samedi 3 février 2018

Y-a-t ’il vraiment trop de fonctionnaires ?



Nous sommes depuis toujours sous un matraquage permanent de nos esprits au sujet des fonctionnaires avec ces phrases du café du commerce du style « Trop nombreux et bien trop payés pour ce qu’ils foutent ! ». Il est vrai que des exemples existent particulièrement dans l’administration territoriale, dans les Ministères et chez tous ces hauts fonctionnaires planqués dans des commissions et missions diverses dont l’efficacité est proche de zéro. Mais les mentalités changent, d’abord parce que l’accueil dans les administrations n’est plus celui d’un « assujetti », mais d’un citoyen en quête du service qui lui est dû. Il y a aussi une prise de conscience que dans la justice, la sécurité, la santé, l’enseignement, les tâches sont devenues imparfaitement réalisées par manque d’effectifs. Mais la politique libérale veille au grain et on nous reparle de fonctionnaires trop nombreux, comme avant. Il faut tailler dans le mammouth pour faire des économies. L’économie passe donc devant le service rendu au citoyen dans la mentalité gouvernementale.

S’il est vrai qu’il n’y aucune raison de conserver des fonctionnaires qui n’ont aucun rendement effectif et de leur payer un emploi à vie, cette idée du trop-plein de fonctionnaires est-elle réelle ou une idée enfoncée dans la tête du citoyen et une proie facile pour une politique d’austérité, doxa européenne ? Mon esprit critique me dit de toujours me méfier des matraquages, ils n’ont souvent aucun fondement mais sont liés à des axes politiques dont le gouvernement n’a aucune envie de discuter, comme le catastrophisme de la sortie de l’euro et du réchauffement climatique, ou la panacée des énergies renouvelables. Le trop-plein de fonctionnaires fait partie de ces sujets dits évidents que seuls des idiots sont autorisés à en parler en privé. Alors je vous propose d’aller gratter dans l’information de ce côté-là. L’opinion couramment exprimée est que le nombre de fonctionnaires augmente sans cesse de façon démesurée. Le graphique ci-contre ne traduit nullement cette opinion compte-tenu de l’évolution de la population. Les fonctionnaires représentaient 8,29% de la population totale et 19,01% de la population active en 2007, ces chiffres sont passés respectivement à 8,50% et 19,66% en 2015, soit une augmentation de 2,5% à 3,4% en 8 ans, ce qui n’est pas épouvantable. 

« Nous n’avons jamais eu autant de fonctionnaires » disent certains à juste raison, mais nous n’avons jamais eu autant d’habitants. Néanmoins le gouvernement veut supprimer 120.000 fonctionnaires soit 2% d’entre eux en donnant le sentiment qu’ils sont devenus inutiles ou pléthoriques par rapport aux tâches à accomplir, sans toutefois cacher qu’il s’agit de faire des économies. En fait tout le problème se résume en deux interrogations ? D’une part le nombre de fonctionnaires est-il ou non pléthorique par rapport à l’accomplissement complet de toutes les tâches à remplir et d’autre part l’Etat maintient-il ou non le service au citoyen quel qu’en soit le coût ? Il faut répondre à la première question avant d’aborder la seconde. Or cette réponse est très subjective et seule une comparaison avec d’autres pays européens peut amener un éclairage non subjectif, les chiffres étant incontestables même s’ils demandent une interprétation et des précautions à prendre sur leur signification.

Comme de toute évidence la motivation gouvernementale est la recherche d’une baisse des dépenses publiques, nous allons regarder les chiffres sur le coût des administrations publiques et les relier à la démographie en 2016, chiffres que nous donne l’OCDE. On voit qu’effectivement ce coût est très lié au nombre d’habitants. La tendance est un coût de 15400€/an par habitant. C’est sur cette base que l’on peut juger de l’écart du coût d’un pays donné par rapport à la tendance générale. On voit que la France se signale par un coût très supérieur à la tendance générale. Toutefois l’Allemagne et la France étant les pays les plus peuplés, la valeur des écarts est évidemment grande. C’est donc sur les écarts en % par rapport à la tendance qu’il faut se baser pour juger de la place réelle de la France. 

On obtient alors ce graphique particulièrement intéressant. La France n’est pas le pays qui est le plus dépensier même s’il affiche un surcoût de 29% par rapport à la tendance générale. Les pays du Nord et la Suisse sont beaucoup plus dépensiers, en particulier le Danemark. A l’inverse on trouve des pays qui sont très peu dépensiers, comme des pays baltes et les pays du sud soumis à une politique d’austérité drastique. Il est clair que nous dépensons plus dans ce secteur que le Royaume-Uni et même que l’Allemagne. Plusieurs questions se posent alors. Offre-t-on ou non un service global supérieur au citoyen ? Est-ce bien sur notre nombre de fonctionnaires qu’il faut faire peser une économie de gestion ? Les pays proches de nous comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Suisse, l’Espagne, l’Irlande, sont-ils comparables géographiquement et même historiquement ?

C’est donc à ces questions que j’essaierai de répondre par les chiffres dans le prochain article avant de conclure sur ce qu’il faut penser de cette annonce de réduction des fonctionnaires. 

Il est patent que la France répond aux directives européennes

Qui font mener une politique d’austérité aux pays du sud. 

Or cette politique ne permet pas à ces pays

De rattraper leur retard économique. 

La pertinence de cette politique

Ne s’impose toujours pas !


Claude Trouvé 
03/02/18