutes ces fanfaronnades après avoir joué au bouffon du roi Trump à Washington où il a réussi à vanter là-bas un nouvel accord avec l’Iran, donc une remise en cause, et de parler d’aménagements secondaires de retour en France. Mais dans l’UE, les pays de l’Est l’ont poliment écouté ou renvoyé à ses affaires françaises par la Pologne, et sur tous les autres sujets l’Allemagne traîne diplomatiquement les pieds, montrant donc son opposition bien assistée par les pays devenus satellites économiques.

L’Allemagne est de retour sur la scène intérieure européenne et n’a pas l’intention de laisser Macron lui voler la place de pays le plus lié économiquement aux USA moyennant l’ouverture du pays aux bases américaines. Elle laisse facilement son leadership pour les interventions coûteuses au Moyen-Orient et en Afrique comme lot de consolation mais ne laisse pas sa place dans les discussions avec l’Iran et l’Ukraine, en gardant même le leadership dans les discussions avec la Turquie. Le flamboyant Macron se voit donc décerner le prix Charlemagne sur la recommandation de ses pairs, banquiers et multinationales, mais son discours où il attaque l’Allemagne accusée de faire trop de bénéfices est un aveu d’impuissance, surtout dans un couple dont il vante l’unisson de point de vue, et ce coup de canif public est vexant et inutile. L’Allemagne ne se laissera pas impressionner, car le peuple allemand est tout aussi pragmatique que le peuple français est idéologiste. Angela Merkel amasse des sous, protège l’Allemagne de toute mainmise, et ne pond pas de nouvelles idées européennes chaque mois. Macron est donc renvoyé dans la file d’attente.

Mais pour Macron le temps presse car les évènements se précipitent. La Hongrie et la Tchécoslovaquie prennent des décisions unilatérales sur l’immigration et sont passibles de sanctions européennes. La Pologne prend de mesures judiciaires non conformes avec la juridiction européenne et refuse de les annuler. Un groupe historique de pays de l’Europe centrale lance des projets et des initiatives économiques, le groupe de Visegrád avec la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. C’est ainsi que le groupe de Visegrád est au centre de l’Initiative des trois mers (Baltique, Noire et Adriatique), lancée le 25 août 2016 à Dubrovnik en présence de représentants des États-Unis et de la Chine. Cette organisation rassemble douze pays européens de la Baltique à la mer Noire et à l’Adriatique – groupe de Visegrád plus Lituanie, Estonie, Lettonie, Autriche, Slovénie, Croatie, Roumanie, Bulgarie – autour de projets communs. Ceci montre clairement que les intérêts des 27 pays ne sont pas les mêmes et génèrent des sous-groupements autour d’intérêts communs.

Mais l’urgence devient déterminante quand le bruit court selon lequel l’Allemagne réfléchirait à inclure dans les documents juridiques de la Zone euro la possibilité de sortie, comme l’Article 50 pour la sortie de l’UE. Ceci vient se marier avec l’idée italienne de création d’une monnaie interne sans sortir de la zone. Le programme de la nouvelle coalition italienne n’en fait pas mention mais le bruit est persistant et celle-ci n’est pas aussi européiste que le gouvernement précédent. L’Italie, malgré une bonne dynamique dans le commerce extérieur croûle sous les intérêts d’une dette qui continue à croître et le peuple italien est de plus en plus europhobe. Si la troisième économie de l’UE sortait de la zone euro, cela impliquerait sa sortie de l’UE, d’où l’idée allemande de l’inclusion d’une clause de sortie de la Zone. Mais cela voudrait dire que la dette italienne envers les différentes banques centrales européennes devrait être épongée par les autres pays et particulièrement l’Allemagne, puis la France, sur des sommes risquant de mettre leur économie à plat, donc créant une crise sans précédent et destructrice de la zone euro mais aussi de l’UE. Mais il n’est pas dit que l’Allemagne accumulant à la Bundesbank près de 1.000 milliards de créances dont des centaines italiennes ne prenne pas peur et utilise la nouvelle clause de sortie de la zone euro !

Il y a le feu au lac et l’idée même d’une Zone resserrée autour des pays fondateurs en prend un coup. Mais Macron s’impatiente car il risque gros en mai 2019 si le peuple français prend conscience du peu de protection de l’UE et de l’euro en cas de coup dur auquel cas ce sera du chacun pour soi. Le pays qui s’en tirera toujours le mieux sera l’Allemagne. Macron vient donc de lancer un ultimatum pour être entendu de sa partenaire allemande d’abord et des autres membres de l’UE. Il clame l’urgence de la nécessité de réformes et cite expressément le danger de l’Italie. Bref Macron prend peur. Il bombe le torse en affirmant que la France (grâce à lui) est de nouveau en forme, « La France a fait des propositions, la France a fait des réformes, et maintenant la France attend », et qu’il en est le moteur pour avoir été élu président sur son crédo européen. Il faut aboutir dès le mois de juin, sinon il sera trop tard, et il met directement la chancelière en demeure d’œuvrer à sa vision européenne, sous-entendu fédéraliste. Il menace même de disloquer l’UE actuelle : « Ceux qui auraient des doutes ou penseraient pouvoir se dispenser de ces réformes… [doivent laisser] l’histoire derrière eux. C’est maintenant le moment de prendre des décisions ».

« Je pense que depuis la Seconde Guerre Mondiale, il n’y a jamais eu un moment d’une telle importance historique ». Ce n’est plus Macron qui parle, c’est De Gaulle. Mais celui-ci lui dirait : « quand on affirme à la BBC, que s’il y avait un référendum en France, le peuple renierait l’UE, et qu’en même temps on crie à l’UE mal en point, on n’impose pas plus d’UE, on s’en va… comme je l’ai fait » En s’agitant fébrilement Macron vient de montrer deux choses, que l’UE est en train de mourir pour avoir négligé la souveraineté des peuples, que la zone euro va mourir pour avoir mis un carcan monétaire sur des économies et des lois fiscales et sociales de niveau très différent, et qu’une UE à 27 avec la règle de l’unanimité ne peut se réformer. Macron se veut pompier car sa survie est en jeu, mais les lances à incendie ne convergent pas vers le cœur du foyer. Ce faisant il avoue son impuissance et qu’il est temps pour la France de retrouver sa souveraineté.

Si l’on ne fait pas une omelette sans casser des œufs

On ne la mange pas si les œufs sont pourris.

Le mirage des Etats-Unis d’Europe

Se fracasse sur la dure réalité.

L’argent tue tout, même l’UE

Et son union monétaire !

Claude Trouvé
18/05/18