jeudi 17 mai 2018

La peur de quitter l’UE ou celle du Grand Large ?


Les négociations du Royaume-Uni avec l’UE pour parapher des conditions acceptables de part et d’autre sont en cours. Elles progressent au grand dam de certains et malgré toutes les embûches dressées à l’intérieur même de ce pays et suggérées de l’étranger pour une bonne part, comme les fonds avancés par le milliardaire Soros pour un nouveau référendum sur la sortie de l’UE. Il y a désormais de fortes chances que ce processus aille jusqu’au bout même si des queues de comète sont possibles après le mois fatidique de mars prochain déliant l’UE et le Royaume-Uni suivant l’article des traités. Les deux partis ont intérêt finalement à trouver un terrain d’accord avant que le Royaume-Uni, très bon client de l’UE, ne tisse des marchés hors de l’UE impactant les échanges avec l’UE. La proximité géographique, l’appartenance à l’OTAN montre la complicité naturelle entre ces deux entités. Par ailleurs le Royaume-Uni a des liens particuliers avec les États-Unis, lesquels ont fait de l’Europe leur pré carré économique et militaire.
 
Ce dernier point est fondamental car c’est toute l’histoire récente qui y est contenue avec la prédominance mondiale britannique jusqu’à la moitié du XXème siècle, suivie de celle des États-Unis presque jusqu’à nos jours où les États-Unis voient se lever la Chine et ressurgir la Russie. Derrière ces deux pays il reste une grande puissance, c’est la Finance qui règne à la City et le combat amorcé au niveau mondial avec en face un axe Russie-Chine agglomérant entre autres une puissance montante, l’Inde, et soutenant l’Iran. Le Royaume-Uni a senti cette évolution où elle doit avoir les plus grandes libertés de manœuvre interdites par l’UE. Le Royaume-Uni a toujours été partisan du Grande Large avec les yeux tournés vers l’Ouest et vers l’Extrême-Orient s’appuyant sur un Commonwealth comprenant l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ses racines historiques et sa position de grande île lui ont toujours donné le sentiment de ne devoir compter que sur elle-même et d’avoir la chance de ne défendre des frontières que par la mer. C’est ainsi que les britanniques n’ont pas le syndrome du colonialisme, et veulent au contraire toujours en bénéficier à plein, comme de la chance d’avoir la langue devenue internationale. En deux mots le Royaume-Uni est fier de son histoire et de son appétit pour le Grand Large.


Donc les deux points litigieux sur le rôle de la juridiction européenne dans le prolongement de discussions au-delà de la date de mars 2019 et celui de la frontière entre l’Irlande du Nord et du Sud vont trouver une issue, sans doute au profit du Royaume-Uni pour le premier, et avec un accord particulier pour le second permettant des échanges sans ou moins de taxes douanières. Le Brexit est d’ailleurs entériné par l’UE, il n’est que de lire les statistiques d’Eurostat pour constater que les tableaux avec une UE sans le Royaume-Uni sont déjà prêts. Les médias, ou les merdias comme certains le disent, ne cessent de mettre en exergue les problèmes de Theresa May et l’affaiblissement de la croissance et tout point permettant d’ébranler les français doutant du bonheur d’être dans l’UE et de les convaincre des dangers d’en sortir. On n’insiste pas sur le fait que le chômage y est au plus bas, ni sur celui des jeunes français traversant toujours le Channel pour y travailler. 

La France a pris progressivement une position de repli sur elle-même et de remise en cause de son histoire, mélangeant et mettant successivement en exergue sa participation à l’esclavagisme et au colonialisme. La France se bat la coulpe, ce que cesse de faire ou atténue l’Allemagne dans une histoire pourtant plus récente. Depuis Mitterrand le sentiment d’une France, trop petite dans un monde trop grand, remplace la fierté gaullienne des années 60 après celui de l’effort national de redressement des années 50. Mitterrand a crû suivre De Gaulle avec Adenauer, en signant le traité de Maastricht, alors que De Gaulle avait déjà vu qu’il n’avait ni enchaîné l’Allemagne ni détourné celle-ci des États-Unis. La Constitution Allemande veille toujours pour laisser l’Allemagne libre de ses choix dans le degré de dépendance à l’UE. En fait Mitterrand, au fond de lui-même, ne croyait plus aux chances de la France, sans doute un retour de son passé auprès de Pétain.

La France, sous la poussée socialiste, a ouvert ses bras à l’Union Européenne en chantant les mots Solidarité et Fraternité au prix d’une Liberté partagée. La colombe de la paix flottait sur l’UE, les barrières douanières disparaissaient, l’euro permettait d’oublier sa calculette dans tous les pays frontaliers même si certains prix ont soudain confondu le franc et l’euro par un simple changement de nom et ont renchéri de 15%. Le Kosovo est venu plumer la colombe de la paix qui a fait appel aux États-Unis pour étouffer et non résoudre ce problème toujours d’actualité. Nous sommes devenus frères chantait-t-on et bientôt nous serons plus européens que français. Personne n’a vu de mal à ce que l’UE soit une union économique et sans défense propre. Personne n’a vu que l’UE avait été initiée par les États-Unis et soumise à demander aux États-Unis de la défendre. Quelques voix discordantes se faisaient bien entendre, mais la pression médiatique berçait en permanence les bienfaits de l’UE, puis le catastrophisme d’en sortir. 

Le charme de l’UE s’estompe mais un nouveau leurre se construit. L’aura de Macron est en baisse et l’opposition concentre ses feux sur lui, or Macron est indéformable. Il est formaté pour être le représentant d’une part des puissances oligarchiques, bancaires et multinationales qui ont la main mise sur l’UE et ses commissaires, ainsi que sur la BCE, et d’autre part de la politique étrangère des États-Unis. Il faut souhaiter, à l’approche des élections européennes, voir l’opinion publique réaliser que derrière la marionnette il y a un carcan bien serré sur notre pays par l’UE, la BCE et l’OTAN. Mais la France profonde a peur de casser le mirage de l’UE même si elle en voit sortir des directives contraires à ses vœux. La perspective de sortir du lit rassurant de l’UE effraie. L’Union fait la Force reste un principe de précaution toujours convainquant. Le suivisme est entré dans la pensée populaire parce qu’il est sensé nous protéger derrière les autres, dont les États-Unis.

La France est devenue peureuse et a cessé de croire en elle-même. La France a peur du Grand Large sans réaliser sa perte économique relative dans l’UE et dans le monde, en s’accrochant à des chiffres savamment publiés comme le retour sous les 3% du PIB et la stagnation du chômage masquant la prévision d’un défit record dans le projet de budget 2018, une croissance 2017 inférieure et un chômage supérieur à la moyenne de l’UE, plus un déficit commercial en croissance quand celui excédentaire de l’Allemagne croît encore. C’est donc à un total changement de paradigme que l’avenir de notre pays est accroché. Celui de croire en lui-même, de cesser de se battre la coulpe sur son passé, et de regarder l’avenir, comme les nations qui réussissent en Extrême-Orient, mais aussi en Europe comme la Norvège et plus encore la Suisse. Il faut arrêter de dire que la Suisse réussit sous prétexte de sa petitesse, c’est un pays industriel qui pratique la votation. Pour un nouvel avion on fait une petite maquette, et elle doit réussir les tests pour que l’avion soit réussi. A l’inverse la Chine est un très grand pays et il s’y passe de très grandes choses. 

L’histoire a fait de la France l’un des pays rayonnant sur le monde entier, et si l’on doit au colonialisme et à notre culture le fait d’avoir une langue en passe de devenir la troisième langue du monde, cessons de nous culpabiliser et retissons des relations normales. Aujourd’hui nous devons nous culpabiliser, même s'il reste un devoir de mémoire, de porter la guerre un peu partout derrière les américains et de vendre des armes à des pays les utilisant pour massacrer des populations civiles, comme le fait l’Arabie Saoudite. Deuxième puissance maritime mondiale et sixième puissance économique, la France a néanmoins peur d’elle-même et se couche au lieu de reprendre son histoire en main.

La collusion de 27 pays dans l’UE est une particularité dans le monde, tous les autres pays se défendent seuls et l’Islande, après avoir refusé l’UE, mis ses banquiers en prison, et déchus ses politiques, se porte comme un charme. La France a désormais peur de son ombre, se plaint de blessures mais refuse de voir les chaînes les provoquant, car ses geôliers la sécurisent. Donnons à notre jeunesse la leçon d’un passé glorieux, comme celle d’un De Gaulle ouvrant la porte à la Chine au nez des USA, pour les inciter à prendre le Grand Large, à découvrir le monde et à revenir en France au lieu de fuir derrière le Channel ou Outre-Atlantique. Ouvrons les portes du monde sans demander l’avis des autres, collaborons avec tous les pays pour la paix et des accords gagnant-gagnant. Retrouvons la confiance internationale pour notre sagesse militante utilisée à éviter les conflits dans un rôle historique de médiateur.
 
Brisons nos chaînes, retrouvons la liberté 

De plus en plus contestée, et limitée,

Fuyons le capitalisme esclavagiste, 

Pour une France du libéralisme,

Des services publics partout, 

Et de la protection sociale.

Sortons du carcan de l’UE 

Et de la mainmise

De l’OTAN !


Claude Trouvé 
17/05/18