mardi 15 mai 2018

Gauche-Droite, cela veut-il encore dire quelque chose ?


Les commentaires politiques médiatisés restent toujours dans le domaine de la joute des partis avec cette opposition historique matérialisée par la place des députés dans l’amphithéâtre de l’Assemblée Nationale. L’effet Macron se résume à la destruction des partis de gouvernement, le reste est une application pure et simple des directives économiques européennes, de suggestions des multinationales et autres investisseurs, comme la fin de l’exit taxe, et de suivisme de l’OTAN. Nous faisons notre petit marché avec l’Arabie Saoudite et les Emirats du Golfe pour vendre principalement des armes dont nous savons pertinemment qu’elles sont utilisées contre les populations du Yémen. Nous le savons d’autant mieux que nous participons sur le terrain à ce massacre odieux contre les populations civiles démunies de ce pays. Or, la vente de ces armes violent le Traité sur le Commerce des Armes (TCA) et la réglementation européenne en la matière (position commune européenne de 2008). La France n’en est plus à cela près dans la violation des traités, des contrats et des mandats de l’ONU du moment qu’elle a le blanc-seing de l’oncle Sam. D’après l’Unicef, un enfant meurt toutes les dix minutes au Yémen, de faim, de soif, du choléra, mais aussi sous les bombes de la coalition conduite depuis 2015 par l’Arabie Saoudite. Onze millions de petits Yéménites ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Mais peu importe !

Gauche et Droite ont sali la France en Libye et en Syrie, et le ni-gauche-ni droite continue au Yémen. Nulle protestation ne s’élève pour ce génocide au Yémen, ni aucune mise au banc des accusés, se lèvent contre Israël qui continue à encercler la bande de Gaza (300m de large sur 5 km de long) dans un étau privant ces populations de vivres, de médicaments, d’eau et d’électricité. Ce superbe camp de concentration n’émeut pas notre gouvernement qui ferme les yeux sur l’extension continue des colonies israéliennes en Cisjordanie. Il a aussi fermé les yeux sur les bombardements illicites d’Israël en Syrie, car cela était aussi illégal que nos propres interventions dans ce pays sans mandat de l’ONU. La France se tait sur le blocus de Gaza comme elle se tait sur celui du Yémen où ce sont des bâtiments de la marine de guerre française qui ont directement assuré, selon la Lettre de l’Océan indien, la continuité de ce blocus criminel par ses bâtiments participant directement au massacre des enfants Yéménites en toute impunité. 

Quelle broncha entendons-nous à gauche et à droite pour crier au crime contre l’humanité ? Non le négoce avant tout avec l’Arabie Saoudite. Depuis Sarkozy, la France est mercantile, vile, et soumise aux États-Unis dans sa politique étrangère avec l’approbation de la Gauche et de la Droite dans un silence feutré ou de simples effets de manche sans poursuite efficace. Ces partis ne pensent plus qu’à reconquérir le terrain perdu auprès des électeurs et se recentrent sur les sujets touchant à la peur du lendemain, sujets particulièrement égocentriques et corporatistes. Le niveau de vie, les salaires, les impôts, le chômage. Même le débat de fond sur la nationalisation de la SNCF ne trouve plus l’intérêt de la plupart des gens, persuadés que ceci se fera parce que c’est dans l’air du temps… Mais de quel temps s’agit-il ? De celui matraqué depuis une bonne vingtaine d’années sur la mondialisation heureuse et l’Europe de la paix ? Le principe d’égalité fait le bonheur de l’entreprise de démolition du statut des cheminots, mais il n’a de valeur que s’il s’applique du haut en bas de l’échelle des revenus. Or en supprimant l’exit taxe, Macron creuse une fois de plus les inégalités comme il le fait depuis le début de son mandat. Exciter le désir d’égalité des classes moyennes et pauvres, pour pratiquer l’inégalité comme marqueur d’une politique, frise l’indécence.

« Liberté, Égalité et Fraternité » est écrit au fronton de nos mairies, et dans le clivage politique des Républiques françaises, Gauche et Droite ne pouvaient pas renier le besoin de fraternité. La Droite donnait donc tout son poids au mot « Liberté » et la Gauche au mot « Égalité ». La Droite, traitée de conservatrice, assumait le soutien au libéralisme politique, religieux, économique, avec depuis 1789 le droit inaliénable de propriété et la défense de la liberté individuelle. En matière économique, la loi de l'offre et de la demande, par exemple, conduit à l'équilibre entre la production et la consommation sous réserve de liberté des marchés et de libre concurrence. Par essence le libéralisme économique s’oppose au contrôle.de l’État et d’une façon générale à son intervention dans l’économie.


On constate que la Droite a complètement dérivé en demandant le soutien de l’État et en perturbant le juste équilibre de la concurrence à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le Medef fait le siège de L’État. Mais en plus la Droite accepte les directives économiques de Bruxelles, sous prétexte qu’elles leur sont globalement favorables. C’est cette incohérence de l’aide de L’État et de Bruxelles qui crée un climat délétère où la destruction des services publics, et le nivellement par le bas des salaires et des droits sociaux jouent sur deux principes antinomiques mélangeant ceux de la Gauche et de la Droite. Elle est la marque du gouvernement Macron où à la dynamique du libéralisme s’adjoint le principe interventionniste du socialisme qui accentue à souhait la pression sur le peuple. 

Cette forme de politique conduit inexorablement à l’accumulation du capital, à l’accroissement du pouvoir des actionnaires et de leurs profits. On vient de le mesurer sur les grandes entreprises françaises avec la diminution de la part donnée aux salariés. La recherche du profit maximum par la baisse du coût salarial n’a plus de frein quand la Gauche entre dans le gouvernement. Le libéralisme devient capitalisme. La Gauche abandonne ses valeurs fondamentales de justice, de partage équitable des ressources, d’égalité des chances, et passe de son souci de l’intérêt général au corporatisme. Depuis 2007 la France prend un tournant qui ressemble fort au capitalisme. La Gauche, en soutenant une Union Européenne à but économique a amorcé un virage dont elle ne se relève pas et a donné le pouvoir aux banques et aux multinationales. Elle est écartelée entre son mirage européen la poussant à soutenir un chef proeuropéen et son rôle de contrepoids à un capitalisme rampant.

Après Sarkozy vendant la France à l’OTAN, Hollande, en allant se faire adouber par les banquiers de la City avant de prendre le pouvoir, a signé le changement de cap, il a définitivement soumis la France à la Commission Européenne et à la BCE. Derrière elles les États-Unis et l’Allemagne tirent les ficelles. Il n’y a plus de Gauche et de Droite, les deux se sont dévoyées, et leur porte-parole se nomme Macron. Le terrain de dissension sur l’immigration est un jouet agité devant les futurs électeurs mais la France est soumise à la politique migratoire de l’UE, sauf comme la Hongrie à accourir des sanctions financières ou de perdre son droit de vote. Pour le reste Gauche et Droite ont abandonné l’idée d’indépendance et de souveraineté de la France, préférant le coaching de l’UE et de l’OTAN. La Gauche, principale instigatrice de l’entrée de la France dans l’UE, ne veut pas faire le constat de l’échec social, et la Droite, réticente au départ, s’est rendue compte que l’UE était avant tout économique, rendant ses directives très compatibles avec le libéralisme à vocation capitaliste. 

L’opposition Gauche-Droite ne peut plus qu’être de façade sous le drapeau de l’UE et de l’OTAN. Il n’est que de voir les difficultés qu’ils ont à trouver un programme réellement clivant donnant une autre vision significativement différente de la politique imposée par Macron, servile serviteur des États-Unis, de l’Allemagne et de la BCE… sauf à sortir de l’UE et de l’OTAN… mais pour ça il faut être kamikaze !
 
Le mal français est ancré dans son abandon, 

Son abandon de la France qui croit en elle,

Son abandon de ses valeurs d’équilibre, 

Celles de Gauche et de Droite,

Pour un magma capitaliste 

Et une armée étrangère,

Qui sucent son sang !


Claude Trouvé 
15/05/18