vendredi 23 février 2018

L’indépendance se perd aussi par la politique énergétique (3ème partie)



Le nucléaire représente toujours 73% de la production électrique française malgré les opérations de « grand carénage » et l’augmentation de la puissance installée des énergies renouvelables (EnRia). S’il en est ainsi c’est parce que l’on ne se défait pas facilement d’une énergie bon marché et non polluante comme l’est l’énergie thermique. Il faut savoir que le grand carénage consiste en des opérations de maintenance décennales et des modifications issues des constats faits sur la catastrophe de Fukushima, modifications pour améliorer encore la sûreté des réacteurs. Cette opération coûte 1 Mds€ par réacteur. Etalé sur la décennie avant une nouvelle intervention décennale, ceci représente un surcoût de 1,5 c€/kWh produit par ce réacteur. L’adaptation du réseau électrique au transport des productions des EnRia coûte 1,5 Mds€/an. Sur 2017 ceci a représenté un surcoût de la production des EnRia de 3,8 c€/kWh. Ce coût est répétitif chaque année si l’on continue à implanter des éoliennes. Ces chiffres permettent de relativiser les choses, d’autant plus que la durée de vie des éoliennes et des panneaux solaires est estimée à 20 ans. 


Pour en terminer avec la production nucléaire, il faut parler d’un sujet d’actualité sur l’enfouissement des déchets à Bure (photo ci-contre). D’abord il ne s’agit pas d’enfouir seulement les déchets des réacteurs nucléaires mais de tous les déchets nucléaires à longue vie et radioactivité importante, issus de l’industrie en général mais aussi des utilisations faites ailleurs y compris dans le milieu médical. Le volume total à enfouir chaque année n’a rien à voir avec celui des déchets à l’air libre qui s’accumulent auprès de nos villes. Chaque année en France, un habitant produit 354 kg d’ordures ménagères (chiffre ADEME). Si l’on ajoute la quantité de déchets municipaux par habitant, la quantité produite monte alors à 536 kg par an, et intègre ceux des collectivités et également une partie des déchets d’activités économiques. En prenant en compte les déchets professionnels (BTP, industrie, agriculture, activités de soin), on atteint 13,8 tonnes de déchets produits par an et par habitant. Selon l’ADEME, 36% des déchets vont dans les décharges soit 5 tonnes/habitant et par an. Pour 2017 ceci représente 333 millions de tonnes de déchets dans les décharges licites ou non un peu partout en France ! Mon premier étonnement est que les Zadistes ne ciblent pas cette pollution grandissante de nos sols, véritable cancer qui détruit nos paysages et peut agir sur notre santé par la pollution des sous-sols, donc des nappes phréatiques et les émanations de gaz putrides. Et je parle pas des 30% de déchets « incinérables » qui carbonisent (ce qui ne m’inquiète guère) mais polluent la planète

Mais revenons maintenant à nos déchets nucléaires qui sont comptabilisés par l’ANDRA, l’agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, et qui proviennent de 5 secteurs d‘activité : électronucléaire, défense, recherche, industrie, médical. L’utilisation des propriétés de la radioactivité dans de nombreux secteurs est à l’origine de la production de déchets radioactifs qui, pour des raisons techniques ou économiques, ne peuvent être réutilisés ou recyclés. Outils, vêtements, ferrailles, plastiques : la grande majorité des déchets radioactifs ont l’apparence de déchets classiques. 

Cependant, étant radioactifs, ils ont la particularité d'émettre des rayonnements pouvant présenter un risque pour l’homme et l’environnement. De ce fait, ils ne peuvent être gérés comme des déchets classiques et doivent être pris en charge de manière spécifique et tout utilisateur de matières ou produits radioactifs doit déclarer ses déchets et les envoyer à l’ANDRA. Les déchets radioactifs présentent des caractéristiques chimiques, physiques et radiologiques très différentes. Leur nature détermine la manière dont ils sont traités, conditionnés puis gérés. En pratique, les déchets radioactifs sont classés en cinq grandes catégories : les déchets de haute activités (HA), de moyenne activité à vie longue (MA-VL), de faible activité à vie longue (FA-VL) à demi-durée de vie supérieure à 31 ans, de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) à demi-durée de vie de 100 jours ou moins, et de très faible activité (TFA). Chaque catégorie bénéficie d’une gestion adaptée à sa nature, qui vise à la confiner pour éviter l'exposition des populations, et est traitée et conditionnée pour éviter la dispersion des substances qu’elle contient. Ensuite, les déchets sont stockés dans des centres spécifiques.

La production de déchets radioactifs en France représente environ 2 kg par an et par habitant. Ceci est à comparer aux chiffres sur les autres déchets/habitant/an de 354, 536 voire 13,8 t/habitant/an. Compte-tenu de la nécessité de conditionner les déchets avant stockage, on parle des déchets radioactifs en unité de volume. Il existe déjà des centres de stockage qui accueillent certaines catégories de déchets. Des recherches se poursuivent pour créer les centres adaptés aux autres catégories de déchets. En attendant, ils sont entreposés en toute sécurité dans des installations spécifiques, le plus souvent sur le site même où ils sont produits. Le projet de stockage géologique profond pour les déchets radioactifs, Cigéo (Centre industriel de stockage géologique), concerne un centre de stockage réversible profond (à 500 mètres de profondeur) pour accueillir les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL). L’ANDRA a déposé la demande d’autorisation de création de cette installation en 2015 et la mise en service du site choisi de Bure est prévue en 2025, sous réserve de son autorisation. Le centre de stockage dans l’Aude (10) à Malvési, est dédié aux déchets faiblement et moyennement radioactifs à vie courte (FMA-VC) et très faiblement radioactifs (TFA), comme l’était celui de la Manche actuellement fermé et surveillé. Les déchets à haute activité et à vie longue, d’origine électronucléaire et mélangés avec des corps à vie courte émettent beaucoup de chaleur et sont vitrifiés (pour éviter tout contact avec l’environnement), puis stockés provisoirement dans des silos enterrés sur des sites nucléaires dédiés comme Marcoule (photo ci-dessus). Ils sont destinés ensuite à rejoindre le site de Bure. 

Il ressort de tout cela que le site de Bure est destiné à stocker 3,2% de la production totale de déchets radioactifs à vie longue, essentiellement issus du fonctionnement des réacteurs nucléaires. Ceci représentait en 2010 un volume de 4200 m3 équivalent conditionné soit un cube de 45m de côté. Mais les déchets de Haute Activité, issus du traitement des combustibles usés sortant des réacteurs ne représentent qu’un cube de 14m de côté. Il faut savoir que sur les 25t d’une recharge annuelle d’un réacteur, le traitement à la Hague du combustible usé permet de récupérer 96% sous forme d’uranium pour 95% et de plutonium pour 1%. Les déchets de HA représentent 0,2% soit seulement 50kg.

Ces explications sont nécessaires pour comprendre que le stockage à Bure n’est pas fait au hasard mais le fruit d’une recherche des meilleurs scientifiques en la matière et que l’autorisation finale ne sera donnée qu’en 2025. Le site sera réversible pendant 100 ans avant d’être définitivement fermé. Quand j’entends des journalistes dire qu’il y avait bien d’autres endroits pour réaliser un tel centre de stockage, c’est faire fi des études géologiques qui avaient primitivement retenu seulement trois sites répondant à un stockage définitif des produits radioactifs à vie longue. Cela implique entre autres que les nappes phréatiques ne puisent être atteintes et que le lieu ne soit pas susceptible de séismes violents. Par ailleurs si on refuse le stockage en profondeur, on prend beaucoup plus de risques en se repliant sur un stockage en surface dont l’intégrité ne peut être assurée sur des siècles ou des millénaires. 

Cette folie qui consiste à répandre dans l’esprit du public des peurs continuelles est une insulte au progrès, aux chercheurs, aux ingénieurs et techniciens que le monde nous a envié et qui sont éminemment conscients de la sauvegarde de l’humanité. 

Ce n’est pas sortons du nucléaire qu’il faut scander

Mais sortons de l’obscurantisme qui a crucifié 

Galilée au nom d’une idéologie funeste.

Sinon l’homme finira par avoir peur 

De son ombre !
 
Claude Trouvé 
23/02/18