samedi 12 mai 2018

Le grand tournant du retrait de l’accord avec l’Iran


Nous vivons un évènement majeur avec le retrait des États-Unis de l’accord sur les armes nucléaires avec l’Iran. Cet évènement jette un regard cru sur la géopolitique mondiale et le voile se déchire. Dans tous les évènements qui agitent le Moyen-Orient depuis 2014, la cause première est désignée. Israël ne peut supporter qu’une puissance voisine puisse lui contester sa suprématie et son désir d’agrandir son espace territorial vers le Grand Israël (le Royaume de David) qui mord sur le Liban, la Syrie, l’Irak et la Jordanie. Son expansion constante des colonies israéliennes sur le territoire palestinien en est la preuve constante. Si la communauté internationale ne réagit que mollement, c’est que la politique de ce pays dicte la politique américaine dans cette partie du monde. Cet objectif convient de plus à la politique hégémonique des USA, lesquels œuvrent depuis la chute du mur de Berlin pour s’approcher au plus près de la Russie. C’est pourquoi l’accord avec Gorbatchev qui stipulait que l’UE, donc l’OTAN, ne s’approcherait pas des frontières de la Russie et laisserait toujours un Etat tampon entre l’UE et la Russie, a été violé. Il l’a été sans vergogne par l’UE sous l’incitation américaine et son action en sous-main via les ONG financées et les actions de la CIA, du MI6 et du Mossad, comme en Ukraine.

Les guerres fomentées au Moyen-Orient ont toutes la marque d’Israël qui a entretenu une guerre contre le Hezbollah du Liban et directement contre la Syrie, pour récupérer la majeure partie du plateau du Golan, annexée unilatéralement en 1981, au cours de la guerre des Six Jours en 1967 et de la guerre du Kippour en 1973. En 2003 Israël a poussé Bush à détruire l’Irak et à humilier puis exécuter Saddam Hussein. Avec une alliance contre-nature avec l’Arabie Saoudite, il a participé depuis 2011 à la guerre contre la Syrie, par des raids aériens, des missiles, des incursions en Syrie et ouvert ses hôpitaux aux blessés de l’EI. Le double-jeu de l’Arabie Saoudite, entrant dans la coalition occidentale pour lutter contre l’EI, était en phase avec cette coalition pour détruire le régime syrien alaouite. La question des ressources pétrolières concurrentes et la primauté religieuse s’alliaient très bien avec l’objectif américain de création de bases en Syrie, de captation des richesses du sous-sol et de disparition du port d’attache donné aux Russes par la Syrie Ce port est stratégique pour la politique historique russe d’accès aux mers chaudes. 

Si la face des choses a changé au Moyen-Orient, c’est par l’intervention russe en Syrie dès 2014. Poutine avait compris que l’action de l’EI puis d’Al-Qaïda et autres groupes, combattus mollement, ravitaillés clandestinement, avertis du lieu et de la date des frappes aériennes, et financés par les milliardaires saoudiens, allait se révéler victorieuse sur la Syrie de Bachar el-Assad. Depuis ce dernier est en train de nettoyer la partie ouest de la Syrie et va bientôt pouvoir s’avancer vers l’est jusqu’à l’Euphrate. Dès lors l’arrivée de la Turquie contre les Kurdes, et la lutte à leur côté de la coalition occidentale rend l’issue diplomatique incertaine. C’est même devenu un nœud gordien avec la présence de puissances militaires de premier plan, la Turquie, les USA, le Royaume-Uni, la France, et la Russie. Israël, l’État profond américain, et la France poussent Trump à rester en Syrie. Celui-ci nous pousse alors à y augmenter notre présence pour diminuer la sienne.

Le refus de Trump, de continuer sur l’accord nucléaire avec l’Iran, n’est pas sans fondement, mais il s’appuie sur une majorité républicaine qui lui fait souvent défaut, sur l’État profond qui le drive et sur Israël. Israël et les faucons veulent la guerre irano-israélienne. Trump veut asphyxier économiquement ce pays, mais tout ceci peut aboutir à un affrontement militaire qui signerait le dernier affront à notre politique de suivisme atlantique. Plus grave c’est que parmi les signataires de l’accord, il y a la Russie et la Chine. La Russie, qui entretient des relations économiques importantes avec l’Iran dont des ventes de réacteurs nucléaires justement, et qui est engagée avec ce pays en Syrie, est donc placée en face à face avec les États-Unis et ses alliés. L’Iran sait que ceci n’aurait pas eu lieu si Israël ne l’avait pas voulu et ces jours-ci les provocations ont commencé de part et d’autre de la frontière syrienne. L’armée russe n’est pas intervenue, Poutine sait que ceci a pour but de l’engager à la riposte puisqu’il est sensé protéger cette partie du territoire syrien. En redoutable tacticien qu’il est, il n’a pas bougé.  Il n’a apparemment pas bougé non plus pour les tirs de missiles de représailles occidentales sur la Syrie pour la soi-disant utilisation de gaz à la Douma. Cependant il a permis de détruire la plupart des missiles qui ont eu un bien maigre butin. Il a ainsi montré la force de son dispositif d’interception mis à disposition des batteries syriennes, car c’est lui qui a désormais les cartes en main, étant le seul à pouvoir intervenir diplomatiquement entre Israël et l’Iran. 

Lorsque notre alignement atlantique nous fait disparaître progressivement de la scène internationale, la Russie y fait son grand retour. Le discours prononcé par Poutine en février avant le vote pour sa réélection, peu relayé par les médias, ou vilipendé comme on parlait des exploits de Popof pendant la guerre froide, marque la défaite de la puissance militaire des États-Unis. Ce constat a été durement ressenti aux États-Unis et on peut s’attendre à ce qu’une bronca se fasse jour au Congrès. Les avancées technologiques dans les systèmes de défense et d’attaque présentées par Poutine font peur aux Etats-Majors occidentaux mais laissent de glace les politiques et les médias aux ordres. Poutine n’a jamais bluffé jusqu’à présent et il enfonce le clou en disant que ces avancées sont déjà opérationnelles ou en cours de fabrication.

Un pays capable de détecter plus tôt que les autres les missiles et aéronefs de tout poil, les rendre aveugles, les dérouter, et les détruire, rend caduques les missiles entreposés à ses frontières dans l’Europe de l’Est par l’OTAN. Un pays disposant d’engins volants à Mach 10 puis 20, d’engins propulsés par un réacteur nucléaire à portée illimitée, d’engins capables de manœuvrer pour éviter les zones de détection où on les attend, et de drones armés sous-marins capables de vitesse et d’un silence les rendant indétectables, peut se permettre une première frappe sans craindre la riposte et relègue les porte-avions les plus puissants au rôle de cibles privilégiées impuissantes. 

Poutine a pu préciser dans son discours que désormais l’avancée de la puissance militaire de la Russie lui laisse de nombreuses années d’avance, et va lui permettre de s’attacher à une politique économique plus dynamique et à une progression du niveau de vie de son peuple. Ceci montre son assurance sur l’avenir mais son attitude apparaît dissuasive, car il sait qu’un seul missile nucléaire atteignant son but peut détruire une grande partie d’un territoire et rendre la vie impossible, comme la force de dissuasion imaginée par De Gaulle. Il faut bien comprendre que désormais la France n’est pas dans le camp du plus fort et que la Russie, associée à la Chine, va imposer au monde de cesser de suivre la politique hégémonique et mondialiste du camp occidental, États-Unis en tête. Le monde multipolaire va parler la tête haute et le chantier de l’Iran va révéler au monde que nous entrons dans une nouvelle ère géopolitique. La France empêtrée dans sa vassalité et ses contradictions, qui a sanctionné la Russie, a œuvré pour repousser la demande de Poutine depuis 2000 de rentrer dans l’UE, risque de le payer très cher malheureusement. Elle est désormais dans le mauvais camp.
 
Un simple refus d’accord va avoir un retentissement mondial. 

C’est le révélateur de la baisse de la puissance des USA.

La France, empêtrée dans l’UE et dans l’OTAN, 

Devra subir sans broncher sa lourde peine

Pour ne pas savoir continuer sa politique 

D’indépendance et son rôle historique

De médiateur dans les conflits !

Claude Trouvé
12/05/18