samedi 26 mai 2018

Trump puis Poutine sous le charme de Macron ?


Macron vient de cirer les pompes de Poutine après avoir fait celles de Trump. Gaullien chez Poutine et La Fayette chez Trump, Macron a réussi à y adjoindre le florentin Mitterrand dans son art du « en même temps ». Il faut évidemment s’appeler Macron pour réussir à se dire le plus fidèle allié des Etats-Unis, ce qui est d’ailleurs prouvé par les faits puisqu’on les suit partout dans le monde avec nos armes et nos soldats, et de pouvoir dire les yeux dans les yeux aux russes : « Le président Poutine le sait, la politique étrangère de la France, sous ma direction, est pleinement indépendante. Nous ne nous alignons jamais sur personne, nous prenons nos décisions par nous-mêmes et pour nous-mêmes... Notre dialogue avec la Russie est un élément de cette indépendance. » C’est avec le même « en même temps » que Macron ne lève pas les sanctions contre la Russie, mais ne parle pas de la Crimée, objet majeur de la présence des occidentaux en Ukraine et du positionnement de l’OTAN sur ce pays. Il va même jusqu’à justifier l’aide russe aux indépendantistes du Donbass et de Lougansk en affirmant qu’il « respect[ait] le rôle renforcé que la Russie se donne dans son environnement régional », dont évidemment la Crimée et les républiques autonomistes ukrainiennes font partie.

Exit la ligne rouge de la Crimée, mais aussi exit l’accusation des Pays-Bas et de l’Australie sur la responsabilité de l’armée russe accusée d’avoir abattu l'avion du vol MH17 en Ukraine en juillet 2014, Macron voit l’apaisement des relations de l’Europe avec la Russie dans le seul règlement de la partie orientale de l’Ukraine. Il assure par trois fois la « fiabilité » de la France dans ses rapports avec la Russie oubliant l’affaire des Mistral. Sans concertation avec les autres chefs européens, Macron affirme l’indépendance de la France après avoir dû accepter les décisions de Trump sur l’Iran, et voir les soldats français formellement repérés en Syrie aux côtés des rebelles syriens et de leurs alliés terroristes contre les forces syriennes de Bachar el-Assad, soldats et officiers sauvés par une intervention de l’aviation américaine. 

Il affirme qu’il soutient la Russie dans la résolution diplomatique du conflit syrien, après la neuvième réunion d’Astana débouchant sur des progrès sensibles avec la définition de 4 zones de désescalade militaire décidée par les principaux acteurs dans le conflit, l’Iran, la Turquie, le Hezbollah, le mouvement rebelle syrien et Bachar el-Assad. Mais il a le culot de dire que les réunions du groupe de Genève avec l’ONU, dont il fait partie, réunions n’ayant eu aucune suite concrète, sont un complément de l’action russe. Si la Russie n’était pas intervenue, Bachar el-Assad serait mort ou en prison et la Syrie serait dépecée entre la Turquie et Israël, en proie à un massacre des Kurdes, et pillée par les grandes compagnies pétrolières occidentales. De même il affirme devant Trump son soutien sans faille à l’alliance occidentale et à l’OTAN, outils indispensables à l’hégémonie américaine, et il parle à tout propos de multilatéralisme, donc de monde multipolaire pour des pays souverains, devant Poutine. Or là on ne peut décemment pas faire du « en même temps », il s’agit de deux orientations diamétralement opposées de la géopolitique mondiale.

Macron fait faire à la politique étrangère un virage à 180°, virage certainement approuvé post mortem par De Gaulle dont le livre traînait ostensiblement sur le bureau du nouveau Président Français lors de la photo officielle. Cela est remarquable et on pourrait s’en réjouir, mais quel crédit, a notre Président dans le monde après ce chevauchement perpétuel sur la thèse et l’antithèse ? Quel crédit a-t-il auprès de Poutine lorsque celui-ci constate les opérations militaires françaises contre son protégé syrien pour lequel des soldats russes sont morts ? Quel crédit a-t-il auprès des européens dont il veut l’union autour de ses propositions de plus grand fédéralisme et de plus grande solidarité lorsque de son propre chef il bafoue la ligne atlantiste de l’UE, et en particulier celle des pays de l’Est européen ? 

Si l’affirmation de l’indépendance et de la souveraineté de la France, éminemment souhaitable, doit se construire dans un renforcement du fédéralisme européen, la dissolution rapide de ces objectifs est programmée d’avance. Macron préparerait-il un vrai retournement de sa politique en vue des européennes, ou n’est-ce qu’un faux semblant, vite dénaturé une fois l’élection européenne passée ? Tout est possible avec cette marionnette changeant de costume à chaque apparition sur scène. Il faut d’ailleurs rapprocher ce discours en Russie de l’interview de De Villepin à BFM TV, car il y a du copié-collé entre leurs propos. Est-ce la concrétisation du délitement de la zone euro et finalement de l’UE avec la grosse goutte italienne faisant déborder le vase ? Il se trame visiblement une évolution rapide des principaux pays européens dans une UE où l’Allemagne et les États-Unis jouaient de pair en maîtres incontestés sur les plans monétaires, financiers, économiques et militaires. Il semble y avoir de l’eau dans le gaz.

L’UE à 28 États va perdre l’un de ses membres les plus importants par le Brexit, et l’Allemagne prend peur devant le rôle de sauvetage récupéré par les transferts financiers des pays mal en point vers elle. Sa position de pays ayant profité à plein de l’UE et de la zone euro se retourne désormais contre elle. Elle pense à une porte sortie de l’euro par un article juridique à inclure dans les traités, article censé la protéger au maximum d’une sortie d’un pays du « Club Med », mais permettant aussi sa propre sortie dans les meilleures conditions. La redéfinition d’un groupe restreint de pays plus solidaires est dans l’esprit français et allemand. Mais il y a fort à parier sur une volonté française de renforcer un tandem franco-allemand, et sur celle différente de l’Allemagne de fédérer autour d’elle les pays avec lesquelles vont ses intérêts historiques, la Grande Allemagne, dont la France pourrait être exclue. Il faut bien se rendre compte que l’intérêt de l’Allemagne pour la France réside essentiellement dans notre rôle de client et notre voix de blocage au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Si la France veut retrouver son indépendance, elle doit d’abord sortir de l’OTAN comme membre permanent, et retrouver une puissance militaire en déclin. Elle doit retrouver sa monnaie et s’imposer sur l’oligarchie bancaire qui domine l’UE et particulièrement la zone euro. C’est donc une toute autre relation européenne à construire demandant une volonté politique sans faille et un peuple convaincu. Rothschild a son mot à dire et Macron ne pourra pas prendre la position gaullienne pour s’opposer à une vue différente de l’oligarchie bancaire, il n’a pas la puissance intrinsèque suffisante. La France risque donc de subir une opération de déstabilisation, de déstructuration dans laquelle la ploutocratie bancaire judéo-américaine et le complexe militaro-industriel américain sont passés maîtres.

Macron est un apprenti-sorcier et ses propos avec deux des plus grands pays du monde sont d’une légèreté confondante. Elle montre pour le moins un manque de préparation notoire, car on ne peut pas lancer un pavé dans la mare sans recevoir des éclaboussures, et qui déclenche le vent récolte la tempête. Visiblement il ne maîtrise rien et expose notre pays à des moments cruels dûs à son inconsistance. Il s’agite beaucoup mais comme un poisson dans un bocal. Le charme déployé est un aveu de faiblesse, seules les actions concrètes clairement assumées permettent de se faire respecter au niveau international. On en est bien loin et plus proche de la risée du monde que de son respect.

La prudence veut de ne pas parler pour ne rien dire 

Lorsque le risque d’un conflit mondial devient fort

Et toute vague de plus peut générer la tempête. 

Or nous allons tous, et de toutes parts, subir

Des changements historiques mondiaux.

Claude Trouvé 
26/05/18