vendredi 2 février 2018

Économie : Au lieu des discours regardons les chiffres (9ème partie)



La France fait partie des nations les plus endettées comme nous l’avons vu dans le précédent article. Il reste à voir si les variations de la dette sont, d’une part indépendantes ou non du niveau d’endettement de départ, et d’autre part ce qu’induit une variation de la dette/PIB sur la dette/habitant. La dette étant finalement à rembourser par ceux qui produisent la richesse, j’ai gardé la variation de la dette/population active totale (temps et temps partiel) sur la période 2012-2016. Sur le graphique ci-contre, où la plupart des pays se sont conformés aux grandes lignes de la politique socio-économique de l’UE avec des résultats divers, on trouve la réponse de l’indépendance de l’endettement par rapport au niveau de PIB de départ dans le lien strict qui existe entre dette/population active et dette/PIB.

Ensuite on voit que le pourcentage de variation de la dette/habitant varie légèrement plus vite que la dette/PIB, de 1,2% environ. Ceci veut dire que globalement sur l’UE, l’augmentation de la dette/PIB a été prise un peu plus sur le dos de l’habitant au fur et à mesure que la dette augmente. Mais peu de pays se trouvent en-dessous de la ligne noir foncé qui détermine l’égalité de variation entre les deux indicateurs. Tchéquie, Grèce, Hongrie et Chypre sont de ceux-là. Pour la Grèce il faut tenir compte des subventions qui lui ont été accordées. Tous les autres pays ont plus ou moins fait supporter la variation de la dette/PIB par un alourdissement supplémentaire sur la population active. C’est le cas de la France et de l’Allemagne. Cette dernière n’a pas déchargé la population active de la part due à la diminution de la dette/PIB. Parmi les mauvais élèves le Royaume-Uni, et beaucoup plus encore l’Irlande, la Roumanie, l’Estonie et la Bulgarie, se distinguent. Ces pays sont allés au-delà de ce que permettait la croissance ou la décroissance dans une juste répartition État-population. On notera le quasi-équilibre de l’Espagne et de l’Italie. On voit nettement là des marqueurs socio-économiques. Plus la dette/PIB augmente, plus la dette/population active à tendance à augmenter plus vite. C’est ainsi que la politique de Hollande a été beaucoup plus libérale que sociale sur le plan économique. La France reste en 2016 avec un lourd handicap sur le taux d’emploi avec un décalage de -15,6% sur l’Allemagne, -9,3% sur l’UE, et -8,2% sur la zone euro. 

Le taux d’emploi et le PIB/habitant étant les deux critères économiques qui intéressent directement la population, il est temps de regarder la relation qui les lie. Le graphique ci-contre montre que le taux d’emploi progresse dans le même sens que le PIB/habitant, ce qui n’est pas une découverte. Mais ce qui est plus intéressant c’est de savoir à quelle vitesse. Selon la droite de régression obtenue à partir des données Eurostat sur la période 2012-2016, il s’avère qu’il faut plus de 1,8% de PIB/habitant en plus pour espérer faire croître le taux d’emploi. C’est exactement ce que l’on observe en France en 2017 où le taux de croissance annoncé est de l’ordre de 1,9% et où le nombre de personnes sans emploi stagne. Mais pendant la période étudiée la France aurait dû avoir une augmentation de 1,7% du taux d’emploi, ce qui n’a pas été le cas. La croissance est passée ailleurs et elle a été inférieure à celle de l’UE et même de la zone euro. C’est bien la preuve que la politique menée par Hollande, tournée vers les entreprises, a été particulièrement néfaste à la France. Durant cette période une variation de 1% du PIB/habitant a entraîné 0,35% de variation sur le taux d’emploi, et la France est en queue de peloton pour ces performances devant seulement la Grèce et Chypre ! La politique de déversement sur les entreprises, reprise par Macron, a été un fiasco !

Par les études des articles précédents on a vu que le taux de chômage ou d’emploi et le PIB/habitant sont liés, mais le graphique ci-contre montre que le lien est aussi fort entre la variation de la population active, donc le taux d’emploi, et celle du revenu des ménages. La variation de ceux-ci sur la période 2012-2016 est statistiquement significative. On constate que le revenu des ménages a crû de 3%, soit 0,6%/an, en moyenne dans l’UE. Notons qu’il s’agit du revenu brut. La France est toujours très en retrait de l’Allemagne qui a réussi une augmentation des revenus des ménages de 2%/an et augmenté le taux d’emploi de 2% sur la période. Mais ce qui est remarquable c’est qu’une hausse du taux d’emploi de 1% va avec une augmentation des revenus de 3,4% ! Autrement dit les revenus des ménages sont très sensibles au taux d’emploi, lequel devrait être beaucoup mieux connu des citoyens et faire partie des communications officielles périodiques. Ce résultat n’est pas étonnant en soi, mais c’est son ampleur qui est surprenante et qui montre que le lien PIB/habitant-revenus des ménages-emploi-taux de privation étant très fort, c’est tout ce qui peut faire bouger le PIB/habitant qui est le nerf de la guerre. 

Il nous faut désormais regarder ce que nous pouvons faire des enseignements tirés de toute cette étude. Le premier constat est que le PIB, qui détermine la croissance ou la décroissance, n’est pas un indicateur de la richesse disponible pour chaque citoyen. En effet l’évolution démographique est un facteur important comme nous l’avons vu pour l’Allemagne où la croissance ne s’est pas intégralement répercutée sur le PIB/habitant. D’autre part c’est bien sur une période longue et en comparaison avec les autres pays européens, pour le moins, que l’on peut juger d’une politique socio-économique. Le chômage et le taux de pauvreté diminuent, le revenu des ménages et le taux d’emploi augmentent, lorsque le PIB/habitant croît avec l’augmentation des salaires. En moyenne 1% d’augmentation des salaires entraîne l’augmentation de 0,9% du coût total de la main-d’œuvre.

Voilà l’essentiel des résultats de cette étude. J’ai montré dans des articles précédents, publiés pendant la compagne présidentielle que l’augmentation de la durée du travail hebdomadaire, et celle du travail annuel étaient des mesures contre-productives sur le PIB/habitant et le chômage. Elles ne sont pas valables en dehors de périodes de plein emploi. Cette étude s’inscrit en faux sur les bienfaits de la politique du « ruissellement » sur le triptyque PIB/habitant-Emploi-taux de pauvreté. Elle profite essentiellement aux grandes entreprises exportatrices. Ces dernières n’ont pas pour objectif de rendre leurs profits à l’État mais de les maximiser en les répandant sur le marché du mondialisme, économique et financier. La politique du « ruissellement » ne peut marcher que dans un système de contrôle de la circulation des capitaux et des délocalisations. 

Pour juger sainement d’une politique économique, il faut bien faire la différence entre une croissance due aux facteurs externes et celle due aux facteurs internes. Les résultats d’une politique économique ne se jugent que sur les facteurs internes et non sur les embellies ou les périodes sombres de la croissance mondiale ou européenne. C’est ainsi que le résultat de la croissance française à 1,9% en 2017 est à comparer à la variation de celle-ci dans la zone euro et dans l’UE qui est de 2,5%. Sur la croissance la France fait moins bien de -0,6% que la moyenne des pays européens, les facteurs externes lui ont été favorables mais la politique Macron nous laisse toujours derrière les autres. Elle poursuit celle de Hollande, dont l’étude a montré les résultats relatifs désastreux. 

C’est une autre politique qui est la bonne, c’est celle de la baisse des impôts et taxes sur les particuliers, et de la hausse des salaires. L’axe vertueux est la hausse du pouvoir d’achat pour les classes moyennes et pauvres qui forment la grande masse des consommateurs. Mais ceci doit s’inscrire d’une part dans une maîtrise des capitaux et de l’immigration, et d’autre part dans une dévaluation de la monnaie remettant la France au niveau du 1 pour 1 dans la zone dollar. La maîtrise des capitaux permet de juguler l’évasion fiscale licite ou non, et d’empêcher le rachat de notre patrimoine, rural, historique, et industriel. La politique de l’UE, les directives données aux États, sommés de s’y conformer comme l’exige le Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne, est totalement contraire à cette politique de la demande et de la souveraineté des États. Son application demande la sortie de l’UE, et comme l’UE est une création sous contrôle des Etats-Unis et de l’OTAN, il faut finalement sortir de la zone euro, de l’UE et de l’OTAN, comme le préconise clairement François Asselineau.


La politique du « ruissellement » est relativement suicidaire 

Dans le contexte actuel de mondialisation sauvage.

Mais celle de l’axe vertueux du pouvoir d’achat, 

Des capitaux et de la monnaie maîtrisés,

Et d’une immigration bien régulée, 

Ne peut se faire aujourd’hui

Qu’en sortant de l’UE !


Claude Trouvé 
02/02/18